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Umberto Eco : un mage de la littérature

Umberto Eco : Baudolino

 

Avril 1204, dans Constantinople aux mains d’une soldatesque barbaresque Baudolino, se raconte à un ami de fortune, Niceas. Jeune paysan, il s’est fait remarquer par l’Empereur Frédéric Barberousse qui l’inclut dans sa cour. Il va donc connaître une ascension sociale telle qu’il pourra donner de sages conseils à l’empereur lui-même. Mais l’oeuvre de sa vie, c’est la découverte de ce lointain empire où règne le fameux Prêtre Jean …

On retrouve dans ce long roman tout ce qui fait la force des autres romans, du « Nom de la Rose » à « L’île du jour d’avant » : une extraordinaire richesse d’invention, et une non moins grande facilité d’imagination. Et comme dans les romans cités, il y a la même magie : on en arrive à croire à toutes ces fables que l’auteur tire de son cerveau ; on a beau se dire que c’est impossible, que toutes ces descriptions, c’est un peu comme ces animaux fantastiques que la sculpture médiévale nous offre … eh bien précisément de même que nous nous laissons séduire par tous ces chapiteaux invraisemblables qui ornent nombre d’églises romanes ou gothiques, de même nous sommes fascinés par toutes ces aventures qu’Eco nous débite avec un étonnant naturel, comme si …

Oui, comme si … replongés dans l’univers fantastique du moyen-âge, nous avions perdu toutes nos capacités de penser d’homme moderne et que nous réagissions comme un contemporain de Frédéric Barberousse et de Baudolino !

Et c’est là aussi le second aspect passionnant de ce roman : Eco nous avait habitués, avec le Nom de la Rose, à une érudition poussée jusque dans ses moindres détails pour évoquer le contexte historique de son récit, eh bien dans Baudolino nous retrouvons ce même souci, au point que là encore nous faisons totalement corps avec l’histoire … je devrais presque écrire Histoire : nous nous intégrons parfaitement dans les rivalités de ces villes italiennes des 12 et 13e siècle, Milan, Pavie, Gênes … toutes ces cités à la recherche d’un pouvoir que l’Empereur leur a su si bien confisquer !

Mais le meilleur de ce roman reste bien la personnalité de Baudolino : hâbleur, orgueilleux, menteur, il a presque tous les défauts et malgré cela, il s’attire inéluctablement notre sympathie, jusque dans son entêtement à vouloir retrouver le Royaume du prêtre Jean. Nicéas a beau émettre de nombreuses réserves sur la véracité de tous ses récits, et par là-même nous mettre en garde contre la fascination que pourrait exercer sur nous Baudolino, il n’empêche que nous succombons et que nous nous laissons emporter par la vie excitante de Baudolino et par toutes ses aventures qui vont du plus tragique au plus rocambolesque, de l’émoi amoureux le plus raffiné à la barbarie la plus effrénée.

Il faudrait s’interroger sur ce qui nous pousse à croire l’incroyable, à épouser l’impossible ! Est-ce au même titre que tout ce qui est fantastique, l’esprit humain est d’autant plus enclin à le croire que la réalité à laquelle il est confronté chaque jour est terne, monotone, et absolument pas sujette au rêve ? Et si nous rentrons si bien dans la peau de Baudolino n’est-ce pas parce qu’il nous permet tout ce que nous n’oserions pas en temps ordinaire ?

Bref, il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman, et pourtant, cette relecture m’a quelque peu laissé sur ma faim, comme si les composantes de ce charme commençaient à s’émousser, et que s’évanouissait un peu de son irrésistibilité ! Allez savoir pourquoi !

Qu’il est dur de commencer à douter de ce qu’on chérit !

 

 

06 novembre 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

Paul Féval : nous est-il indispensable ?

Paul Féval : Maman Léo

 

Maurice, sergent de l’Armée qui a conquis l’Algérie, et chouchou de Maman Léo, une dompteuse qui officie à Paris, se retrouve accusé d’un meurtre : un juge a été assassiné…

Mais voilà il est amoureux de Valentine, la sœur de ce juge assassiné, et c’est tellement réciproque que la belle, aidée de Maman Léo, va aider à son évasion. Car en fait, le pauvre Maurice n’est que la victime d’un coup monté et dans lequel les « habits noirs », cette fameuse bande d’assassins, sont largement impliqués.

