Voyage au Québec – 2 –
Le matin de ce deuxième jour, une légère fraîcheur, peut-être, mais elle ne nous empêche absolument pas de remarquer ce nouveau chauffeur que nous allons avoir pour toute la durée de notre séjour.
Ce Mario ! Quel bonhomme ! (Il mériterait d’être italien, et cela m’est tellement évident que je ne lui ai même pas posé la question !) Assez grand, un peu enveloppé, comme aurait suggéré Obélix, il attire instantanément la sympathie ! C’est qu’il va se révéler tout à la fois, jovial, serviable, bon enfant, homme d’excellent conseil et très bon conducteur, ce qui pourrait être l’essentiel, mais lorsque cela est joint aux autres qualités mentionnées.
Nous allons donc nous diriger vers la région des Mille Iles au sud (je ne vous donnerai pas la direction précise, n’ayant pas amené avec moi un compas de relèvement !!!) Le temps n’est guère beau, nuageux, quelques gouttes de pluie, mais qu’importe, le moral d’acier comme tout bon breton aguerri.
Evidemment Céline prend en main l’animation de ce bus où nous nous retrouvons une majorité de retraités, accompagnés d’une bonne partie de quadragénaires, et où se perdent quelques jeunes d’une trentaine d’années. Elle va commencer par une pensée du jour (habitude qu’elle a et qui sera respectée chaque jour !, mais qui n’est pas sans rappeler cette maxime du jour que chaque bon instituteur d’autrefois, qu’on appelle maintenant professeur d’école, se devait d’écrire en belles lettres sur le tableau noir !) ; pensée du jour qui fait très boy scout, pardon Céline, je n’ai pas voulu te le dire, pour ne pas te choquer, mais le fait est là ; et pour le début ce sera bien sur un hommage au bonheur ; ce sera avec l’amour, un thème récurrent de chacune de ces pensées du jour, et je n’en reparlerai plus !
Mais elle ne manque pas d’humour non plus notre Céline ; peu avant la bifurcation avec la route qui amène sur le Saint Laurent, elle nous prévient avec son accent inimitable que nous allions voir des orangers. Surprenant, non dans cette région, mais qui sait nos cousins Québécois ne sont-ils pas capables de tout ? et au moment où on embouque (vous admirerez le terme marin digne des descendants de Jacques Cartier, qui je vous le rappelle, a découvert le Canada en 1534 !), dans cette petite route, elle nous déclare ils sont là les orangers !
Et de nous esclaffer, tout étonnés, en fait d’orangers, il s’agit de quelques rangées parfaitement alignées de tombes tout aussi parfaitement entretenues …
Inutile de vous dire que chaque fois que nous passerons devant un cimetière, nous penserons forcément à ces « os rangés » !!!
Et pour en finir une bonne fois pour toutes avec les cimetières, ils nous marqueront tous (à quelques exceptions près) par le fait que comme la plupart des maisons, il n’y a pas de clôtures – ni mur, ni haies - ; les tombes quant à elles sont des tumulus de terre sur lesquels est posée une pierre gravée ; chapelles privées, monuments plus ou moins excentriques et de mauvais goût, ce sont des phénomènes qui n’existent pratiquement pas.
Nous arrivons avec le temps gris sur le Saint Laurent, dans un charmant petit port … alors là-aussi aucune comparaison avec nos marinas bretonnes (ou autres, pourquoi voulez-vous qu’il n’y ait qu’en Bretagne ces aberrations, pontons à perte de vue, presque, avec d’innombrables bateaux, voiliers ou vedettes luxueux qui se sortent pour ainsi dire jamais ?), et encore moins avec nos charmants et si typiques petits ports ; un embarcadère, à côte d’un chantier ; et nous voilà partis, sur une grosse vedette (qui m’a fait, allez savoir pourquoi penser aux vaporettos de Venise) pour une petite heure de ballade sur le Saint Laurent.
Un coup d’œil sur le ciel, et miracle, l’est se dégage et l’on sent que le soleil va poindre … (ce qu’il fera le bougre… mais pendant le repas de midi, après notre excursion !)
Les Américains sont vraiment étranges ; dans cette région appelée par les Indiens « jardin du grand esprit », ils ont racheté pour une bouchée de pain, en l’occurrence quelques feuilles de tabac ou quelques fusils et cartouches, des îles, certaines d’une taille minuscule ; et certains y ont fait bâtir, palace et copie de châteaux européens (la similitude avec le lac majeur et les îles Borromées est d’une évidence incroyable), et ce avec un mauvais goût qui force l’admiration !
Quel dommage d’avoir massacré ainsi un si beau site (remarquez cela me va bien de les critiquer, mais que n’avons-nous pas fait, nous autres Français, et que de lieux naturels enchanteurs n’avons-nous pas détruit par des constructions aussi aberrantes qu’horribles ? Vous voulez des noms ? pourquoi faire, il vous suffit de vous promener, pas loin d’ici sur notre Côte Nord !)
