Ebruitez-vous : 8e festival de musique d’aujourd’hui
Pour la huitième année consécutive, la musique contemporaine est à l’honneur à Rennes, et encore une fois ce sont de grands moments musicaux qui nous sont proposés.
Je n’en veux que pour preuve le dernier concert donné, celui d’hier soir, avec un jeune ensemble de percussionnistes, l’Ensemble Yi.
Au programme, une œuvre de Vinko Globokar, « Corporel », suivi de « Dressur » de Mauricio Kagel (le compositeur de référence de cette édition d’Ebruitez-vous) et deux œuvres de Jean-Pierre Drouet, « Variations sur un texte de Victor Hugo » et « Attraction ».
On ne présente plus ces compositeurs qui depuis près de 50ans maintenant font la une de la musique contemporaine, et sont le régal de tous les mélomanes.
Par contre ce qui est passionnant c’est de dégager cette ligne maîtresse qui préside à la conception et à la création de leurs œuvres. A la structure imposante et contraignante d’une forme architecturale qui a fait le bonheur de toute une tradition musicale, s’oppose le foisonnement de l’anecdotique ; une multitude de petits éléments sonores s’enchaînent de façon qui peut sembler aléatoire, obligeant l’auditeur à une constante attention, les repères d’une ossature classique (ou académique) ayant complètement disparu.
Qu’il le veuille ou non (et même s’il peut y avoir phénomène de rejet, la beauté d’une œuvre ne pouvant être malheureusement perçue universellement !) l’auditeur adhère à l’œuvre proposée, mieux même, il est forcé d’y participer car l’œuvre lui suggère et impose une réaction viscérale à laquelle il lui est impossible d’échapper.
Mais attention, aucun des compositeurs proposés hier soir ne cède à la tentation de la facilité, bien au contraire, car sous des dehors qui peuvent être jugés, mais en apparence seulement, comme faciles voire démagogiques, il y a une recherche constante de l’exigence esthétique.
L’œuvre la plus manifeste dans ce sens ce fut bien « Corporel » de Globokar. Le musicien seul avec son corps et sans instrument recherchant sur les différentes parties de son corps tout ce qui pouvait faire du bruit, il y avait là matière à réflexion sur l’origine du son, sur sa nature et sur sa signification (on peut très facilement imaginer que nos ancêtres les plus lointains aient connu la même expérience). Seule présence du son brut, sans tous ces à côtés (timbre, hauteur…) qui le rendent analysable et … aimable.
C’était une gageure que de commencer ce concert par cette œuvre : cela passait ou … cassait (pour reprendre une expression triviale !) ! Et c’est très bien passé, permettant ainsi aux autres œuvres une approche beaucoup plus facile … quoi que …
Je m’en voudrais de reprendre chacune des œuvres, puisque j’ai adhéré à la totalité du programme ! Des pantins de « Dressur », à la fin tellement proche de l’univers de Berio, de « Variations… » aux variations de la darbouka (enfin c’est ce que j’ai cru reconnaître) d’Attraction, sans oublier tous ces autres clins d’œil, il était impossible de ne pas s’intégrer aux œuvres proposées.
Je suis même incapable de dire ce que j’ai préféré, par contre tout ce que je peux affirmer avec force c’est que grâce à de tels compositeurs servis par de tels musiciens (retenez cet Ensemble, il est tout jeune, mais leur talent et leur ferveur lui assurent un grand avenir !) la musique contemporaine est encore pleine de vie, et que ceux qui voudraient la voir mourir ont bien du souci à se faire.
Sachez, pour terminer, que ce 8ème festival s’achève le mardi 13 octobre et qu’il serait navrant que vous passiez à côté des concerts qu’il nous propose !
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