Ecrit voilà plus d’un siècle et demi, et par l’un des pères du roman policier français, ce roman aurait pu être, avec un tel sujet, d’une bouleversante modernité ; mais je le confesse, et tant pis si je fais grincer quelques savantes têtes, je me suis mortellement ennuyé à sa lecture.

Son style, pourtant, a cette saveur du 19e siècle, et est très proche de celui de nos contemporains ; la façon aussi de conduire l'action s'apparente à celle de nos romanciers actuels ; non, la cause de mon désintérêt est à rechercher ailleurs, et même pas dans les quelques invraisemblances (trop long à énumérer !).

A lire, on a plutôt l’impression que l’auteur lui-même ne croit pas en ce qu’il raconte. Il égrène les principales phases d’une longue action, un peu comme un stratège récapitule les différents moments d’une opération militaire, mais sans jamais donner l’impression de s’impliquer dans ce récit. Le suspens devient alors totalement télécommandé, et de ce fait ses effets sont complètement nuls et non avenus ; même l’action finale où les conjurés qui se sont rebellés contre le père sont châtiés par le père lui-même, est d’un conventionnel saisissant.

Du coup, les réactions des personnages eux-mêmes sont artificielles : les déclarations d’amour, par exemple, entre Maurice et Valentine sont dignes d’une production de série B, et ne réussissent absolument pas à nous émouvoir, bien au contraire.

J’avais négligé jusqu’à présent cet auteur, mais j’avoue que je n’en ai aucun regret, et que je ne suis même pas certain de vouloir lire un autre roman de lui, à moins que …

 

05 novembre 2009 | Lien permanent | Commentaires (0)

Nicolas Sarkozy, ou l'art du panier percé !

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C’est incroyable comme l’actualité peut vous poursuivre, même lorsque vous pensez être complètement injoignable !

Un tout petit exemple, à Venise, il y a une quinzaine de jours, histoire de savoir si notre ami ( ???) Berlusconi est toujours aussi populaire, j’écoute les informations sur la Rai … et surprise, ce n’est pas du cavaliere dont cette télé italienne se met à parler, mais de notre inénarrable Sarkozy, et de cet épisode que j’avais laissé en France, celui où son fils Jean était assuré d’avoir la place économique sans doute la plus importante de France… et quel reportage avait choisi la Rai pour fustiger (ironiquement !) notre omniprésident et son indécrottable népotisme ? Cette manifestation parisienne où de nombreux jeunes cadres au chômage, tous munis de banane en guise de téléphone, faisaient mine de téléphoner à l’Elysée pour dire à son occupant qu’eux avaient des diplômes bien plus conséquents que le Jean Sarkozy, et qu’en plus ils pouvaient aussi se targuer d’une expérience que le même Jean Sarkozy n’avait pas ! Inutile de vous dire comme la Rai s’est alors gaussé de notre président, et comme, à travers lui, la France championne de la démocratie, s’est trouvée malmenée …

Je reviens de Venise par le Jura, où ma sœur aînée m’attendait ; et figurez-vous qu’elle habite tout près de Poligny ? ce nom ne peut que vous dire quelque chose, vous qui êtes si familiers de la geste sarkozienne (du reste je propose que dans une très prochaine réforme du collège et lycée, il y ait une heure hebdomadaire obligatoire passée à étudier les faits, gestes et dires de notre président, et ce avec interrogation écrite obligatoire, et que les meilleurs soient récompensés par une invitation à l’Elysée, au choix soit à Noël au moment de la distribution de cadeaux de cette fête, soit à la garden partie de l’Elysée le 14 juillet …), donc Poligny vous est donc totalement familière : c’est cette petite bourgade jurassienne qui a eu le privilège d’accueillir, il y a une semaine notre auguste président, et c’est là où il a fait une discours formidable (ce n’était que la reprise de deux autres discours précédents !!!!) sur l’agriculture française, et c’est là où il a sorti de son chapeau plus d’un milliard d’euros pour aider les dits agriculteurs … mais si vous aviez vu le déploiement de forces de police ! A 15 kms de là sur un axe très important, deux cars entiers de CRS prêts à filtrer toute manifestation, car il faut dire que les agriculteurs qui avaient des choses à dire, se sont comme par hasard retrouvés refoulés et n’ont eu le privilège de voir et d’entendre l’inestimable augure de comices agricoles qu’à travers les étranges lucarnes ! Le lendemain l’agriculteur que j’ai rencontré par le plus pur des hasards, et sa fille n’en revenaient toujours pas de s’être fait interdire le centre de Poligny (remarquez, c’est bien fait pour eux, ils n’ont qu’à être de la droite pure et dure, et abandonner toutes leurs convictions républicaines et démocratiques … entre parenthèses, c’est la première fois que j’entendais dans la bouche d’un agriculteur autre chose que le rituel « oh que cela va mal, que l’année est dure, etc … » et je n’en suis toujours pas revenu lorsqu’il a osé nous dire que dans le Jura ils s’en sortaient beaucoup mieux qu’en Bretagne, et que pour son compte très personnel, l’année avait même été bonne !!!)

