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31 août 2009 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0)
Frédéric Dard : Georges et la dame seule
Petit provincial sans grand avenir, Georges travaille comme employé aux écritures dans une étude. Mais un jour il aperçoit une énigmatique jeune femme, Henriette… il va en devenir follement amoureux jusqu’au moment où elle lui dira la vérité : elle n’est que de passage dans cette ville, juste le temps pour elle d’attendre que son mari enfermé dans la prison pour quelques peccadilles, ne soit libéré !
Vous ne pouvez deviner la fin et je ne vous la dirai pas !
Intrigue quelque peu commune, que l’on retrouve trop fréquemment chez les auteurs à l’eau de rose.
Mais ce n’est pas elle qui nous intéresse : c’est bien plutôt de voir la dimension que peut avoir Frédéric Dard dans le roman « sérieux ».
Nous sommes bien obligés de mettre entre parenthèses le genre dans lequel il excelle (Toute la série des San Antonio n’a-t-elle pas influencé nombre d’écrivains, sans compter tous ces millions de lecteurs qu’elle a enflammés ?), puisque ce roman a été écrit bien avant que ne soit conçu le commissaire San Antonio et son indéfectible associé Bérurier ! Mieux, il nous offre une nouvelle vision de Frédéric Dard et surtout nous permet de deviner ce qu’aurait pu être sa carrière de romancier « classique ».
On a toujours été tenté d’analyser la fougue, la faconde du commissaire par une tendance qui ne serviraient qu’à masquer sa misanthropie et son pessimisme le plus noir. Dans « Georges et la dame seul » nous avons ce même caractère sombre, ce pessimisme très noir : il suffit de voir la description de ce bistrot, le discours que tient son propriétaire. Et il en est de même pour toute la société : Frédéric Dard porte sur elle un jugement à la fois résigné (« c’est le rôle du sexe –féminin- que de s’occuper de la nourriture »), conformiste mais surtout sans la moindre perspective d’amélioration. Et même dans les sentiments on retrouve ces mêmes impasses : les grandes passions ne servent à rien !
Quant au style ! Il est aux antipodes de celui qui sera adopté dans la série des San Antonio ! D’une sobriété – mais aussi d’une redoutable efficacité – il va à l’essentiel : il ne s’entoure pas de fioritures, et tant pis s’il doit faire mal. Il se sert de formules en forme de constatations, un peu comme ces sentences morales dont étaient si fiers nos instituteurs d’autrefois, pour dévider implacablement son pessimisme (« je ne suis pas encore assez cynique pour me réjouir des bonnes fortunes » : vous connaissez une phrase cinglante plus lapidaire ?)
Frédéric Dard, un Janus à deux visages ?
Mais j’avoue que je préfère celui de San Antonio, car il offre au moins une échappatoire à ce pessimisme, celle de l’illusion … et le mirage d’une luxuriant oasis est souvent préférable à l’aridité du désert !
28 août 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)
Recette de cuisine universelle
Cette idée nous est venue lors d’un repas de grande marée !
Mais il faut d’abord expliquer ce qu’est un repas de grande marée ; pour bien le comprendre il faut avoir à l’idée que la pêche à pieds est une pratique qui chez certains membres de ma famille se perpétue depuis des générations ; lors des trois, voire quatre grandes journées où en période estivale et du début de l’automne, la mer est sujette à de très forts marnages, les crevettes (surtout le bouquet), les palourdes, moules, bigorneaux et autres étrilles ont intérêt à se méfier de nous, car notre tribu est redoutable …
Pourquoi ? Pour cette simple raison que, certains soirs, nous allons nous retrouver à plus de quinze, et que pour remplir quinze ventres affamés, il en faut de tous ces coquillages et autres crustacés !
Or donc, l’autre soir, il y a maintenant une petite semaine, notre pêche sans être miraculeuse n’en fut pas pour autant moins grande, et nous nous sommes retrouvés à 17 autour de deux tables ; les adultes d’un côté, et les enfants et ado de l’autre !
La sagesse de Hortefeux et la crainte de ses sbires nous ont fait absorber bien plus d’eau que de vin (le muscadet ou le vin blanc, un sauvignon de préférence, s’imposant quand même !), mais malgré cela il y eut une ambiance du tonnerre de Dieu, que la multitude de moules, étrilles et palourdes ne fit que renforcer !
