Nantes et sa Folle Journée ! De Schütz à J.S.Bach ! Quel programme alléchant pour une époque si riche ! Difficile alors de faire un choix, surtout lorsqu'on sait les mille obstacles qu'il faut franchir pour avoir un de ces précieux billets .
Qu'importe j'avais réussi à avoir, par défaut, un second choix dont je me réjouissais à l'avance. Le premier concert, les deux suites en si mineur et en ré majeur, avec le Sinfonia Varsovia, dirigé par Jean-Jacques Kantorow devait malheureusement ouvrir la porte à d'infinis regrets. A commencer par une surprise de taille : une erreur qui oblige l'orchestre à s'arrêter et à reprendre, et au même endroit même faute, même arrêt et même reprise ! Incroyable, je n'avais jamais assisté à une telle chose qui ... paradoxalement met en lumière la maîtrise du chef et de ses instrumentistes, car en l'espace de quelques secondes, ils sont capables de réagir, de faire comme si de rien n'était et de continuer avec maestria l'oeuvre ... maestria, concentration et surtout patience infinie envers un public, dont une partie, composée sans doute de béotiens, s'est cru obligée d'applaudir après chaque morceau de chacune des suite... comme si dans une pièce de théâtre, on applaudissait après chaque scène. Inutile de dire que si j'ai été fortement perturbé dans mon écoute, qu'est-ce que cela devait être pour les musiciens sur scène ! Dommage, car quels talents : de la flûte, au premier violon, en passant par la claveciniste les hautbois ou ... tous auraient sûrement mérité mieux comme écoute !
Le deuxième concert fut aussi du même tonneau : deux cantates de Bach, interprété par le Concert Français sous la direction de Pierre Hantaï ! Comment ne pas se régaler par avance de cette perfection qui nous attendait ? Et là encore, mêmes applaudissements après chaque morceau, l'agacement de Pierre Hantaï était visible ; et heureusement avant la seconde cantate, une mise au point du régisseur auprès du public nous a permis d'avoir une écoute extraordinaire, et le mot n'est pas de trop : un régal que ces solistes, des voix dont peut rêver tout chanteur amateur, une fusion entre tous les musiciens, au profit d'une interprétation hors pair ...
Le troisième concert, ce fut pour moi une découverte, un jeune pianiste, 22 ans, Jean-Frédéric Neuburger ! Quel talent là-encore ! Des transcriptions de Buxtehude et de J.S.Bach ; et quand un interprète est capable de faire ressortir toute l'architecture, d'une complexité extrême, de l'oeuvre de Bach, quand il est capable de nous en montrer, non seulement la pertinence, mais encore tout l'aspect émotionnel, alors je m'émerveille et je ne doute plus un instant de la bonté de l'homme.
Et dire qu'il y avait plus de deux cents concerts !
Photos de l'affiche, du grand hall, de la Salle Eisenach (le grand auditorium), et de scolaires pique-niquant sur place.
PS à propos des applaudissements incongrus, il ne faut pas les mettre au compte seulement de ces scolaires, il serait malsain de transférer sur eux l'ignorance de nombre d'adultes !
PS2 : qu'on me comprenne bien : je ne reprocherai jamais à quelqu'un d'être ignorant (étant moi-même un très grand ignorant !), non, mais quand cette même personne désire être un peu moins ignorante, alors qu'on lui donne les moyens d'aller jusqu'au bout de sa démarche, en lui expliquant par exemple, la structure d'une suite ou d'une cantate, et ce en quoi les différentes parties étant liées, il est impossible, même si elles senblent être une fin, de les dissocier et qu'elles ne font qu'appeler ce qui suit ! Et cela il serait peut-être bon que les organisateurs le rappellent au public !