Alors ces sommes imposantes, quand même, que promet notre Président, d’où il les sort ? Alors que notre endettement n’a jamais été aussi grand, et notre déficit de plus en plus abyssal (s’il vous plaît, ne me chipotez pas cette formulation !) ?

Et quand j’ai entendu hier soir, à mon retour, notre toujours prodigue Sarkozy, être encore un Saint Nicolas non avare de cadeaux et promettre quelques sept ou huit cent millions d’euros pour la lutte contre le cancer, alors là …

J’ai l’impression que jamais le décalage n’a été aussi grand entre le président et le reste de la France : lui, il peut se permettre de dépenser sans compter (cf. les derniers rapports de la Cour des Comptes sur le budget élyséen), il peut se permettre pour sauvegarder son pouvoir et donc s’attirer les bonnes grâces d’électeurs, de dilapider le budget de l’Etat, mais les Français ? de plus en plus nombreux menacés de chômage, avec des ressources qui diminuent de plus en plus (dernier exemple en date, les collectivités locales qui sont obligées d’augmenter les impôts locaux, tant l’Etat se décharge sur elles ! A Rennes la taxe immobilière qui augmente de près de 11% !), ils assistent interloqués à toutes ces promesses de sous … mais jusqu’à quand en seront-ils réellement dupes ?

03 novembre 2009 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0)

8e Ebruitez-vous : le triomphe de Jean-Pierre Drouet

Jean-Pierre Drouet : Un très grand parmi les très grands

Quel concert que celui proposé ce mardi 13 octobre par le Festival Ebruitez-vous, à la salle de la Cité de Rennes !

On savait, pour en avoir entendu deux concerts, que ce 8e festival de Musique contemporaine était un grand cru, mais hier avec ce concert, c’est un exceptionnel cru qu’il nous a été donné de déguster !

Le tout jeune Jean-Pierre Drouet (ne vous fiez pas à sa date de naissance, 1935) nous a fait pénétrer les arcanes de la création musicale, et en particulier du théâtre musical, avec une conviction et une force de persuasion étonnante.

Toutes les œuvres présentées, de Mauricio Kagel à Georges Aperghis, en passant par Vinko Globoka, Frédéric Rjvewsky, Giorgio Basttitelli et Jean-Pierre Drouet, lui-même, étaient marquées du même sceau : confrontation ou osmose entre la voix et les instruments, mais attention là, aucun instrument de type classique, non uniquement des instruments fabriqués pour des circonstances bien précises (je laisse de côté un tambour et un zar, de même que l’utilisation de deux cymbalettes, ce qui n’était rien par rapport aux reste !)

Je n’aurais jamais imaginé qu’on pouvait atteindre une telle dimension créatrice avec de tels « instruments » : il y avait tout ce que la musique depuis quelques siècles avec la totalité des ses instruments sait dire et faire, mais il y avait encore bien plus : ces sons irrationnels (qui sortent de la sagesse rationnelle et contrôlée par des traités et autres organismes académiques) qui renvoient à la nature profonde de l’humain.

Et on s’est surpris à constater que même avec des instruments fabriqués de bric et de broc, on n’arrive non seulement à produire des sons avec une certaine hauteur, et que même avec le matériau le plus brut comme le bois on peut produire des sons avec une hauteur déterminée, mais que ces mêmes instruments sont capables de créer de la musique au même titre qu’un instrument reconnu et qui a sa place dans l’orchestre.

