Jean-Baptiste Destremau : Sonate de l’assassin
Pour réussir à bien jouer, le pianiste Laszlo Dumas est obligé de tuer ceux qui remarquent les légères fausses notes qu’il introduit dans ses récitals … jusqu’au jour où il va rencontrer Lorraine et son jeune fils Arthur. Mais cet intermède amoureux ne sera qu’un répit et le drame est là qui se noue, inexorable !
On nous avertit en quatrième de couverture, c’est le premier roman d’un jeune pianiste.
Pianiste, impossible de se tromper : sa connaissance tant musicologique que technique nous indique clairement que nous avons à faire à un professionnel ; il a en outre le mérite de ne pas abuser de son métier et de ses spécificités, il pourrait nous en mettre plein la vue, ou plutôt plein les oreilles ; mais non, il réussit à rester toujours au niveau d’un lecteur certes mélomane, mais pas du tout spécialiste. Ce qui offre l’avantage non négligeable de ne point perdre de vue qu’il s’agit avant tout d’un roman policier et non d’un traité écrit pour quelques personnes seulement.
Quant à ce premier roman ; on s’en rend compte aussi car il a, me semble-t-il, le gros défaut du néophyte qui se lance dans l’écriture, qui veut tout dire, qui a peur de ne pas être compris et qui en rajoute bien plus qu’il ne faudrait. Il aurait pu, me semble-t-il (bis) éviter certains crimes redondants, ou tout au moins les raconter dans le détail comme il le fait : pour intéressants ( ?) que soient les détails techniques de la mise à mort, en abuser distrait le lecteur du but recherché, et on se serait volontiers passé du récit du meurtre de l’un des deux critiques.
Ceci dit, pour un premier roman, il est vraiment bien ficelé : d’abord dans son organisation ce récit à trois personnes essentiellement, Laslo, Lorraine et Arthur, et accessoirement Georges, l’impresario ; c’est une façon de raconter tout en diversifiant la source et en offrant aux lecteurs des points de vue originaux sur le déroulement de l’action.
Mais quelle que soit la valeur réelle de ce roman, sur le fond, je demeure très gêné : j’ai du mal à imaginer que quelqu’un qui côtoie les sommets de l’art (être capable de jouer la dernière sonate de Beethoven), soit dans le même temps capable de mettre au point toute une stratégie pour tuer un de ses auditeurs qui aurait remarqué une note non conforme à la partition ! Cela me semble complètement inimaginable même de la part d’un psychopathe, le plus invétéré fut-il.
Sentiment très gênant qui perdure tout le long du roman (et même dans l’intermède amoureux avec Lorraine) et qui fort heureusement disparaît dans les dernières pages avec le dénouement.
Un premier roman somme tout suffisamment bon pour qu’on puisse souhaiter à ce jeune auteur d’en écrire d’autres.