Et justement parlons-en des palourdes ! Il y a tellement de recettes ! vous avez la classique, mangez-les crues nature ou accompagnées d’un léger jus de citron et toujours de pain beurre salé (mangez les produits d’une grande marée sans le pain beurre salé, c’est comme manger du fromage sans l'accompgner de son vin rouge !) ; mais vous pouvez aussi les manger en soufflé, et croyez-moi la recette de la cousine est proprement divine (la recette, bien sûr, encore que la cousine … mais c’est une autre histoire !) ; il y a aussi la recette des pâtes aux palourdes, les Italiens les appellent les vongole, et c’est vrai que les spaghettis aux vongole sont un délice digne des festivités capitolines.
Mais chez nous il y a aussi une tradition (que voulez-vous on est conservateur ou on n’est pas !) : si, aux grandes marées, on ne fait pas de palourdes farcies, c’est alors comme une messe sans communion !
Et l’autre soir nous n’avons pas dérogé à la coutume !
Les palourdes farcies ? c’est simple comme bonjour ! vous ouvrez vos palourdes, et vous mettez en une seule demie coquille le produit des deux demi-coquilles ! Vous préparez une beurre d’escargot que vous mettez dessus, vous répandez alors un peu de chapelure, et vous passez au four, le temps qu’elles dorent et vous servez chaud !
Cela c’était jusqu’à ce fameux soir !
Car… car …
Mon voisin, un neveu, se penchant vers moi me murmura, mais de façon suffisamment intelligible pour que tout le monde puisse l’entendre,
« Tu sais, Jacques, ce qu’il y a de bon dans les palourdes farcies, eh bien c’est la farce … »
Et de continuer
« et tu sais avec quoi elle faite »
Je lui énumérais tous les ingrédients, en en oubliant un seul, celui qui précisément avait l’heur de plaire le plus audit neveu, c'est-à-dire l’échalote…
Et de nous regarder, et de partir d’un grand éclat de rire, nous venions de trouver une recette quasi universelle :
Invitez vos amis, en leur promettant des palourdes farcies,
Et quand sonnera l’heure du repas, amenez une échalote sur une petite assiette, et faites-leur imaginer, un bon beurre d’escargot, puis des palourdes, puis une verre de muscadet, et une belle tranche de pain de seigle avec un bon beurre salé … et annoncez fièrement « Palourdes farcies ! »
Le succès en sera d'autant plus garanti qu'un de vos convives aura le bon goût de s'exclamer :
- "Quelle bonne farce !"
…
Vous dirai-je que tout le reste du repas, nous avons imaginé ainsi de nombreux plats qui ne seraient constitués que de l’ingrédient qui fait le plus plaisir, ou qui marque le plus …
28 août 2009 dans Gastronomie | Lien permanent | Commentaires (0)
Marcel Aymé : Vogue la galère
Prenons un gentilhomme particulièrement naïf, condamné aux galères parce que hérétique. Autour de lui (Lazare de Barrals) quelques truands, qui ont bien mérité leurs peines. Et ce naïf de penser que s’il rend à ces malheureux la liberté, ils vont s’amender et devenir des hommes vertueux !
Vous l’auriez parié ? Bien évidemment puisque vous êtes indécrottablement pessimiste et que la nature de l’homme est pour vous foncièrement mauvaise ! Ce fort sympathique hérétique non seulement ne va pas réussir dans son entreprise, mais en sera la victime. La faute à qui, s’il vous plaît ? Ne vous creusez pas trop la cervelle, à la Femme, bien sûr, car, n’est-ce pas c’est toujours (ou presque) elle qui est la fatalité de l’homme (c’est du moins ce que racontent les historiens hommes, qui, la rendent responsable de tous les malheurs de la création, depuis notre mère première à tous, Eve… mais imaginez des historiens femmes – on dit alors historiennes, espèce d’ignorant !-, eh bien je suis persuadé que tous nos maux proviendraient de nous autres hommes … n’est-ce pas cet étonnant, et aussi assez imbuvable, Pascal qui a écrit, vérité en deçà erreur au-delà ?)
