Pierre Gagnon : Mon vieux et moi
Récit, roman, grande nouvelle ? Allez savoir, de ce dernier, il y a la chute finale, du second les minuscules péripéties qui donnent une réelle ossature, et du premier un narrateur qui raconte et commente les évènements de sa vie. En tout cas c’est tout sauf un roman fleuve, c’est même son exact opposé : pensez 78 pages ! Cela implique une volonté délibérée de refuser tout développement même le plus indispensable : au lecteur de deviner les maillons qui manquent.
L’histoire en est toute simple : un fonctionnaire, célibataire, en retraite perd sa tante qui était hébergée dans une maison de retraite. Pour trouver un but à sa vie, il décide de prendre chez lui, Léo, un autre pensionnaire, amie de sa tante et pour lequel il s’est pris de réelle affection. C’est donc à cette cohabitation, faite de toutes petites choses, à commencer par aménager quelques-unes des pièces de sons appartement, que nous invite Pierre Gagnon.
Sujet peu commun qui nous fait toucher du doigt quelques-uns des grands obstacles de la vie quotidienne : couple peu ordinaire, la nécessité de concessions, mais aussi et surtout le rapport de force (psychique) qui s’installe et comment le narrateur en vient à perdre toute son autonomie et à devenir totalement dépendant de Léo, au point de renoncer à la petite vie sociale qu’il avait : il devient même plus seul que Léo, puisque ses amis l’abandonneront.
De la chute finale, dont je ne donnerai aucun indice, on peut tirer quelques conclusions diamétralement opposées, soit optimistes soit pessimistes ; et en toute honnêteté je ne pense pas que cela rentre dans l’intention du romancier : en déduire une quelconque morale, est-ce vraiment bien nécessaire, puisque de toutes les façons l’essentiel semble être ailleurs ; quelles que soient les expériences que peut faire l’individu, elles ont au moins cet avantage de lui permettre de mieux se connaître.
Auteur québécois, Pierre Gagnon se signale par sa façon de manier la langue française ; ce n’est pas celle que je préfère, car elle manque totalement de surprise ! On sera surpris par sa structure très simple qui ne s’encombre que très rarement de la richesse de nos propositions circonstancielles, ou qui se perd (et le lecteur s’en délecte) dans les méandres d’une construction alambiquée.
Il ne faut surtout pas le regretter, car il y a de fait une adéquation totale entre le sujet traité et la langue qui en rend compte. A ce point même qu’on peut se demander si le sujet traité, fait de toutes petites choses, n’est pas déterminé par la structure linguistique de l’auteur.
En tout cas, lecture agréable, et le romancier a su éviter l’écueil majeur : la monotonie, et l’ennui qui en découle, qu’aurait, me semble-t-il, entraîner un récit plus long !
Merci à ces amis qui m’ont fait découvrir cet auteur.
PS Editions « J’ai lu », 2011, 78p., 4,50€