Alors ces constatations faites, les œuvres proposées ?

Si je sais celle qui m’a le moins touché, parce que trop longue, et quand même trop restreinte dans l’utilisation du matériau sonore proposé, (il s’agit de To the earth, de Rjewsky, un hymne à la déesse Terre),

Si je sais celle que j’ai refusé consciemment et inconsciemment parce que je n’ai jamais pu supporter de voir maltraiter un livre (il s’agit pourtant de « Il libro celibe » de Giorgio Battistelli),

Par contre je suis incapable de dire, des autres œuvres celle qui m’a le plus ému ! Je dois avouer qu’elles m’ont toutes autant enthousiasmé, au sens le plus fort : la virtuosité d’un Jean-Pierre Drouet y est sans doute pour beaucoup, l’agilité de ses mains sur les tambours ou sur ces faux pianos, ou encore sur sa table a un je ne sais quoi de magique inimaginable, sans oublier la richesse de sa voix ; mais il n’y a pas que la virtuosité et le talent de l’interprète, il y a aussi la force de chacune de ces œuvres.

Et cela, même le musicologue le plus averti ne peut le disséquer, ne peut en rendre compte de façon neutre.

On y adhère ou non : et comment ne pas y adhérer, quand chacune de ces œuvres nous renvoie au plus profond de nous-même, de nos propres souvenirs ou aspirations musicales,  de nos désirs les plus intimes, et quand exorcistes suprêmes elles utilisent l’humour pour vaincre toutes nos appréhensions.

Jeune, Jean-Pierre Drouet ?

Oh que oui, et il nous a montré que jamais la musique n’avait été aussi jeune et qu’il n’y avait aucune raison de craindre quoi que ce soit pour son avenir.

Puisse la 9e édition d’Ebruitez-vous nous confirmer dans cet optimisme !

14 octobre 2009 dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

Alberto Vigevani : un découvreur des sentiments

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Alberto Vigevani : Un été au bord du lac

Quatorze ans et des vacances d’été passées au bord du lac de Come. Giacomo va découvrir les prémisses de l’amour physique avec Emilia, et l’amitié avec un jeune garçon, Andrew, à la santé fragile et qu’une mère, très belle protège un peu trop de toutes les agressions possibles.

Tel est le thème central de ce roman, dont on peut craindre une certaine inconsistance.

Mais on aurait tort de se fier aux seules apparences, car au-delà de ces thèmes, somme toute éculés, et surtout très fréquents dans la littérature, il y a une exploration assez fine de l’âme humaine, et de ses ressorts chez un jeune adolescent.

On ne peut rester insensible à cette découverte que l’amour n’est pas que physique et qu’il y a une certaine nécessité à ce que sa base physique repose sur une autre base tout aussi solide ; banalité sans nul doute, mais exprimée avec la naïveté et surtout la pureté par un adolescent non encore habitué aux tourbillons de l’érotisme voir de la pornographie, elle devient charme et entraîne le lecteur dans ses propres souvenirs où il s’émerveillait de ses propres découvertes.

De même cette relation subtile qui va se nouer entre Andrew et Giacomo, grâce à la présence d’une mère mystérieuse et fascinante, nous séduit par cette espèce d’aura ambigüe qui l’entoure : amitié ou découverte d’un amour que la société (de l’époque !) réprouve pour ne pas dire interdit ? Amitié réelle ou seulement masque pour ne pas avouer que par delà Andrew, c’est la mère qui trouble et attire, comme un autre amour (réprouvé et interdit !) Giacomo ?

Il ne se passe pas grand-chose dans ce roman en dehors de cette double relation qui sera d’autant plus mise en valeur que les autres relations, avec quelques camarades ou amies de sa sœur, resteront, elles, très superficielles.

De Come et de son lac, on ne connaîtra pas grand-chose en dehors de quelques villages environnants nommés comme lieu de promenades en bicyclette.

Mais c’est un bon petit roman, à lire non seulement pour se changer les idées, mais aussi pour se rappeler soi-même … ce qui n’est pas forcément inutile !