Bon, merci Panurge, pour revenir à nos moutons, notre très sympathique huguenot va être la victime de la femme : et parce qu’il va tomber amoureux (expression la plus idiote qui soit : tomber étant par définition péjoratif, presque dégradant, alors qu’en matière d’amour ne faudrait-il pas écrire s’élever d’amour ?) de l’une des naufragées qu’a charitablement secouru l’encore capitaine de la galère, alors il va choir dans sa mission de sauver les hommes malgré eux.
Intéressante pièce de ce Marcel Aymé ! Pessimiste ? Il faut dire qu’écrire durant la deuxième guerre mondiale n’inclinait pas forcément à un optimisme à tout crin ; et les ignominies dont on pouvait être quotidiennement témoin n’incitait pas non plus à croire que la générosité pouvait être la qualité principale de l’homme.
Quoi qu’il en soit la manière dont est abordée dramatiquement cette angoissante question sur la véritable nature de l’homme est passionnante à plusieurs titres. A commencer par le déroulement dramatique lui-même, et si à lire cette pièce on se laisse emporter par l’action, quel enthousiasme ne doit-il pas saisir le spectateur à sa représentation ? Il me plaît aussi que la religion soit mêlée à ce débat : derrière l’entité huguenote de Lazare se cachent toutes les autres religions, toutes celles qui affirment pouvoir donner à l’homme sa dignité (et donc sa liberté) ; j’aime que Marcel Aymé nous rappelle tout simplement que c’est à l’homme et à lui seul qu’il appartient de trouver les moyens et la force de se rendre libre … ce qui implique donc que pour beaucoup il est beaucoup plus confortable de se laisser commander par un plus fort que soi, quitte à aliéner complètement sa liberté … et dans la période 1940-1945, c’était bien autre chose qu’un seul débat théorique ! Il ne faut sans doute pas vouloir trop forcer sur le message de l’auteur… pourtant il me plaît aussi à imaginer cette autre transposition possible, et si on remplaçait le maître qui dirige, par ces techniques qui sont de plus en plus présentes et qui nous gouvernent de plus en plus au point de nous aliéner (le téléphone portable, l’ordinateur, la voiture …) … mais depuis un certain Marx, l’homme est tellement aliéné qu’il aime son aliénation !
Rétrograde, va !
27 août 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1)
Santiago Roncagliolo : Histoires indiscrètes d’une famille sans histoire
Voue prenez n’importe quelle famille et vous l’affublez de tout ce qui fait la mode aujourd’hui : le père, Alfredo, cadre supérieur qui essaie une liaison avec sa secrétaire, dans le même temps où son médecin lui apprend qu’il n’en a plus que pour six mois, la mère, Lucy qui reçoit d’étranges billets porno dans son sac à main, le grand-père déboussolé après la mort de sa femme et qui est soudainement pris d’ardeurs lubriques, la fille, Mariana, qui s’entiche d’une de ses amies avant de la haïr, le fils, Sergio qui croit aux fantômes … sans oublier un chat obsédé sexuel !
Vous secouez bien fort …
Et hop vous obtenez un livre loufoque, fantasque et surtout d’une acidité quasi vitriolesque, propre à vous regonfler totalement pour peu que vous ayez le moral dans vos chaussette.
Livre parfait pour les vacances … et pas seulement !
Si on le décortiquait quelque peu ?
Mon dada, l’ossature, j’aime quand une œuvre (quel qu’en soit le domaine : musique, peinture, architecture … et littérature !) présente une réelle volonté d’organiser une pensée. L’auteur a choisi la formule la plus simple, c'est-à-dire de faire vivre ses héros (ou anti-héros, à vous de choisir !) au fur et à mesure et les uns après les autres ; simple, peut-être mais toujours aussi efficace, et lorsque se produit leur rencontre, ce qui est quand même inévitable même dans notre société où nous avons pris l’habitude de vivre les uns à côté des autres, parallèlement en quelque sorte, cette rencontre prend alors une force qui attache encore plus le lecteur au récit.
