Stéphane Hessel : Indignez-vous !
Il me plaît assez que ce tout petit fascicule ait en quelques semaines passé le seuil du million de ventes !
A quoi donc attribuer ce succès ?
A l’auteur ? Certes Stéphane Hessel est connu (encore que, en dehors des milieux « Résistants » ou plus politiques, il n’ait jamais eu la part belle dans les médias !), mais de là à avoir une telle audience …
Aux réseaux qui, à travers l’Histoire – je mets la majuscule, car qu’on le veuille ou non, la Résistance et tout ce qu’elle a induit et provoqué est sans nul doute l’un des évènements majeurs du 20e siècle - sont capables de sensibiliser de très nombreuses personnes ; mais quand même …
A la forme de ce fascicule lui-même ? Ce n’est pas un roman de ces auteurs qui défraient constamment les chroniques littéraires, et sa lecture est loin d’entraîner la fascination du lecteur lambda !
A son titre ? Pourquoi pas ? Une forme qui interpelle, percutante ... un peu du style « Qu’ils s’en aillent tous ! » de Jean-Luc Mélenchon (mais cet autre opuscule n’a pas connu et de beaucoup la même audience !)
Alors à son contenu ? Certes, mais il faut avouer que lire un essai (qualifions-le ainsi, à défaut de trouver une autre rubrique plus pertinente !) n’est pas évident tant il participe de la réflexion, la stimule, l’oblige à être constamment en éveil. Il faut croire que le bouche à oreilles a fortement fonctionné ; et, pour ma modeste part, j’ai été surpris de constater que des gens qui n’avaient quasiment aucune pratique de la lecture s’était tellement emparé de cet essai qu’ils étaient capables d’en discuter avec force pertinence.
Ce succès il le mérite à plus d’un titre.
D’abord parce qu’il est d’une remarquable lisibilité : il nage avec les concepts de « responsabilité » d’ « engagement citoyen », d’ « éthique » avec une aisance déconcertante ; il nous les rend à travers quelques exemples que l’actualité nous offre, d’une évidence telle qu’on se demande comment il peut y avoir encore des personnes qui ne s’en indignent pas.
La différence entre les pauvres et les riches, les sans papiers, les immigrés, les ROM, tout cela autant de thèmes qui, à moins d’être irresponsables, coupés de toute vie citoyenne ou encore d’être sans éthique, méritent toute l’indignation et tout l’engagement qui en découle.
Mais il y aussi une extraordinaire leçon de tolérance ; comment lui le juif, celui qui a souffert d’Auschwitz et qui en est revenu par un concours de circonstances miraculeux, est capable de demander pour les Palestiniens de Gaza, la même commisération et le même soutien de la communauté internationale dont il a pu lui-même bénéficier de par sa condition de Juif.
Il est facile à nous, non directement concernés dans notre chair et notre culture, de donner des leçons aux Israéliens, mais quand cela vient d’un Juif lui-même, alors cela force le respect et l’admiration … et en même temps c’est une extraordinaire leçon qu’il nous donne.
Il est très court, cet essai ! 22 pages, c’est si peu ! Mais c’est si dense et si facile d’accès qu’on comprend alors pourquoi au box office des ventes, il a devancé tous les grands noms de la littérature … et pour une fois que cela arrive, comment ne pas le souligner et aussi s’en féliciter !
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