Hubert Reeves : Chroniques des atomes et des galaxies
Voilà le type même de l’ouvrage que vous ne pouvez lire en deux heures !
Ce n’est pas un roman où l’action vous tient en haleine et que vous ne pouvez interrompre sous peine de frustration extrême !
Non, l’ouvrage de Reeves nécessite réflexion et pour la mener vous oblige à faire de très nombreuses pauses.
Car, il faut bien l’avouer, et même s’il écrit dans un Français remarquablement clair, Reeves définit des tas de notions dont le citoyen lambda que je suis en matière scientifique n’au qu’une toute petite idée.
Et c’est là le très grand mérite de cet immense scientifique : savoir vulgariser ce qui semble de la plus grande complexité. Un trou noir, ou le fameux big-bang par exemple, j’en ai entendu parler comme tout le monde, je me souviens même avoir lu des articles fort savants dans des revues qui ne l’étaient pas moins, comme Sciences et découverte … mais que m’en est-il resté ? Rien ou si peu … alors que Reeves a le talent de vous expliquer ces phénomènes et vous avez l’impression de les comprendre aussi facilement que l’œuf de Christophe Colomb ! le seul problème, c’est bien de savoir si dans quelques années je me souviendrai de ce que j’aurai lu et si ce qui me semble net actuellement le sera toujours autant !
Ce qui m’a aussi passionné dans la démarche de ce scientifique, c’est cette relativisation (ce qui est normal puisque Einstein semble l’avoir profondément marqué) qu’il adopte vis-à-vis de toutes les petites contingences matérielles qui nous entourent ; prenez le temps, une heure, un jour, un an cela compte pour vous et vous êtes capables de vivre ces durées avec plus ou moins d’intensité selon les évènements qui vont les ponctuer ; être à la veille de partir en retraite ce n’est pas la même chose qu’en être à un an !
Or avec Reeves on nage dans une toute autre dimension temporelle : parler en milliards de milliards d’années lumière ou en milliards de milliards de secondes, vous détache alors des misérables vicissitudes que le temps et son irréfrénable mouvement peut avoir sur vous.
Et il en est de même pour la dimension spatiale : qu’est-ce que notre petite terre dans sa minuscule galaxie (alors que l’une et l’autre, de notre simple point de vue de terrien sont déjà des lieux gigantesques : pour la première, rares sont les humaines qui en ont fait le tour et qui peuvent se targuer de la connaître en entier ? Quant à notre galaxie … nous ne la voyons que par images !!!) ? Alors quand on sait qu’on peut compter par milliards les galaxies qui peuplent l’univers et quand on sait que l’Univers est en pleine expansion … attendez, là il y a comme un incommensurable vertige qui nous saisit !
Et pourtant, c’est de tout cela dont il parle simplement …
Et avec une pointe d’humour qui n’est pas faite pour nous déplaire, comme le montrent de nombreuses fis de ses courts chapitres. Sans oublier aussi l’immense humilité dont fait preuve le savant, comment ne pas admirer une phrase comme celle-ci :
« La science n’est pas un domaine de certitude et de vérité, mais plutôt de plausibilité. »
Je savais que je n’étais pas scientifique, j’ai même fait enrager quelques-uns de mes professeurs de sciences ; mais à lire Hubert Reeves on se surprend à « reever » être scientifique !
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