Si vous ne cédez pas à l’aisance du style de Roncagliolo, c’est alors à vous demander ce que vous avez à la place des yeux ! lire ce roman en langue originale ce doit être le suprême plaisir, car la traduction qui nous en est offerte rend parfaitement bien ce vertigineux tourbillon dans lequel nous plongent toutes les aventures de cette famille. Aucune affectation, aucune lourdeur, ce style nous fait virevolter avec la même légèreté que les personnages.
Mais ne nous méprenons pas, car cette éblouissante désinvolture ne fait que masquer une réelle angoisse qu’éprouve chaque humain devant la petitesse de sa propre vie, et nous montre bien aussi la vanité des solutions que nous essayons de mettre en place pour échapper à cette petitesse ; les quelques épisodes du chat sont bien là à titre symbolique pour nous montrer la réelle pensée de l’auteur.
Une mention doit être faite à part pour l’humour qui caractérise ce roman : prenez des épisodes comme la séance chez le vétérinaire pour faire châtrer le chat, ou encore cette scène hallucinante du Papi qui veut à tout prix intégrer une maisons de retraite celle où a été acceptée une de ses anciennes amies ; il sert à mieux nous faire passer le message de l’auteur… on imagine sans mal un extra terrestre du 40e siècle découvrant par hasard ce roman dans les vestiges de notre civilisation à jamais détruite : mieux qu’avec tout film, documentaire ou reportage, il pourrait alors avoir une juste vision de notre société et de la parodie de société que nous offrons au début de ce 21e siècle !
Car l’humour devient aussi grinçant lorsque notre auteur fait semblant de céder à la mode : l’échec d’Alfredo avec sa maîtresse de quelques heures, la facilité avec laquelle Lucy se prête au jeu des billets anonymes, ou encore la haine farouche de Mariana contre cette amie qui l’a trahie. Reflet très réaliste, mais aussi très mordant de nombreuses situations actuelles où les pulsions l’emportent sur la raison, ou tout au moins arrivent jusqu’au point de non retour, ce point où la raison ayant perdu tout pouvoir, tout et son contraire deviennent alors possibles.
Mais trêve d’analyse, ce roman publié en avril dernier doit sûrement se trouver dans votre médiathèque préférée ou chez votre libraire de prédilection. Vous m’en reparlez ?
19 août 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)
Paolo Giordano : La solitude des nombres premiers
Oh mémoire infidèle ! Comment ai-je pu un instant confondre Bruno Giordano avec Paolo Giordano ? l’aspect quelque peu scientifique du titre ? mais ne croyez surtout pas qu’il faille le regretter ! Car autant j’ai de respect pour ce savant que l’Inquisition condamna en 1600, autant j’éprouve une certaine sympathie pour ce Paolo Giordano depuis que je viens de lire son premier roman.
Alice, jeune enfant, fera une chute de ski et deviendra boiteuse. Mattia, tout jeune enfant, lui aussi, sera à l’origine de la disparition de sa sœur jumelle, et deviendra complètement asocial.
Tous les deux vont se retrouver dans un parcours identitaire similaire.
Même si on apprend en quatrième de couverture qu’il a déjà été vendu en Italie à plus d’un million d’exemplaires et que l’on redoute donc un quelconque effet de mode, on lit quand même avec plaisir ce roman.
Une construction solide qui a déjà fait ses preuves mais qui séduit toujours : alternance des épisodes concernant chacun de nos deux héros. Avec quand même ce petit bémol : l’aspect répétitif deviendrait vite monotone, puisque n’offrant plus de surprises, mais heureusement son roman se termine avant que son ordonnancement ne lasse.
Reste le fond. J’avoue que j’ai eu parfois du mal à accrocher à ces histoires d’adolescents d’aujourd’hui, comme l’épisode du tatouage ou encore la soirée anniversaire : ce n’est pas tant que je suis « trop vieux » et que je n’ai pas connu moi-même ce type d’aventures, non, mais ces évènements m’ont semblé quelque peu artificiels. Certes ils trouvent largement leur justification dans le cheminement ou l’épanouissement des deux personnalités, mais … bon tout cela c’est du domaine du subjectif et ne doit rien enlever à la qualité objective de ce roman.
