Sixième Mois International Photo
Lorsqu’on quitte ce véritable paradis de la photo que nous propose pour la 6e fois Dol Pays Initiatives, on a envie de se poser la question, jusqu’où iront les organisateurs dans cette véritable anthologie qu’ils nous offrent.
Car il faut bien l’avouer dans cette petite quarantaine d’auteurs, il faudrait vraiment être très difficile ou complètement obtus pour ne pas trouver son bonheur.
Alors ne vous étonnez pas si je passe sous silence certains auteurs que vous aurez préférés.
Mais d’abord une première constatation sur les soit disant amateurs qui ont une bonne place dans ce 6e mois : à vous de déterminer dans la centaine de clichés (au moins, et sans doute plus) que des inconnus (forcément, il faut garder l’anonymat d’un concours) ont donnés à juger, espérant obtenir ce qui deviendra sans doute l’un des plus prestigieux prix du public. D’accord il faut faire le tri, entre ceux qui ont, de toute évidence le coup d’œil photographique et ceux qui ne l’ont pas ! Mais, sur cette masse combien sont-ils à pouvoir prétendre à ce prix ? … à mon sens, beaucoup plus qu’on ne pourrait s’y attendre (en tenant compte de ce simple fait tellement évident qu’on oublie de le dire !) que mon goût à moi n’étant pas universel, celui des membres du jury, se basant comme moi, sur des critères objectifs pourra très bien choisir cette photo que j’aurai négligée tout simplement parce que le sujet traité ne m’inspire en aucune façon ! En tout cas, si vous allez voir ce mois de la Photo, je vous invite très fortement à voir ce cliché de deux ombres de raquettes réunies virtuellement par une balle ; non seulement le voir, mais l’étudier, l’analyser et alors ? Chapeau à son auteur(e) !
Sur les autres exposants, très fortement touché par l’invité d’honneur Horst Faas : reporter de guerre, (et Dieu sait si mon pacifisme s’inscrit dans l’horreur de ce que les hommes sont capables de faire de pire !) il nous montre des photos d’un réalisme terrible : la très sale guerre du Vietnam ! Mais son mérite est bien au-delà de ces seuls clichés : car la vérité qu’il nous montre, est, dans son objectivité la plus totale, est une condamnation sans appel de ce non-sens humain qu’est la guerre. Ces clichés qui peuvent sembler engagés dans un sens comme dans l’autre (soldats interrogeant l’ennemi capturé, ou soldats tentant de protéger le civil) nous livrent en fait un double constat : l’humain qui, dans des actions oh combien humanitaires, veut protéger un autre humain, est alors de fait celui qui accomplit encore une plus grande violence, celle que lui confère le simple fait de porter un uniforme et une arme ; la recherche d’une vérité, comme le fait d’apporte protection ne peut se faire que par un acte profondément inhumain, celui de la violence institutionnalisée.
Il y a donc les « institutionnels », enfin ceux que les autorités photographiques ont élus comme leurs pairs ; et le choix est, me semble-t-il très judicieux, lorsqu’il se porte sur deux Polonais comme Aleksander Wasilewski ou Pawel Repetowski : clichés d’arrière garde ? Voire ! Car à force e nous imprégner de ne penser que couleurs et numérique, l’on en arrive à oublier, pire à nous désacoutumer de cet immense travail artistique que suppose le noir et blanc et/ou le cliché argentique. Quelle meilleur école que le Noir et Blanc pour réussir à imposer à son œil cette vision toute en nuances subtiles de notre réalité ! Elle est couleur, dites-vous cette réalité, certes, certes, mais dans la richesse de ses nuances, de ses dégradés, de ses variations même de luminosité, elle est entièrement contenue dans toute la palette du Noir et Blanc, et osons le paradoxe jusqu’au bout : la dite palette du Noir et Blanc est bien plus riche que toutes les couleurs …
Et c’est là le grand mérite de ces deux polonais, qui, dans des clichés de la vie ordinaire, arrivent à l’enrichir, à la « transcender » de toutes les possibilités du Noir et Blanc.
