Edem Awumey : les pieds sales
Noir africain, immigré à Paris et chauffeur de taxi, Askia est à la recherche de son père, ce père que la misère a condamné à bouger constamment, à la quête d’une vie meilleure.
Un jour il prend en charge, Olia, une immigrée de l’Europe de l’Est, qui lui déclare avoir photographié un vieil africain qui pourrait très bien être son père.
Entre les deux va se nouer une relation dont le prétexte, la recherche d’un père, ne fera que les enfermer encore plus dans leur précarité sociale d’immigrés… d’autant que s’ajoute à cela la traque de quelques skinheads habités de la haine la plus féroce de l’étranger… d’autant que cela s’ajoute aussi à une surprenante et inattendue aventure politique …
Etrangement, comme un autre goncourable, « L’homme qui m’aimait tout bas » d’Eric Fotorino, le roman d’Edem Awumey reprend la même thématique, la recherche d’un père trop tôt disparu. On se garderait bien de faire une quelconque comparaison entre les deux, et encore plus de décider lequel des deux romans est le meilleur (et je ne voudrais pas être à la place d’un membre du jury du Goncourt !) ; on sait tout le bien que j’ai pensé du roman de Fottorino …
Et je dois bien avouer aussi que j’ai beaucoup aimé celui d’Awumey.
Ecrit dans un style sobre (mais non simpliste !!!) on y retrouve une très rare atmosphère : l’émotion de la quête quasi impossible face à la fatalité de la réalité. Comme si il y avait tout à coup incompatibilité totale entre ce désir de savoir, de comprendre comment un être cher peut disparaître et ce peu de place que nous offre la société ; comme s’il y avait contradiction absolue entre notre aspiration au bonheur, le plus élémentaire soit-il comme la redécouverte d’un père, et l’utilité sociale qu’exige de nous la société.
Vais-je trop loin dans cette analyse ? mais comment ne pas être intrigué par la phrase de la mère d’Askia, dès le début de ce roman :
« La malédiction de la famille, c’est d’enchaîner les départs, de marcher des milliers de chemins jusqu’à l’épuisement et la mort. Regarde-toi, mon fils, tu n’arrêtes pas de courir dans la nuit avec ton taxi … »
Et comment ne pas être non plus intrigué par cet incipit de Mahmoud Darvich :
« Et mon père m’a dit une fois
« qu’il priait sur une pierre :
« Ignore la lune
« Et garde-toi de la mer … et des voyages »
Lire ce roman, c’est accepter cette aventure métaphorique où, par delà la recherche d’un père, et par delà la relation amoureuse entre deux êtres, c’est bien plus la quête de soi et de sa propre identité qui est en jeu.
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