Qui réside essentiellement en ce devenir des deux enfants puis adolescents, et surtout de la symbolique qui les unit : le lien mathématique des nombres premiers (ce n’est pas pour rien que l’auteur poursuive dans le même temps une carrière scientifique !). Lien qui poussé à son extrême pourrait nous réserver quelques surprises philosophiques, que l’auteur se garde bien d’énoncer clairement alors qu’il les suggère : la relation des individus entre eux ne serait pas due au hasard mais bien à des attirances (ou à des répulsions) dues à la nature même de leur personnalité. C'est toute la question entre prédestination et liberté de choix qui est posée ; de façon à la fois originale et troublante, cette même prédestination ne serait plus en termes religieux (ou divins !) mais en termes scientifiques abstraits que sont les chiffres ; c'est sans doute là l'aspect le plus fascinant de ce roman .
Et vouloir outrepasser cette règle de la prédestination expose à la faillite même de sa vie : c’est le cas d’Alice qui va connaître un mariage malheureux avec un médecin, mais c’est aussi en partie la destinée de Mattia dont on devine qu’il ne pourra connaître de relations affectives profondes puisqu’il laisse échapper la seule occasion d’en fonder une de réelle avec Alice.
Ceci dit, ce roman se lit très bien, et pas seulement parce qu’il est bien écrit, mais aussi par un ton alerte, une fraîcheur réelle : l’on passe avec lui quelques heures fort agréables. J’attends donc avec une impatience certaine son prochain roman, pour voir confirmées ces qualités !
18 août 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)
Guadalupe Nettel : Pétales
J’ai déjà eu l’occasion de dire sur ce blog tout le bien que je pensais de cette romancière mexicaine, à propos de son roman « L’Hôte ».
Force aussi est de constater que ce recueil de nouvelles, « Pétales » confirme largement la haute opinion que j’avais d’elle.
Je n’ai nullement l’intention de résumer ces nouvelles, mais seulement d’en faire l’éloge.
Eloge de l’écriture d’abord (et un grand coup de chapeau aussi à la traductrice qui a su si bien rendre l’atmosphère générale de ces nouvelles) ; écriture parfaitement maîtrisée, et y compris dans les domaines les plus délicats, comme dans cette nouvelle où un jeune homme recherche dans les toilettes une jeune femme …
Eloge des thèmes, mystérieux, à la limite du fantastique, ou plus exactement sur la frontière du réel et de l’imaginaire ; cet imaginaire qui hante constamment notre inconscient et qui remonte de temps à autre à sa surface. Exemplaire à cet égard la nouvelle intitulée « Bonsaï », où un japonais se découvre une similitude avec les cactus en opposition avec sa femme qui prend, pour lui, les caractéristiques d’une plante grimpante.
Eloge encore de ce travail très dense d’introspection qu’elle est capable d’effectuer sur ces personnages : que ce soit la jeune fille (L’autre côté du quai) qui s’interroge sur la solitude, ou que ce soit cette jeune femme (Bézoard) qui tente désespérément d’analyser un de ses tics aux conséquences catastrophiques, il y a un approfondissement très riche de l’être humain ; et on en arrive même à se demander jusqu’où elle va pouvoir poursuivre dans ce domaine.
Eloge enfin de cet art qu’elle a de réussir à prendre le lecteur, à le forcer à rentrer dans son univers, et à tellement le captiver qu’on a du mal à le quitter ; et même une fois achevée la lecture, on ne peut s’empêcher de continuer à s’en délecter.
Recueil de nouvelles de vacances ? Alors qui a dit que la période estivale devait être celle où il ne fallait penser à rien ?
15 août 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)
Chiara Zocchi : Volare
Etrange roman que celui-là ! Histoire d’une jeune femme qui vit avec un faux amour et qui va découvrir le monsieur blanc. Elle va en tomber malade au point de refuser tout ce qui est lumière, de ne plus manger … mais elle guérira !
Raconté ainsi, on a vraiment l’impression du dernier cucul, d’un roman à l’eau de rose plein d’inutiles fadaises …
Mais attention, ne jugez pas trop vite, et plongez dedans ; vous serez alors surpris comment une histoire tellement banale qu’on en arrive presque à oublier que cela peut exister, peut alors être l’occasion d’une richesse d’écriture et d’une introspection exceptionnelles !