14 octobre 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

Claudie Gallay : le labor intus de l'écrivain

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Claudie Gallay : Seule Venise

 

Parce que son amant l’a abandonnée, elle vide sa tirelire et part à Venise. Elle sera hébergée dans une pension de famille tenue par un homme seul ; elle y rencontrera un jeune couple d’amoureux romains, Carla et Valentino, mais aussi un vieil aristocrate russe, un prince qui lui racontera sa vie, la fuite lors de la Révolution et surtout un grand amour, Tatiana.

A Venise, elle découvrira un libraire, un amoureux des livres et de la culture et qui lui fera découvrir Zoran Music, peintre slovène de très grand talent et réfugié à Venise.

Elle partira aussi à la découverte de Venise, un petit peu celle des clichés où se vautrent les touristes trop pressés et surtout peu désireux de se retrouver avec eux-mêmes ; détour obligé donc par le Florian ! Mais aussi la Venise plus secrète, ou plus exactement plus authentique, celle que l’on trouve dès qu’on s’échappe des deux grands circuits touristiques, ceux qui longent le Grand Canal de part et d’autre !

Ceux qui ont adoré « Les déferlantes » (et j’en fais partie) apprécieront encore une fois le style et la manière de Claudie Gallay où se retrouvent de façon assez contradictoire sobriété et force évocatrice ; il y a dans ce roman précédent de deux ans « Les déferlantes » la maîtrise totale de la langue et l’art du récit que l’on retrouve dans ce dernier. On suit avec le même intérêt la trame et en particulier la recherche de cette Tatiana que l’héroïne retrouvera à la fin du roman. De même qu’on est étonné de cette introspection que la même héroïne est capable de faire sur elle-même et sur ses sentiments amoureux ; on pourra être aussi surpris par l’évolution du couple de romains, Carla se détachant progressivement de Valentino pour reprendre sa liberté.

Cependant force est de reconnaître que malgré ses qualités, ce roman n’a pas encore la maturité des « Déferlantes », et ce pour deux raisons, me semble-t-il.

La première qui chiffonne l’amoureux que je suis de Venise : ses escapades dans cette Ville sont « télécommandées » par l’évènement qu’elle aura vécu soit à l’intérieur de la pension soit avec le libraire, et elles sentent trop non pas le catalogue, mais l’effort de l’écrivain qui rédige, j’allais presque dire, plan de Venise à la main ; il y manque la spontanéité du badaud qui prend son temps et va à l’improviste.

La deuxième raison c’est que l’intrigue principale (que le Prince puisse retrouver Tatiana), enfin celle qui apparaît comme but final du roman, est trop masquée par d’autres aventures qui la précèdent ou qui se superposent avec elle ; et en particulier cette autre aventure avec le libraire.

Mais Claudie Gallay a su gommer ces deux petits défauts qui n’apparaîtront pas dans « les Déferlantes ».

Ceci dit, « Seule Venise » est un bon roman et se priver de sa lecture c’est sans nul doute passer à côté de très bons moments.

13 octobre 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

Jean Sarkozy : quand le népotisme tient lieu de compétence et d'expérience !

Quel malheur que d’être desservi autant par son propre fils !

Le népotisme a cela de bon c’est qu’il peut nuire à ceux qui le pratiquent dans les mêmes proportions voir plus qu’il a nui au fonctionnement de la démocratie.

L’histoire en fourmille de preuves, depuis l’antiquité latine jusqu’à nos jours… et il est vraiment étonnant que ces exemples ne servent jamais de leçon !

Prenez le dernier en date : ce jean Sarkozy, ce fils bien aimé de notre Napoléon III aux petits pieds !

Au prétexte qu’il est le fils de son père, eh bien, malgré ses 23 ans, son inscription en seulement deuxième année de droit, le voilà qui risque fort de devenir l’un des hommes les plus importants d’Ille de France, voire même de la France, en prenant la direction de l’EPAD (Etablissement Public d’Aménagement de la Défense).

Pour arguer du bien fondé de cette nomination on avance cet argument imparable mis en alexandrin par un illustre normand :

« Je suis jeune il est vrai, mais aux âmes bien nées

« La valeur n’attend pas le nombre des années »

Et ceux qui l’avancent, ce sont des lettrés, des fins politiques, des êtres qui, serviles thuriféraires d’un sarkozisme assassin de toute démocratie, croient dédouaner ainsi le clan sarkoziste de toute accusation de népotisme !