Réalisme aussi de la photo Noir et Blanc ? Vous en doutiez ? eh bien Gérard Fourel vous en donne une magistrale démonstration dans ces photos témoignages sur l’importance d’un tissu industriel dans une petite ville comme
Fougères : et je me souviens de ces luttes que nous avons soutenues, qui, dans les années80 et même avant secouaient Fougères qui voulait tant, et à juste titre, que ses enfants puissent continuer à travailler et à vivre chez elle … le mot délocalisation n’avait pas été encore inventé … et pourtant !
Et justement dans cette gamme de subtilités qu’offre le Noir et Blanc, il faut observer et admirer avec quel art André Percepied l’utilise pour ces portraits de femmes ; comme j’ai aimé leurs sourires énigmatiques, cette pudeur (fausse, bien sûr, mais tellement séduisante) de leurs poses, et ce travail qui semble tellement naturel qu’on se demande si l’auteur est réellement doué ou s’il fait partie de ces bosseurs impénitents !
Et quelle opposition avec les photos de Georges Pacheco, son livre sur les aveugles, une introduction terrifiante sur la chance d’être voyant ou non voyant, c’est selon : tout un discours sur la relativisation des normes, tout une réflexion sur l’appréhension de la différence chez les humains …
Mais plongez-vous un peu au-delà du Noir et Blanc et voyez…
En vrac, et avec toutes les omissions rappelées en prémisse :
Les jeux de lumière d’un Stéphane Maillard, la patience d’attendre cette luminosité à nulle autre pareille, et surtout savoir la dompter, la canaliser et la rendre ensuite sur l’appareil ! Du grand art !
De l’amusement aussi et sans doute, comme ces jeux avec la brume que nous propose Didier Beunas, ou encore ces reflets de bateaux que saisit dans leur instantané Caroline Caux Evans…
Et puis le choc, il faut bien l’avouer, non ? Cette place que les organisateurs ont laissée à la peinture, une toute petite place certes, mais tellement judicieusement utilisée !
Avec les clichés de Horst Faas, quelques toiles de Daniel Lindé : je n’ai pas honte de dire que j’au beaucoup aimé ce contrepoint ! On peut en faire toutes les lectures possibles, la politique, à la violence de la force institutionnalisée (représenté par le soldat des clichés photographiques) s’opposerait celle beaucoup plus pernicieuse : la tendance humaine au voyeurisme ! Mais on peut aussi avoir la lecture humaniste, ou celle plus psy où pour expurger la violence que me fait subir l’Etat, je dois opposer celle que je porte sur le monde régi par l’Etat…
Peinture encore celle d’Elf Evans (le mari de Caroline) : à la fois très proche des courants d’avant-garde du siècle passé, et les titres parlent d’eux-mêmes, et en même temps pastiche presque désabusé, mais pas assez pour produire des croutes, et sans doute trop pour arriver à égaler les maîtres cités en référence !
Et pour terminer (je n’ai que trop discouru !) comment oublier cet autre choc : ces photos sur toile dont nous régale Gilles Baumont ! Elles sont dans leurs constructions contraires à toutes les règles qu’on nous a inculquées, vous savez la fameuse règle, par exemple, des 2/3 1/3 pour situer la position de l’objet photographié ; eh alors ? cela va-t-il vous empêcher de vous extasier sur cette perche verte au milieu de l’étendue inaltérée d’une mer ?
Ne vous l’avais-je pas dit que sur ce salon, on pouvait discourir des heures et des heures sans se lasser, et surtout tout en prenant énormément de plaisir ?
Alors, profitez-vous dans quinze jours, ce sera trop tard, vous aurez perdu une occasion de découvrir comment un art dit mineur peut aussi être un art majeur.