Tonino Benacquista : Saga
Quatre écrivains méconnus sont embauchés par un directeur de production pour écrire le scénario d’un feuilleton qui doit être diffusé le matin, et dont le rôle principal doit être de meubler l’antenne. Ils peuvent écrire n’importe quoi, mais la seule contrainte qu’ils ont, est de faire le moins cher possible : donc peu de personnages (pas plus de hui !), pas d’actions tournées en extérieur.
Nos quatre écrivains vont se prendre au jeu, et leur invention va être telle que leur feuilleton va connaître un énorme succès au point qu’il va passer en prime time … mais, du coup, le producteur va tenter de leur imposer de plus en plus de contraintes, d’autant que les politiques s’en mêlent …
Je ne sais si ce type de situation correspond à la réalité du métier de scénariste, mais cela semble tellement juste qu’on est prêt à parier sur la véracité de tout ce que l’auteur avance.
Satire évidente du producteur pour qui ne compte que l’argent, l’audimat et la reconnaissance des hommes politiques ; il n’est que de regarder le comportement de quelques réalisateurs actuels et l’on voit parfaitement de qui Benacquista a bien pu s’inspirer.
De même en ce qui concerne le feuilleton : je n’ai qu’une pratique très très épisodique du feuilleton télévisé, mais aussi bien la critique qui en est faite que ce que le téléviseur moyen peut en attendre semblent correspondre à cette réalité qui a fait la richesse (au sens financier, et non intellectuel !) de nombre de chaînes de télévision.
Quant aux personnages, il est impossible de ne pas se laisser prendre à leur personnalité ; dans leurs réaction, on a vraiment l’impression de côtoyer des êtres de tous les jours : ils n’ont rien d’exceptionnel, ils se comportent comme chacun d’entre nous ; et même leurs mouvements de mauvaise humeur ou de colère nous sont aussi familiers que les nôtres … ou ceux de nos proches.
Surprises aussi que provoque l’imagination créatrice de l’auteur : ces personnages qui apparaissent tout à coup sur scène, ou encore la référence à Shakespeare.
Du très bon théâtre : et si on prend tant de plaisir à le lire, alors on imagine aisément celui que doit procurer sa représentation !