Jean-Pierre Drouet : Un très grand parmi les très grands
Quel concert que celui proposé ce mardi 13 octobre par le Festival Ebruitez-vous, à la salle de la Cité de Rennes !
On savait, pour en avoir entendu deux concerts, que ce 8e festival de Musique contemporaine était un grand cru, mais hier avec ce concert, c’est un exceptionnel cru qu’il nous a été donné de déguster !
Le tout jeune Jean-Pierre Drouet (ne vous fiez pas à sa date de naissance, 1935) nous a fait pénétrer les arcanes de la création musicale, et en particulier du théâtre musical, avec une conviction et une force de persuasion étonnante.
Toutes les œuvres présentées, de Mauricio Kagel à Georges Aperghis, en passant par Vinko Globoka, Frédéric Rjvewsky, Giorgio Basttitelli et Jean-Pierre Drouet, lui-même, étaient marquées du même sceau : confrontation ou osmose entre la voix et les instruments, mais attention là, aucun instrument de type classique, non uniquement des instruments fabriqués pour des circonstances bien précises (je laisse de côté un tambour et un zar, de même que l’utilisation de deux cymbalettes, ce qui n’était rien par rapport aux reste !)
Je n’aurais jamais imaginé qu’on pouvait atteindre une telle dimension créatrice avec de tels « instruments » : il y avait tout ce que la musique depuis quelques siècles avec la totalité des ses instruments sait dire et faire, mais il y avait encore bien plus : ces sons irrationnels (qui sortent de la sagesse rationnelle et contrôlée par des traités et autres organismes académiques) qui renvoient à la nature profonde de l’humain.
Et on s’est surpris à constater que même avec des instruments fabriqués de bric et de broc, on n’arrive non seulement à produire des sons avec une certaine hauteur, et que même avec le matériau le plus brut comme le bois on peut produire des sons avec une hauteur déterminée, mais que ces mêmes instruments sont capables de créer de la musique au même titre qu’un instrument reconnu et qui a sa place dans l’orchestre.
Alors ces constatations faites, les œuvres proposées ?
Si je sais celle qui m’a le moins touché, parce que trop longue, et quand même trop restreinte dans l’utilisation du matériau sonore proposé, (il s’agit de To the earth, de Rjewsky, un hymne à la déesse Terre),
Si je sais celle que j’ai refusé consciemment et inconsciemment parce que je n’ai jamais pu supporter de voir maltraiter un livre (il s’agit pourtant de « Il libro celibe » de Giorgio Battistelli),
Par contre je suis incapable de dire, des autres œuvres celle qui m’a le plus ému ! Je dois avouer qu’elles m’ont toutes autant enthousiasmé, au sens le plus fort : la virtuosité d’un Jean-Pierre Drouet y est sans doute pour beaucoup, l’agilité de ses mains sur les tambours ou sur ces faux pianos, ou encore sur sa table a un je ne sais quoi de magique inimaginable, sans oublier la richesse de sa voix ; mais il n’y a pas que la virtuosité et le talent de l’interprète, il y a aussi la force de chacune de ces œuvres.
Et cela, même le musicologue le plus averti ne peut le disséquer, ne peut en rendre compte de façon neutre.
On y adhère ou non : et comment ne pas y adhérer, quand chacune de ces œuvres nous renvoie au plus profond de nous-même, de nos propres souvenirs ou aspirations musicales, de nos désirs les plus intimes, et quand exorcistes suprêmes elles utilisent l’humour pour vaincre toutes nos appréhensions.
Jeune, Jean-Pierre Drouet ?
Oh que oui, et il nous a montré que jamais la musique n’avait été aussi jeune et qu’il n’y avait aucune raison de craindre quoi que ce soit pour son avenir.
Puisse la 9e édition d’Ebruitez-vous nous confirmer dans cet optimisme !