C’est toujours la même question lancinante, celle qui revient constamment, dans l’immensité des événements, quel est celui qui fait sens pour moi ? Quel est celui que je retiendrai comme indispensable pour faire avancer notre société ?
Cette semaine par exemple ? Est-ce que c’est le sommet euro-asiatique de Pékin ? Est-ce que c’est la famine en Haïti ou en Afrique qui prend des proportions qu’on a du mal à imaginer ? Est-ce que ce sont ces très graves problèmes économiques qui s’annoncent avec déjà les fermetures provisoires d’automobiles ?
Ou bien ? … et puis ce cliché choc, ce prof qui s’est pendu parce qu’il ne supportait pas d’être quoi au juste ? pour minimiser son geste, on (les autorités parfaitement relayées par les médias) a déclaré qu’il avait une très grosse déprime, qu’il était en train de divorcer, bref, on a trouvé toutes les échappatoires possibles, pour tenter de masquer la réalité : il ne s’est suicidé que parce qu’il avait été faussement accusé par un élève de violence, et qu’il avait été longuement interrogé par la police.
C’était son honneur contre la parole d’un adolescent, et comme par hasard la société avait choisi cette dernière ! Car c’est bien là le drame : à force de vouloir que l’enfant ait toujours raison, à force de ne considérer la violence (sous toutes ses formes) que comme l’un des principaux ressorts de notre société, alors les autorités en oublient les principes mêmes de toute action : la réflexion et la recherche de la vérité avant même de donner raison à l’une ou l’autre des parties. Faire intervenir immédiatement la police avant même de déclencher une procédure qui aurait été normale (confronter au sein même de l’établissement l’élève et le professeur) c’était déjà désigner le professeur comme coupable. Et quand bien même la police aurait-elle été obligée d’intervenir, c’était à elle de faire preuve de discernement, et non de donner immédiatement raison à cet ado contre son prof. Car enfin, fini ce temps où certains idéologues pouvaient tenter de nous faire croire que l’enfant nait naturellement bon : comment oublier que l’enfant, en tant qu’être à éduquer, ne saurait être aussi que le produit de la société dans laquelle il est immergé : et que si notre société n’agit et ne réagit que par violence, l’enfant sera tellement imprégné de cette violence et surtout du besoin de cette violence qu’il agira nécessairement avec des modèles de violence en tête.
Qu’avait-il donc à faire, cet enseignant, dans cette société devenue aussi irrationnelle qu’injuste ? Il s’est tué.
Mais voilà, le jeune a avoué, trop tard, qu’il avait menti !
Comme il est étrange que nos responsables, si prompts à se servir de l’Histoire, quand il s’agit de leur propre propagande politique, aient la malheureuse habitude d’oublier l’histoire tout court ; car le passé récent pullule de faits où des adultes, enseignants ou autres, ont souffert jusqu’à la mort, de la perversion d’enfants ou d’adolescents.
Alors ?