Louis-François Delisse : Choix de poésies amoureuses des Touaregs
Il y a toujours une émotion certaine à découvrir comment d’autres humains, de culture totalement différente de la notre, ont pu exprimer leurs sentiments aussi intimes que ceux amoureux.
Et on tombe dans ce piège tellement grossier qu’on s’étonne toujours de s’y laisser prendre : à force d’être persuadé qu’on est le modèle du genre, et que par conséquent tous les autres humains doivent nous ressembler, on en arrive à oublier qu’ils puissent surtout en la matière amoureuse être différents de nous !
C’est sans doute la très grande force de ce petit recueil de poésies : nous montrer que l’identité universelle est la plus grande bêtise qui puisse se concevoir.
Vous n’alliez quand même pas croire que les Touaregs posséderaient alexandrins, sonnets, rondos et autres formulations dont la langue française peut se vanter ?
Vous n’alliez pas croire non plus que les imageries et autres roucoulades dont nous sommes trop souvent friands allient être aussi l’apanage des Touaregs ?
Ah oui ?
Eh bien lisez ces quelques pages, et vous constaterez comme d’autres, que certains pourraient qualifier de « sauvages » ou d’être primaires et sanguinaires, sont capables de faire parler leur cœur.
Certes ce n’est pas du tout notre culture, et il faut un certain temps pour s’habituer aux selles, chamelles, montures, méhari etc …. De même que cette interrogation qui surgit très souvent : eh oui, les Touaregs ont aussi cet instrument qui s’appelle violon (et croyez-moi des gens qui parle autant de violon et qui savent donc en jouer, ne peuvent absolument pas être ces méchants barbares que vous pensiez !) et comme il revient ce violon-là comme un leit-motiv permettant d’exprimer leurs sentiments amoureux.
Une fois que vous aurez fait le vide dans votre tête de toutes les références occidentales (abandonnés Pétrarque, Ronsard, ou tous ces grands romantiques abondamment commentés dans tous nos manuels scolaires !), alors vous aurez la surprise de découvrir comme ces Touaregs peuvent être possédés de ce divin dieu (pardon pour cette redondance !) d’Amour … du reste si nos civilisations ne devaient en garder qu’un seul (Dieu) ce serait bien celui-là …
A propos il paraît que le Père de Foucauld avait découvert ces Touaregs et leurs poésies amoureuses … on comprend alors pourquoi l’Eglise n’en a pas fait un saint !
Mais ne me faites pas écrire ce que je n’ai pas dit : ce n’est pas par anticléricalisme primaire que j’ai été intéressé par ces poésies qu’a aimées cet ermite du désert, non, elles m’ont interpellé, parce que derrière leur différence, il y a une incontestable vérité du cœur humain devant laquelle on ne peut que s’incliner.
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