Mais aussi des curiosités, le plus petit pont international ; il mesure quoi, 20 mètres et encore, et il relie deux petites îles entre elles, l’une est canadienne, l’autre est américaines … mais rassurez-vous entre les deux, il n’y a aucun poste de douane ou de police (ce qui se pourrait, puisque depuis le fameux 11 septembre, les Etats-Unis ont imposé à leurs « amis » canadiens de produire une passeport dès qu’il franchissait la frontière américaine … bon, je ne vais pas m’amuser à critiquer aussi les Américains et leur aspect tout sécuritaire, sinon, il va falloir que je parle d’un dénommé Brice, et alors à quoi bon être allé au Québec si c’est pour me fatiguer l’esprit avec un quelconque ministre de l’Intérieur et du Culte !).
Et aussi un plaisir, le vent qui s’est levé : j’aime sur le pont supérieur d’un bateau sentir la fraîcheur de la brise me fouetter barbe et moustache, impression d’une communion avec dame nature (j’arrête mon lyrisme) ; et qui dit vent, dit bateau ; un, puis deux, voiliers, viennent frapper ma vue, et ils m’impressionnent, vent arrière, ils sont seulement sous génois, leur grand’voile étant ferlée avec une rigueur et un art tout britanniques (on connaît mon aversion pour les Anglais, mais lorsqu’il s’agit de la mer et de l’art de la navigation, alors là je leur ai toujours tiré mon chapeau !... ceci en dehors aussi de l’admiration que je porte à la musique et à la littérature anglaise … tout compte fait je les aime comme de nombreux pays européens !)
Amusant aussi, ces bateaux à roue ; je m’amuserai à en photographier plus tard à Kingston. Je ne pensais pas qu’ils pouvaient exister, et l’espace de quelques instants je redeviens cet enfant que j’étais, émerveillé par ces BD de Lucky Lucke où ils foisonnent …
Le déjeuner, sur place, est une petite découverte ; on nous annonce un buffet libre où l’on peut se servir à volonté ! les Gaulois et autres gourmands-gourmets que nous sommes ne se le laissent pas dire deux fois. Pourtant, croyez-moi ou non, je suis arrêté par la première surprise : cette grande marmite qui laisse entrevoir un breuvage à l’odeur divine, comment y résister ? Une soupe aux pois …. Une merveille, quelque chose qu’on aurait dite sortie des prédilections de tous les dieux indiens qui veillent encore sur ces terres ! Ah ! qui n’a goûté les soupes québécoises, n’a absolument rien dégusté ! Durant tout notre séjour, je crois bien n’avoir mangé en entrée que des soupes : de celle proche de l’italienne minestrone, à celle inédite, à pois, lentilles et autres féculents, toutes ont une saveur unique : un rare plaisir qui envahit votre palais et vous laisse durant de précieux instants en une espèce d’extase que rien ne saurait arrêter ! Et dire qu’à chaque repas ce fut le même enchantement serait très proche de la réalité !
Hélas ! Le temps manque, et nous voilà après un gâteau (quand même il faut bien aussi le souligner, l’art des gâteaux est bien l’égal de celui des soupes !) délicieux, sur la route de Toronto qui va nous accueillir, sous un temps froid, terne, nuageux et ayant envie de nous laisser quelques gouttes …
Vous raconterais-je notre dîner dans un restaurant qui n’avait d’italien que le nom, mais dont tous les cuisiniers et autres officiants en cuisines ressemblaient plus à des travailleurs hindous qu’à des bretons exilés (étonnant, mais cette constatation m’a rappelé ces autres mouvements de travailleurs en France dans ces restaurants qui emploient davantage de main d’œuvre immigrée et en situation irrégulière que d’éléments sortis des lycées et autres écoles hôtelières ! Mais, chut, j’ai promis de laisser à Orly toutes mes préoccupations métropolitaines !) ? Non, sachez que nous avons très bien mangé, et que sitôt fini notre dîner, nous nous sommes précipités vers la tour CN !
Ah que voilà un monument qui mérite bien l’attention de tous les touristes et maudites soient les autorités de Dubaï qui ont dépassé en hauteur cette tour (plus de 500m.) contre celle invraisemblable de 800 m ! Pour ma part je ne saurai trancher entre l’une et l’autre, pour la seule et unique raison que, victime d’un indéfectible vertige, il ne saurait être question pour moi de m’aventurer dans l’un des ascenseurs et de regarder, à travers un plancher de verre, le sol à plus de 500m de hauteur.
Donc, j’admire mes compagnons d’excursion qui osent risquer une telle aventure … et Mario, je vous avais bien dit qu’il était incontournable (et pas à cause de son tour de taille), nous indique quelques lieux privilégiés d’où nous pourrons avoir le meilleur point de vue de l’extérieur sur cette tour ! et avouez, avec ces quelques clichés que je n’ai pas eu tort de suivre ses conseils.
Retour à l’hôtel, où nous coupons la clim, et où nous nous interrogeons sur cette phrase quelque peu énigmatique de Céline, qui nous conseille de choisir les chiffres du tiercé du lendemain …
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