A l’honneur la musique contemporaine, ce dimanche 10 avril ! Le Tambour à la fac de musicologie de Villejean à Rennes avait programmé tout un concert en hommage à Olivier Fiard, ce très grand musicien, pas seulement rennais, décédé l’an passé d’un redoutable cancer.
Ses amis musiciens, enfin quelques-uns seulement, puisque tous, malheureusement, pour des raisons diverses, n’avaient pu prendre part, avaient choisi quelques-unes des pièces qu’il affectionnait particulièrement. C’est dire l’émotion palpable qui a entouré tout ce concert, d’autant qu’une très grande partie du public était composé de personnes qui, à un titre ou un autre, l’avaient connu.
Dans ce programme éclectique, comme l’était la personnalité d’Olivier, la musique contemporaine avait la plus grande part, mises à part quelques incursions dans la première moitié du 20e siècle (Francis Poulenc) et des chansons des Beattles.
L’œuvre la plus imposante, une œuvre maîtresse s’il en est dans toute la production de la seconde moitié du 20e siècle, Persephassa de Iannis Xenakis ; aucun superlatif ne peut rendre compte de la réalité de cette œuvre. Six percussionnistes, quatre sur scène et deux à chaque angle en haut de la salle, pendant 20 minutes au moins (je n’ai chronométré, et d’ailleurs le temps mesuré n’a plus aucun importance ni même signification avec une telle œuvre !) se sont partagés tout l’espace sonore ; se répondant ou se surajoutant, ils se sont livrés à une joute musicale emmenant les auditeurs dans leur monde ; le public ne pouvait qu’être transporté dans cet univers fait de rythmes obsédants et irrésistibles, ou de jeux de timbres étonnamment subtils : à se demander comment un simple esprit humain avait pu concevoir une telle musique, et comment des musiciens aussi talentueux soient-ils pouvaient arriver à l’interpréter ! Moments uniques, dont on ne regrettera seulement qu’ils n’aient pas conclu le concert (mais il y a parfois des impératifs incontournables !), car les autres œuvres en comparaison, malgré leur indiscutables qualités ne pouvaient qu’apparaître fades !
De ces dernières trois auront surtout retenu mon attention ; la première de Marc Tallet, Chrysalides, pour harpe et saxophone : le jeu entre les deux instruments, la finesse de leurs interventions, une grammaire simple tout était fait pour que l’auditeur puisse facilement appréhender cette œuvre et en goûter toute la saveur … d’autant que les interprètes n’étaient autres que la femme d’Olivier et un de ses amis.
La deuxième, et celle que j’ai préférée après l’œuvre de Xenakis, il s’agit de Pénombres VI de Yoshihisa Taïra, pour piano et saxophone ; j’ai beaucoup aimé ce jeu de réponses et de fusions entre les deux instruments ; une utilisation du piano qui n’a plus rien de révolutionnaire maintenant, jouer directement sur les cordes du piano en les pinçant ou à l’aide d’une espèce de médiator, mais qui donner une toute autre dimension au piano et à son univers sonore … et on imagine sans peine toutes les possibilités non encore exploitées que peut offrir ce maître des instruments ! J’ai aussi beaucoup aimé, mais cela depuis Eonta de Xenakis, et une certaine Sequenza de Berio n’est pas non plus révolutionnaire, l’utilisation du piano comme caisse de résonnance pour le saxo, ses notes se mélangeant à celles du piano : cela fait toujours un extraordinaire effet, mais chez Taïra il y a quelque chose en plus comme dans Berio ; l’effet sonore n’est pas produit pour lui-même, ce qui serait trop facile, mais bien parce qu’il est l’aboutissement de toute une préparation antérieure et qu’il débouche sur une autre partie du discours musical proposé. Je crois que si j’étais compositeur je m’engouffrerais dans toutes ces perspectives qui se présentent alors …mais je ne suis pas compositeur !
La troisième œuvre, comment ne pas la mentionner ; je l’attendais avec une certains impatience, il s’agit de l’Eloignement d’Alain Bioteau. Sur un texte de René Char, particulièrement suggestif. L’avouerais-je, à ma très grande honte, j’ai été déçu ; le matériau sonore proposé d’entrée de jeu par le pianiste, et avec une remarquable maîtrise, m’a semblé « vieillot », du déjà connu, une resucée en quelque sorte d’un Boulez ou d’un Barraqué ; et la prestation admirable de la chanteuse n’a pas suffi à dissiper ce malaise que j’avais par rapport au langage utilisé, d’autant que là-aussi j’ai été très gêné : les interventions de la chanteuse étaient beaucoup trop brèves, et délayées dans un discours pianistique beaucoup trop long. Sévère ce jugement ? En tout cas cette œuvre mérite certainement une autre audition et qui sait …
Pour conclure, comme je suis totalement imperméable à la musique répétitive, la meilleur fût-elle, cela n’étonnera pas que je me sois complètement ennuyé à l’écoute de l’œuvre finale de Steve Reich : une musique qui s’étale, se répète à l’infini, avec toujours les mêmes formules dont le changement ne réside que dans quelques modulations, et sans le moindre silence … c’est trop beaucoup trop pour moi.
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