Eric-Emmanuel Schmitt : Milarepa
Un correspondant italien, à propos d’une de mes critiques, m’a mentionné l’existence d’un sage bouddhiste du 12e siècle, un certain Milarepa ; et il m’a même fourni les références de ses écrits … et au moment où j’allais me renseigner pour me les procurer, le sort, mais est-ce vraiment le hasard ?, m’a remis entre les mains cet opuscule d’Eric Emmanuel Schmitt que j’avais négligé !
Pouvait-il y avoir meilleure introduction à la connaissance de Milarepa ?
Vous ne le connaissez pas ?
C’est l’histoire d’un pauvre berger sur lequel le sort s’acharne et qui perd tous ses biens ; recueilli par son cousin, il n’accepte pas ce qu’il croit être de la condescendance de la part de son neveu. Et lorsque son cousin, à son tour frappé par le sort, vient à mourir, il décide de se venger de son neveu et de sa mère … jusqu’au jour où, la mère se révoltant, elle envoie son fils prendre des leçons de magie noire, dont la vengeance sera terrible ! Mais las de faire le mal, il décide de devenir un sage ; et sous la houlette d’un autre grand sage, Marpa, il va complètement se transformer, et terminera sa vie dans la sainteté.
Il y a toujours dans le récit de la vie des grands hommes ce je ne sais quoi qui nous fait toujours douter : est-ce la réalité, ou bien simplement un embellissement pour mieux nous faire prendre conscience de la nécessaire morale qui doit régir les relations humaines ?
En tous cas, Eric-Emmanuel Schmitt sait tellement bien raconter que cette histoire on ne peut l’accepter que comme vraie ; d’abord parce qu’il imagine avec une audace particulièrement convaincante qu’un pauvre bougre de notre temps n’est rien d ‘autre que la réincarnation de Milarepa, mais aussi qu’il se croit incarner par une espèce de dédoublement l’oncle maudit !
Et puis il y a cette façon unique de raconter ; cette façon dont le narrateur (il s’agit en fait d’un grand monologue théâtral !) interpelle le spectateur ou le lecteur, la façon dont il l’oblige à pénétrer dans son monde à lui. Balivernes, voudrait vous dire votre pensée rationaliste, et pourtant, vous la faites taire pour vous laisser entraîner dans le cheminement de Milarepa. Ses agissements méchants, mais sa repentance, cette humilité avec laquelle il obéit à tous les ordres de Marpa, ce dépouillement qui va ensuite l’accompagner.
La fin vous stupéfiera tant elle est inattendue, quoique … et c’est aussi là le signe qu’on est en présence d’un très grand écrivain : car la fin n’est invraisemblable qu’en apparence seulement, et l’écrivain nous force alors à réfléchir, pour nous permettre de mieux la comprendre ..
En tous cas un bien beau petit livre qui augure bien de la découverte du modèle Milarepa.
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