Andrew McGahan : Australia Underground
Soit le frère du premier ministre australien,
Soit une cellule terroriste islamique qui, par erreur, le kidnappe,
Soit un Mouvement clandestin de Résistance, Australia Underground, qui délivre ledit frère et la chef de la cellule au moment où les forces police allaient libérer le même dit frère !
Et suit toute une série d’aventures, assez rocambolesques, il faut bien l’avouer : d’un match de cricket interrompu par un attentat, à un ghetto appartenant à la fois aux islamistes et à Australia Underground, sans oublier bien évidemment les évènements précédents, comme la destruction totale de la capitale Canberra par une bombe atomique, et sans oublier encore bien évidemment les clichés tels que le champ de marijuana cultivé par des aborigènes ou … ou …
S’en tenir à cette seule lecture serait comme lire les Mémoires de Casanova en s’en tenant aux seules aventures amoureuses.
En fait derrière cette fable il y a toute une critique de la société : la policée et la policière qui au nom de l’ordre, du respect de règles sociales impose une tyrannie où il n’y a plus aucun espace pour la liberté individuelle sous toutes ses formes. Critique aussi du monde politique, d’abord de la prise du pouvoir, puis de ses modes de fonctionnement, au niveau national, et puis à un degré supérieur, celui mondial : on appréciera le discours du représentant de la CIA qui explique le gouvernement mondial mis en place.
Tout cela est, certes, présenté sous le mode d’une fiction somme toute réjouissante, mais ce n’est pas sans interpeler le lecteur sur ce qui pourrait très bien se passer.
Critique du monde politique, mais aussi réflexion sur ce qu’est un citoyen : passif et cautionnant aveuglément la politique en place, ou au contraire actif, et aspirant à un monde où il aurait toute sa place comme être humain ? Ce n’est pas aussi tranché qu’ainsi énoncé, car entre la rebelle et intransigeante Aicha (la chef de la cellule islamique), Harry, le représentant de l’Australia Underground, et la femme aborigène, il y a toute une série d’appréciations qui méritent toutes d’être examinées avant de faire un choix définitif : qu’est-ce, par exemple, cet islam nouveau, est-ce une variante de l’Inquisition catholique du moyen-âge ou est-ce l’expression d’un homme nouveau débarrassé des pollutions modernes ? Peut-il y avoir compatibilité entre cette expression et cette aspiration à un monde meilleur de l’Australia Underground ? et comment pourrait s’intégrer cette autre philosophie énoncée par les aborigènes : ce qui était il y a 40.000 est complètement différent de ce que c’est aujourd’hui qui sera lui-même totalement autre dans 40.000 ans, alors que l’homme lui occupera toujours la même place, mais en ayant oublié ce si vieux passé !
Il y a bien sûr des tas d’autres choses dans ce roman, comme le cynisme dont sont obligés de faire preuve certains protagonistes pour exister, seulement exister ou mieux affirmer leur propre existence : cynisme du héros, cet aventurier raté des temps modernes, qui passe son temps à faire faillite, monter des projets, qui échouent tous, malgré la présence et l’aide de son frère, premier ministre. Cynisme des hommes politiques qui sont obligés de monter parfois l’invraisemblable pour arriver à leur fin : comme la pseudo destruction atomique de Canberra.
Un bon roman somme toute, dont le mérite essentiel est bien de vous forcer à réfléchir ou alors vous risquez fort de le trouver très fade, si vous ne vous contentez que de la suite des aventures !