Que nenni, et ces messieurs, tout cultivés qu’ils semblent vouloir paraître feraient bien de faire une quelconque analyse de texte et de réfléchir sur le sens d’âmes bien nées : il se rendraient compte alors que « âmes bien nées » ne veut pas forcément dire qu’il s’agit d’un être doué de qualités exceptionnelles, mai aussi et surtout que c’est l’héritage d’un nom, d’une famille, d’un titre de noblesse ; du coup ces deux alexandrins ne font que renforcer l’accusation de népotisme qu’une telle nomination ferait porter sur la famille Sarkozy en général et sur Nicolas Sarkozy (le père) en particulier.

On nous dit que Jean Sarkozy serait particulièrement doué ! Holà ! Arrêtons de dire n’importe quoi : comment peut-on être doué si à 23 ans on n’en est encore qu’à Bac plus deux alors qu’un être doué en serait à Bac plus 6 voire 7 !

Il (Jean Sarkozy) rétorque aussi que chef de la majorité présidentielle au CG des Hauts de Seine, il a eu aussi l’occasion de traiter les dossiers incombant à l’EPAD ! Que voilà qui est bien ! Comment ne pas avouer plus directement qu’il sera l’homme de parti pris, car si on connaît un dossier en tant que membre d’une formation politique on ne peut que le régler en fonction de cette appartenance politique !

CQFD !

Décidément, ils me déçoivent beaucoup les membres de la majorité présidentielle : ils ne savent même pas manier la dialectique que la moindre connaissance de la langue française leur permettrait d’utiliser avec le plus grand profit !

Alors oui, merci à Laurent Fabius qui avec un humour que je partage totalement a bien montré que le jeune Jean Sarkozy en difficulté scolaire (pardon, universitaire) avait bien mérité de profiter du système d’insertion de Martin Hirsch, et gageons que l’Université à laquelle il doit être inscrit saura bénéficier de la prime d’assiduité donnée par le Ministère de l’Education Nationale pour permettre au jeune Jean Sarkozy de poursuivre avec assiduité des cours … qu’il ne pourrait bien évidemment pas suivre s’il assume la direction de l’EPAD !!!

 

 

PS :  et si vous ne l’avez pas encore fait, vous pouvez toujours signer la pétition au site suivant :

 

http://www.mesopinions.com/Jean-Sarkozy--renoncez-a-postuler-au-poste-de-president-de-l-EPAD-petition-

12 octobre 2009 dans politique | Lien permanent | Commentaires (0)

Ebruitez-vous 2009 : le plaisir de Mauricio Kaegel

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Ebruitez-vous : Concert du 11 octobre

J’attendais avec impatience ce concert du 11 octobre consacré à des œuvres importantes de Mauricio Kaegel ; j’avais bien sûr plusieurs raisons à cela, d’abord, et il faut bien faire primer les raisons humaines, la pianiste n’était autre que ma fille, mais il y avait aussi (et sans doute surtout) le cadre : la grande Chambre du Parlement est un lieu magnifique pour la musique, une acoustique très proche de la perfection, un environnement exceptionnel avec ce plafond unique de Nicolas Coypel.

Bref toutes les conditions étaient réunies pour que ce concert soit un rare moment musical …

Et il le fut !

Je laisse de côté la dernière pièce, Mach, qui m’a le moins intéressé ; je ne dis pas qu’elle était musicalement inférieure aux autres, mais je l’ai beaucoup moins appréciée, sans pouvoir en donner de raisons objectives, sauf peut-être une certaine longueur qui aurait pu être évitée … mais subjectivement, je n’ai pas accroché à ce duel de violoncellistes arbitré par un percussionniste !

Par contre les deux autres pièces, un ravissement total !

