Nathalie Quintane : Tomates
Elle attaque vraiment très fort son roman, la Nathalie ! Avec les premières pages, on aurait plutôt tendance à refermer tout de suite ce récit, tant on se demande non seulement où elle veut en venir, mais, pire on croirait presque qu’elle se paye la tête du lecteur.
Mais heureusement, il y a les notes, et tout à coup, grâce à elles, le récit s’éclaire, ou plus exactement prend un tout autre éclairage ; de futile, dérisoire, voire insignifiant, il nous amène à une prise de conscience. L’affaire Tarnac, s’en souvient encore, le Français (comme tous les autres citoyens d’ailleurs !) est tellement versatile ? Alors parler en plus et en parallèle d’un Auguste Blanqui, avouez qu’il y a de quoi intriguer, même le moins versé en politique et en histoire !
L’affaire Tarnac, justement, sans doute l’une des plus grandes bavures (mais y en a eu tant et tant !) de l’histoire sarkosyste, on croirait que l’auteure va nous la développer, non seulement nous en rappeler tous les moindres méandres, mais nous livrer une analyse aussi fine qu’exhaustive ! Que nenni, prétexte comme le mouvement anarcho-socialiste évoqué ; prétexte pour nous parler de la littérature, de l’art de la parole, et surtout de son pouvoir. Appropriation par le peuple de cet outil si habilement manié par la bourgeoisie ?
Et de fil en aiguille on en arrive à un véritable traité de science politique et de l’importance de l’organisation pour les mouvements populaires afin de s’emparer du pouvoir ; mais attention il ne faut absolument pas confondre émeute et mouvement révolutionnaire, l’émeute renvoyant toujours à la loi en vigueur (celle dictée par la bourgeoisie) ou tout au moins l’impliquant, sans jamais la remettre en cause, alors que le mouvement révolutionnaire est la destruction de la dite loi ; ce qui nécessite une réelle organisation.
Vous voyez que ce récit est loin d’être simple ; il nous oblige à réfléchir, qu’on soit ou non d’accord, ce qui par les temps qui courent n’est pas fréquent.
Le dommage, et celui-là, il est de taille, c’est que l’auteure tombe dans la confusion la plus totale, et à force de vouloir faire « peuple » elle nous emmène dans des régions où, je dois bien l’avouer à ma grande honte, je n’ comprends plus grand-chose … malgré les quelques annexes !
Je ne voudrais pas jouer le conseilleur (que je ne saurais être !) mais si j’avais été de ceux qui ont lu son manuscrit et qu’elle remercie, je pense que je lui aurais conseillé de faire un peu plus simple, ne serait-ce que pour être mieux comprise… sans parler du succès commercial qui est en jeu ; car si un écrivain publie pour ne pas être lu, quel est donc l’intérêt pour toutes les opinions qu’il professe et veut faire partager ?
J’espère que votre chocolat de Pâques était bon !