Richesse d’écriture, et ne tentez pas de résister à celle que vous propose la 4ème de couverture, ou alors contentez-vous de la pauvreté indigeste d’une vulgaire TF1 ! Malgré cette concision qui a le don de m’horripiler lorsque certains auteurs la manient de façon systématique, ici, je lui trouve un attrait irrésistible, une adéquation totale entre elle (la concision !) et la démarche de l’auteure.
Démarche pleine d’introspection : regardez ce qu’elle dit de sa bouche, de ses yeux … Etonnez-vous de ses réflexions sur le silence, la solitude, l’obscurité, et surtout faites-en votre profit : car, réussir à s’objectiver ainsi permet alors une totale compréhension de soi, et aussi une absolue maîtrise de son être.
Il faudrait aussi s’attarder sur la construction, l’ossature de ce roman ; en apparence très simple, puisque chaque nouvel épisode (ou chapitre) est annoncé dans le précédent ; mais en fait, on se rend compte très rapidement que ce découpage – et son annonce – est à double sens : le premier évident, celui qui fait avancer l’action, mais le second beaucoup plus subtil, celui qui plonge l’héroïne un peu plus dans son introspection et dans la découverte de soi ; au point même que l’on en arrive à se demander s’il n’y a pas fusion totale entre les deux discours, et si le premier n’est pas que l’allégorie du second. On quitte alors l’illusion éphémère du roman à l’eau de rose pour rentrer dans l’univers d’un Kafka, par exemple !
En fait, c’est un livre plein de sagesse, un livre à donner à méditer à tous ceux qui font profession de social, de mise en relation des êtres les uns avec les autres. C’est un livre aux antipodes de l’agitation factice de notre civilisation moderne, et commencer à réfléchir à partir des quelques grandes pistes qu’il nous offre est bien plus salutaire que n’importe quel traité de géopolitique !
Décidément, la littérature italienne nous offre de très agréables surprises !
14 août 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)
San-Antonio : Napoléon Pommier
Alors que Bérurier, le second de San Antonio, découvre qu’il aurait pour descendant Napoléon I, une tragédie vient frapper la capitale parisienne et le monde des lettres. Un écrivain de très grande renommée est victime d’une agression dans sa propriété de Louveciennes.
Les morts commencent et vont se succéder à un rythme infernal.
Tous les clichés de la société contemporaine vont y passer : les déviations sexuelles, la drogue, le terrorisme etc …
On aura droit aussi à toutes les pensées de la France profonde, sur le racisme, le politique, sur le monde homo, etc …
Et après ?
On voudrait retrouver tout ce qui faisait le charme du vrai San Antonio : une langue truculente, pleine de néologismes, de calembours et autres contre-pétries, sans oublier ces extraordinaires déformations auxquelles se prête si volontiers le Français …
Mais voilà le nouveau San Antonio est loin (très loin même !) de valoir le Frédéric Dard, créateur du personnage légendaire San Antonio.
Pour une raison simple, c’est qu’il est toujours impossible de copier un génie : on peut tenter de l’imiter, mais ce ne sera toujours qu’une pâle copie. Et dans ce roman, cela crie l’évidence : la langue est tellement forcée, que par moments elle devient complètement incompréhensible, chose qui n’arrivait jamais dans le vrai Frédéric Dard.
Et s’il n’y avait que la langue !!!
Mais l’action elle-même est tellement outrée qu’elle en perd tout le charme de l’exagération ; les exemples sont malheureusement trop nombreux, comme par exemple dans les aventures féminines ; dans les premiers San Antonio, on se rendait parfaitement compte qu’il s’agissait d’un jeu littéraire dont le seul but était de distraire, (au sens le plus fort du terme !) et en tout cas, il était pour l’auteur hors de question qu’on prenne au « sérieux », les aventures féminines de son héros. Or dans ce roman, les innombrables aventures ne sont même pas drôles, elles sentent le cliché à mille lieues à la ronde, et ralentissent de façon très ennuyeuse le cours d’une histoire,… déjà suffisamment compliquée pour qu’elle s’offre des déviations !
Et on pourrait reprendre les mêmes critiques pour l’action policière proprement dite !
