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Eugène Nicole, Paris faubourg de l'Alaska

Eugène Nicole

Alaska

Par dépit amoureux, et pour oublier la femme qu'il aime et qui l'a trompé, le narrateur part au fin fond de l'Alaska comme lecteur de français pour neuf mois.

Plus qu'un roman, il s'agit d'une espèce de journal de bord.

Genre particulièrement difficile, car plein de risques pour le narrateur qui se confie en toute (fausse, feinte ou réelle) sincérité à son lecteur.

Et il faut le dire, notre Eugène Nicole s'en sort particulièrement bien. A cela deux raisons, d'abord un sujet hors pair, car si l'Alaska, on connaît un peu, enfin Anchorage, l'aéroport international le plus au Nord, et aussi la marée noire dont elle a été victime, si on en connaît aussi un peu les trappeurs, les chercheurs d'or et autres aventuriers tant des mers que des glaces (merci à Thalassa - ce n'est pas courrant que je fasse l'éloge de la télé, pour une fois !!!!), si on a quelque peu entendu parler de ses anciennes peuplades nordiques ... par contre la vie quotidienne avec toutes ses originalités alors là ... et avouons-le c'est un régal ! parce que là-bas aussi il y a une universalité de l'être humain : comme ils sont proches par leurs marottes, leurs manies et leurs prétentions de toutes nos notoriétés intelelctuelles, le spécialiste des séismes ou le spécialiste des Eyaks, cette tribu dont il ne reste plus que deux survivantes et dont le spécialiste essaye tant bien que mal de découvrir l'originalité de cette langue, et d'en dresser toutes les particularités.

A cette universalité s'ajoute aussi toute la spécificité de ce petit monde qui vit en vase clos ; une mini société qui, même si elle est affublée des mêmes caractéristiques que celles occidentales (le goût pour l'alcool, voire pour la drogue, pour une certaine excentricité) nous apparaît dans toute son originalité : cette jeune lectrice qui a tout quitté pour suivre un trappeur, ou encore cette jeune pianiste qui n'arrive toujours pas à finir une sonate de Beethoven, et puis tous ces évènements dont on ne peut avoir idée : les aurores boréales ou cette nuit d'hiver qui n'en finit pas, ou ces contacts avec les ours ou ... ou ...

Mais tout cela pourrait être banal voire ennuyeux, s'il n'y avait pas le style de l'auteur ! car il sait écrire ce Nicole, et non seulement la langue française se semble pas avoir de secret pour lui mais en plus il sait l'utiliser et avoir un style qui enchaîne du début jusqu'à la fin au récit.

Récit rendu d'autant plus vivant qu'il n'est pas exempt aussi de touches très personnelles : pleines d'humour lorsqu'il évoque, par exemple, son futur de sous-préfet, après avoir fait l'ENA, et que lors d'une réception il lancera négligemment à ses invités, "lorsque j'étais en Alaska..." Il sait aussi nous intéresser à ses états d'âme amoureux : la tromperie de Myriam (ce qui a motivé son départ pour l'Alaska) et ses retrouvailles finales prélude à la rupture définitive ..

Plein d'humour ce récit se lit donc avec une extrême facilité, notre attention est toujours sollicitée et pas un instant on a l'impression pénible d'être obligé de se forcer pour terminer une page ou un chapitre ... et ce jusqu'aux dernières pages, car malheureusement, Eugène Nicole n'échappe pas à cet adage latin "in coda venenum" ; les dernières pages, même si elles peuvent se justifier du fait qu'il fait bien que l'auteur nous donne quand même quelques nouvelles des principaux personnages de son récit, eh bien malgré cette nécessité, ces dernières pages semblent artificielles et malheureusement on peine à les finir, et on termine ce récit sur cette impression très pénible, "il fallait bien que je trouve une fin" ... alors que s'il était passé directement de la page 225 à 247 ...

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