Antonio Skarmeta : un père lointain
Jeune instituteur dans un village au sud du Chili, Jacques vit seul avec sa mère depuis que son père les a quittés pour … Paris.
Il passe son temps, son salaire d’instituteur étant insuffisant pour vivre, à traduire pour un journal local de la littérature française. Et de son métier nous ne connaîtrons que les liens qui l’unissent à Augusto, qui a deux sœurs dont l’une Teresa est amoureuse de Jacques tandis que l’aînée, Elena, cache un terrible secret.
Augusto, que ses quinze ans travaillent, a une envie terrible d’aller au bordel dans la grande ville voisine, Angol. Et là, bouleversement, il découvre son père, projectionniste.
Telle est la trame de ce petit roman aux immenses qualités.
Ne cherchez surtout pas une construction alambiquée, savante ; elle a la simplicité du récit qu’elle sert ; de très courts chapitres dont la concision met davantage en lumière et la valeur des personnages et leur implication dans le déroulement des actions.
Les descriptions sont pratiquement inexistantes ; nous ne saurons rien de la réalité géographique du village de Jacques, ou encore d’Angol ; les quelques détails que l’auteur nous fournit, ne sont là que pour nous aider à comprendre le récit qui nous est proposé.
Il en est de même pour les dialogues ; leur simplicité, qui est tout sauf le simplisme, est tellement évidente, qu’ils nous montrent en même tems très souvent l’état d’esprit des protagonistes sans que l’auteur ait besoin de nous le préciser ; il y a un sens très aigu de l’économie et en même temps du non dit qui frappe par son efficacité.
Antonio Skarmeta ; de lui, j’avais lu, il y a quelques années « La noce du poète » et j’en avais gardé un excellent souvenir ; mais, vous savez comment est fait l’humain, s’il n’y a pas de temps en temps des rappels, il oublie, vite ; et quelle n’a pas été ma surprise de trouver cet auteur sur les rayonnages d’actualité de ma médiathèque préférée ; et tout l’enchantement de Skarmeta m’est revenu en mémoire ; je me faisais un plaisir extrême de renouer avec ces sensations délicieuses qu’il m’avait procurées… plaisir que j’ai retrouvé durant toute la lecture de ce roman ; les personnages, jusqu’aux secondaires compris, comme le meunier par exemple, ou la mère, ou encore le père, sont d’une telle vérité, animés de sentiments qui nous sont tellement familiers, qu’on ne peut que s’enthousiasmer à les voir vivre devant nous.
Décidément la littérature latino-américaine me surprendra toujours et ce grâce à des écrivains de très grand talent comme Antonio Skarmeta.
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