L’avant-dernière, Kontra-danse, sans doute la plus spectaculaire parce qu’elle faisait intervenir un groupe de sept danseurs non professionnels, offrait l’indéniable attrait de mêler l’art auditif et l’art visuel. A fermer les yeux et à seulement entendre la musique on ne pouvait qu’être frappé par la densité de cette musique … mais il faut aussi ouvrir les yeux et constater alors quelle osmose il y a entre la musique et les mouvements des non danseurs, réalisés avec un évident sens chorégraphique (et moi qui suis incapable d’aligner deux pas correctement, j’ai été émerveillé de ce que peuvent accomplir des non professionnels de la danse !). L’unique question qui reste, une fois achevée cette œuvre, c’est la suite : si on veut réécouter cette œuvre, et si on en n’a pas une version filmée qui nous en montre aussi tout l’aspect visuel, ne risque-t-on pas d’être déçu et de ne plus retrouver tout ce qui a pu nous charmer ?

Car de la fascination, il sait en « fabriquer » le Kaegel !

S’il en fallait une preuve, la première œuvre du concert, Les pièces de Rose des Vents, un cycle de trois pièces, nous l’apportait immédiatement !

Fascination, car il y a un art de savoir répéter et user à l’infini des petites structures sonores ; elles ne sont pas tarabiscotées ou complexes, mais elles ont toutes une réelle valeur musicale (dans tous ses paramètres, du son, au rythme en passant par le dynamisme) qu’on peut s’approprier ; et tout l’art de l’auteur est bien précisément de nous faire croire que, puisqu’on maîtrise ces structures, il serait presque facile pour nous de « recomposer » l’œuvre ; or, il se joue de nous avec une telle aisance qu’on en reste ébahi d’émerveillement ; car ces structures, il les modifie légèrement, ou il leur donne une autre coloration instrumentale, bref il les transforme tellement subtilement qu’avant de nous en rendre compte, il a le temps de nous présenter, comme un formidable pied de nez, une autre structure qui lui permettra de se jouer encore une fois de nous et toujours avec le même bonheur.

On ne pourra que souligner le remarquable travail d’interprétation réalisé par les musiciens sous la houlette d’Yves Krier.

Et remercier encore une fois l’Association Rhyzome pour ce festival de musique contemporaine, que malgré de multiples difficultés, elle arrive à offrir au public rennais !

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12 octobre 2009 dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

De Frédéric Mitterand à la servilité des médias

Le moins qu’on puisse dire c’est que l’ « Affaire »Mitterand, ne laisse pas indifférent.

Néanmoins, le point de départ devrait d’abord être considéré par tous : un livre, et des passages trop clairs pour laisser la moindre place au doute d’une quelconque interprétation. Mais voilà, qui a lu le livre ? Marine Le Pen nous en a asséné un passage, largement repris par les médias : mais est-il suffisamment explicite ? oui repris hors de son contexte, et ce seul passage où Frédéric Mitterand nous dit perdre tous ses moyens devant ces jeunes gens que l’argent qu’il a, lui permet de s’offrir, si ce n’est pas une apologie du tourisme sexuel, cela y ressemble fort, en tout cas.

Mais dans le contexte de ce livre ? J’ai voulu, tentant de faire preuve d’ impartialité, vérifier et me procurer ce livre ; malheureusement il me fut impossible de  le trouver dans mes bibliothèques préférées, il est indisponible et réservé pour combien de temps !

Et je suppose que nombre de mes concitoyens se trouvent plongés dans le même dilemme que moi : comment juger d’une affaire si nous n’avons pas les tenants et aboutissants ? le rôle des médias devient alors capital : ce sont eux qui détiennent alors ce pouvoir extraordinaire de faire et défaire un homme, une carrière politique ! Se contentant de la seule phrase (et on avouera que c’est bien peu, une phrase sur l’ensemble d’un livre !) les médias ont commencé par semer un doute sur l’honnêteté d’un homme (mais attention, je ne me fais pas l’avocat de Frédéric Mitterand, dont l’arrivisme politique est pour moi indigne de celui qui a eu cette chance extraordinaire de diriger la Villa Medicis) : puis d’un seul coup, revirement total de situation, lorsque la droite au pouvoir a réagi défendant bec et ongles cet homme que notre empereur aux petits pieds a imposé !, et les médias non seulement de désamorcer la bombe, mais pire de défendre en fait Frédéric Mitterand et d’en profiter pour enfoncer le PS en soulignant les différentes appréciations de ses membres sur cette affaire.

