Alberto Ongaro : Le secret de Caspar Jacobi
Un jeune écrivain vénitien, Cipriano Parodi, bourré de talent et donc plein d’avenir, reçoit une étrange proposition de Caspar Jacobi, un écrivain américain très célèbre : faire partie d’une équipe d’écrivain qui travaillent pour lui.
Il accepte, et c’est alors que surviennent des faits troublants : Caspar qui est capable de deviner et d’écrire le roman que Cipriano a en projet, ou encore Morena, la magnifique et insaisissable femme de Caspar, ou aussi l’étrange mort d’un de ses prédécesseurs, Régis, sur laquelle la femme va apporter d’inquiétantes explications. Il en déduit que Caspar a un secret, secret qu’il va vouloir percer.
Et si vous réussissez à le deviner avant les dernières pages, où Ongaro va nous le livrer, c’est que vous êtes très fort …
Car, il y a chez Ongaro le même art du suspens, de la narration, de l’imagination que chez Hugo Pratt dont il a été le complice (la dernière de couverture nous l’apprenant) ; on ne s’étonnera plus que j’ai « adoré » (comme ma dévote de mère me reprenait, quand j’osais utiliser ce terme qu’elle ne concevait s’appliquer qu’à Dieu !!!) ce roman.
Non, ce n’est pas un plagiat de Pratt, mais une forme d’esprit égale à celle du génial constructeur, bâtisseur et architecte de la BD. Il réussit dans le domaine du roman ce en quoi a excellé Hugo Pratt dans la BD.
A commencer par l’art de la construction, celle qui part en étoile, vous amène sur de nombreuses pistes narratives où vous êtes toujours sur le point de perdre pied, ne vous égarer, mais, et ce mais est inexplicable l’auteur ne vous laisse pas tomber, et il trouve le moyen, un tout petit fait auquel vous raccrocher et qui relance votre intérêt. Entre autres artifices (mais peut-on utiliser un tel terme quand il s’agit de trouvaille ?) ce sont les interventions de l’auteur dans le récite de Cipriano Parodi, ou encore l’intégration du roman que songe écrire Cipriano, dans son récit.
Alors bien sûr, il y aura comme chez Hugo Pratt ces personnages à la fois mystérieux, inquiétants, on pense à ce numismate à moitié fou, ou encore à ce lutteur vénitien retrouvé à New York et qui n’a qu’une seule obsession. Mais même les personnages secondaires sont aussi séduisants, ou plus exactement ont la juste dimension nécessaire pour faire avancer le lecteur dans la recherche de l’énigme et de ce fait participent à la séduction globale qui émane de ce roman.
Quant à la fin suggérée …
Bon un très grand roman qui donne envie de découvrir un peu plus cet auteur dont on ne s’étonnera pas qu’il soit, comme son héros, vénitien (une piste à fouiller pour les chercheurs curieux : en quoi Venise, sa configuration propre, les modes de vie qu’elle développe, influence-t-elle d’une façon toute particulière les artistes, que ce soient les peintres, les musiciens ou les écrivains ? Dommage, j’aurais 20ans de moins, je me lancerais dans une telle aventure …)
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