Pauvre Frédéric Dard, comme il doit se retourner dans sa tombe à se voir si mal plagié …
13 août 2009 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1)
Les médias et autres politiques ont tout dit (et à juste raison) sur la façon dont deux femmes devenues tout à coup le symbole de la Liberté, étaient traitées : la française Clotilde Reiss par le pouvoir inquisitionnel (tant pis pour ce néologisme, je ne trouve pas d’autre mot !) de Téhéran, et surtout la Birmane Aung San Suu Kyi par la junte militaire de son pays.
Toutes les larmes de crocodile versées sur elles et leur sort ne seront que pure hypocrisie tant que nos gouvernants qui osent se targuer d’humanisme, ne voudront pas prendre les mesures radicales, celles qui, malheureusement frapperaient leurs petits copains économiques !
J’aurais aimé développer ce thème, mais hélas, en me connectant sur internet ce matin deux nouvelles dont le côté dégueulasse (pardon pour ce mot grammaticalement et politiquement incorrect) me révolte encore plus parce que ce sont des gens comme vous et moi, ces millions et milliards d’anonymes qui forment les nations et l’humanité toute entière, qui souffrent de la barbarie de leurs dirigeants.
La Chine d’abord, avec ce brave quinquagénaire, Tan Zuoren, qui a osé sur Internet mettre en cause les responsables locaux du Parti Communiste : ceux-ci, par leur corruption, auraient autorisé la construction de bâtiments scolaires avec de mauvais matériaux, ce qui explique leur non résistance au séisme de 2008 au Sichuan, et la mort de près de 5.600 enfants. Cette accusation, loin d’être farfelue, s’est trouvée avérée et a été relayée par tous les observateurs et medias internationaux …
Que cela ne fasse pas plaisir à un politique d’être accusé de corruption, cela peut se comprendre, mais quand c’est la stricte vérité, il n’a qu’à en tirer les conclusions … mais voilà en Chine avec le Parti Communiste, ce n’est pas la même chose, et s’attaquer audit Parti c’est comme dans la France du Moyen Age s’attaquer à l’Eglise, et le brave Tan Zuoren passe en procès, et risque 5 ans de prison pour … possession illégale de secrets d’Etat !
Ah me direz-vous, c’est loin la Chine, et de toutes les façons, jamais cela ne pourrait se produire en France …
Certes, mais en matière des Droits de l’Homme et de l’Enfant comment ne pas être révolté par Hortefeux, Besson et le préfet Lamy dans les Alpes Maritimes : Véa, 4 ans et demi, née en France de parents philippins, qui vivent et travaillent en France depuis 10 ans, mais qui ont le seul malheur de ne pas avoir été régularisés, eh bien Véa vient d’être mise au centre de rétention de La Canet avec ses parents.
Les apologues sarkozistes trouvent bien sûr cela normal, car ces Philippins pourquoi sont-ils venus chez nous, et en plus ils ont l’audace de faire des enfants pour espérer être naturalisés français ! Oh les tartuffes ! Le patronat français et local (quand ce n’est pas le gouvernement !) est bien content de trouver une main d’œuvre qu’il paie au rabais : voyez dans le bâtiment ou dans la restauration ! Et dans le cas des Philippins des Alpes Maritimes, la plupart travaillent comme charpentiers maritimes pour les yachts de nos milliardaires ! Quand aux enfants, dire qu’on fait un enfant dans le but d’un avantage matériel, c’est faire injure à tous les couples dont la nécessité affective et biologique est le premier voir le seul élément qui compte dans le choix de faire un enfant !
Mais que ces xénophobes et autres lepénistes soient tranquillisés : Véa et ses parents, dangereux terroristes qui mettaient en péril la cohésion du bon peuple de France, seront expulsés demain matin !
De Tan Zuoren ou de Véa et de ses parents, on en entendra que très peu parler (et encore ce n’est même pas certain) dans nos étranges et partiales lucarnes, car il est plus facile de faire l’apologie de notre président défendant la Clotilde Reiss, que de dénoncer la cruauté impitoyable de textes de loi français et de ces responsables politiques français qui à la place d’un cœur ne connaissent que circulaires et textes officiels.
Il pleuvait ce matin sur Rennes mais que les vacanciers se rassurent, cette après-midi, il devrait faire beau !
13 août 2009 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0)