Je constate encore une fois avec stupeur à quel point les médias savent faire montre d’intoxication ! En admettant que ce revirement de leur part soit justifié, cela montre au moins que le goût du sensationnel, de ce qui va faire « vendre » passe avant même une nécessaire réserve, celle qu’exige  de vérifier les informations et d’en recueillir toutes les données !

Mais hélas, comme le prouvent aussi de nombreux autres faits, il semble bien qu’il n’y ai plus de déontologie et que les directeurs de chaînes se préoccupent bien plus de plaire au pouvoir que de défendre la vérité.

Ceci dit, ne croyez surtout pas que je me « défile » quant à cette affaire Frédéric Mitterand : quand j’aurai lu son livre, je pourrai au moins avoir une idée claire et bien sûr vous en faire part !

11 octobre 2009 | Lien permanent | Commentaires (1)

Christian Garcin : la difficulté récompensée !

Christian Garcin : La piste mongole

 

Le moins qu’on puisse dire, ce n’est pas un livre facile !

Les cinquante premières pages passées, vous vous demandez dans quelle galère vous vous êtes fourré ; à la cent cinquantième, le doute est si fort que vous êtes sur le point d’abandonner ; mais comme vous êtes têtu(e) et qu’en dehors de deux livres dans toute votre vie de lecture vous n’avez jamais interrompu la lecture d’un ouvrage, vous persévérez. A la deux cent cinquantième page, vous demeurez très perplexe sur la nature même de ce roman, où déjà depuis de très nombreuses pages l’auteur vous a livré la clé et la fin de ce roman ; néanmoins pour la soixantaine de pages qui restent, autant aller jusqu’au bout, non ?

La fin, l’épilogue qui vient d’un seul coup tout éclairer.

Car malgré tout ce premier paragraphe très critique, ce roman reste très attachant.

Par sa complexité ; cette multitude d’histoires qui, toutes, ramènent, en fait à un thème central : la disparition d’un explorateur qu’on doit retrouver nécessairement dans une grotte et dans la position du fœtus. Mais derrière, il y a toute une relation à la nature, toute une interprétation chamanique qui donnent lieu à des développements imaginatifs dans lesquels excelle l’un des héros, le chinois, Chen Wanglin dit aussi face-de-rat. Complexité aussi des personnages, outre ce chinois et le français Rosario qui part à la recherche de l’explorateur (dont la quatrième de couverture nous apprend qu’il est aussi le héros de deux romans précédents de l’auteur … ce qui n’est pas fait pour simplifier la lecture de ce dernier roman pour qui n’a pas lu les autres !), des personnages féminins comme Pagmajav et la jeune Irina toutes les deux habitées par les forces chamaniques …

Et justement cette complexité du roman est due en grande partie à l’intrusion du chamanisme et à l’importance extrême qu’il va avoir sur le déroulement de l’histoire.

Car notre rationalisme est particulièrement mis à mal ; nous épousons à certains moments le scepticisme voire l’incompréhension du Français Rosario face à des évènement qu’il ne peut appréhender dans toutes leurs dimensions ; et c’est sans doute aussi ce qui explique toute la difficulté et toute cette gêne que nous rencontrons comme lecteur ; comment peut-on s’accommoder aussi facilement de phénomènes qui expliquent la réalité sans pour autant réussir à les percevoir si on ne fait pas partie du monde chamanique ? En d’autres termes, l’auteur nous demande de croire, pour le suivre dans ses péripéties romanesques,  en une mystique dont on ne verrait que les conséquences sans pouvoir en percevoir les causes … à moins d’être initié ! Avouez qu’il y a là une gymnastique intellectuelle particulièrement ardue !

Attachant aussi par quelques-uns de ses personnages, et parmi les plus importants, le chinois Chen et cette adolescente Irina nous font rêver à ces mondes perdus où la naïveté et l’innocence pouvaient régner. Ils ont la foi qui fait déplacer les montagnes (pour reprendre une autre mystique !), leur confiance dans cette force intérieure qui les anime, est telle qu’elle nous bouleverse et qu’on se surprend à leur souhaiter que leurs vœux les plus chers puissent se réaliser.

Mais alors ? Quand l’épilogue arrive, quelques pages, seulement, c’est un peu comme cette éclaircie subite qui vous dévoile cette côte qu’une subtile brume vous cachait … vous avez tout à coup envie de reprendre au début ce livre …

10 octobre 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

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