Marcus Malte : Toute la nuit devant nous
Recueil de trois longues nouvelles qui en imposent à plus d’un titre.
D’abord de par leurs personnages centraux : trois univers différents peut-être mais tous concernant les enfants et adolescents. Evocation pleine de nostalgie de ce monde non entaché déjà de toutes les compromissions (nécessaires ????) du monde des adultes. C’est l’histoire de l’amitié entre deux enfants dont l’aîné prendra de façon spectaculaire, même si non reconnue, la défense du plus petit. Mais c’est aussi l’histoire de ce groupe d’adolescents qui, horrifié (d’aucuns diront naïvement !) du monde nucléaire qu’on leur offre, préfère se suicider en allant se jeter contre un convoi de produits nucléaires. C’est enfin l’histoire de ce môme marseillais qui ne vit que pour le foot, qui se rêve Zidane, et dont le rêve s’arrête dans une prison.
Trois univers, trois registres différents : mais tous les trois participent très fort de ce sentiment où l’amitié et la passion l’emportent sur toute rationalité qu’on pourrait leur opposer. Et ces deux sentiments sont d’autant plus forts qu’ils sont non seulement acceptés, mais mieux soutenus par quelques adultes : le pont est donc maintenu entre l’idéalisme ou l’utopisme du monde des enfants et celui des adultes ; mais pont fragile plein d’embûches et d’entraves que d’autres adultes s’ingénient à placer.
Mais une seule façon de raconter, et quelle façon ! Marcus Malte se révèle un maître du récit et de la nouvelle en particulier, dont le modèle est bien dans la deuxième nouvelle « Des noms de fleurs » : il nous tient en haleine jusqu’au dernier moment, il ne nous donne pratiquement aucun indice nous permettant de découvrir cette fin qu’il va nous proposer ! Ou encore cette façon dont il utilise des éléments qui, sous d’autres plumes, pourraient être complètement artificiels, voire caricaturaux : l’orage ou les souterrains du château, dans la première nouvelle, pouvait-il y a voir meilleur environnement pour nous faire accepter le merveilleux qu’est l’apparition de la mère, danseuse inégalée ? Quant à l’introduction de la troisième nouvelle avec ce rêve, l’auteur trouve le moyen de nous faire plonger immédiatement dans l’univers de cet adolescent dont les aspirations risquent fort de ne rester qu’au stade du rêve.
L’on pourrait ainsi décortiquer les trois nouvelles et reprendre chacun des éléments décoratifs ou événementiels pour s’apercevoir qu’aucun n’est placé par suite du hasard, mais bien par une volonté unique de renforcer la progression de l’histoire : assurément du très grand art !
Et quelle langue ? naturelle, ni simpliste ni alambiquée, mais juste, comme il convient à ce monde d’adolescents qu’il décrit ; regardez comment s’exprime le gamin qui vent devenir Zidane. Il y a une façon d’écrire comme s’expriment les gens tous les jours, sans pour autant tomber dans le populisme parfois affligeant que nous offrent tant de pseudos écrivains ou pire encore de nombreux internautes !!!
Les Rennais ont de la chance, ce recueil est à la disposition dans de nombreuses bibliothèques de la ville, puisqu’il fait partie de la sélection de printemps … mais en tout cas, à tous je souhaite autant de plaisir à lire ce recueil, que j’en ai eu moi-même à en dévorer toutes les pages.
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