L’exercice est toujours difficile de rendre compte d’une façon impartiale d’un concert donné par des amis. Et pour ce concert que nous a offert Choréa à l’occasion de ses vingt ans cela m’est rendu encore plus malaisé que les œuvres interprétées, je les avais, pour la plupart, chantées avec le même chœur.
Pourtant, et même si mes oreilles ont fait le tri et refusé d’entendre ce que d’autres beaucoup plus experts que moi ont pu relever comme défauts, il m’est impossible de ne pas souligner le caractère exceptionnel de ce concert.
Donné dans le cadre lui-aussi exceptionnel de la Grande Chambre du Parlement de Bretagne, ce concert se voulait une anthologie des meilleurs morceaux donnés lors des 120 concerts jonchant les 20 ans de Choréa.
Eclectique, certes, le programme reflétait aussi bien la volonté musicale du chef, Yves Krier, que l’indiscutable talent de l’ensemble ; j’ai été vraiment frappé (et cela apparaît encore bien plus de l’extérieur que lorsqu’on est partie prenante de l’ensemble) par l’homogénéité des pupitres ; même si j’ai pu distinguer le timbre des amis avec qui j’ai si longtemps chanté, je pense à certaine basse, ténor ou soprano, il n’y a jamais eu prédominance d’une voix ; et de même tous les pupitres se sont fondus, sans que jamais il n’y ait domination de l’un ou l’autre. La musicalité devenait tellement évidente qu’on en était surpris, donnant ainsi aux œuvres interprétées toute leur réalité.
Plaisir extrême de redécouvrir de l’extérieur ces œuvres magnifiques.
Complexes, et horriblement difficiles comme les extraits du requiem d’Yves Krier ; se rappeler et entendre les graves extrêmes des basses, réécouter ce kyrie renvoyé en boucle par les pupitres des femmes, découvrir cette architecture … on comprend alors la fascination de la musique !
Ce qu’on a pu aussi retrouver avec la même intensité dans la dernière pièce, « Friede auf Erden » d’Arnold Schoenberg. Il y a dans cette œuvre de la première partie du compositeur viennois, toute la nostalgie d’une époque qui se finit, et un appel lancinant à ce que se réalise l’impossible, la paix. Grandiose le chœur ? Est-ce le mot juste, en tout cas c’est la première impression qui m’est venue, et je n’ai pu m’en dessaisir … peut-être était-ce du aussi à la présence d’instrumentistes, qui comme pour l’oeuvre précédente ont su être à la hauteur des compositeurs interprétés.
Mais dans ce programme aussi et surtout quelques œuvres dont Choréa a su au fil des années faire découvrir aux amateurs Rennais ; bien sûr, il y a eu du Roland de Lassus, du Pascal de L’Estocard ou du Antoine de Bertrand, la technique de Choréa est suffisamment éprouvée pour qu’il se joue avec aisance de tous les pièges de ces œuvres, et pour nous transporter dans ce monde musical si raffiné.
Mais il y a eu aussi une œuvre de Mateo Flecha, j’avoue à ma grande honte que je me suis ennuyé ; ce n’est pas l’interprétation qui est en cause, mais bien la qualité intrinsèque de l’œuvre qui m’a laissé indifférent.
Par contre l’anthem de Purcell « hear my prayer », quelle merveille, je ne m’en lasserai jamais, une architecture sonore qui autorise toutes les dissonances, le ravissement que ne vient pas interrompre, comme on pourrait le craindre, la suite qu’en a donnée le compositeur contemporain Sandström.
Je l’espérais, et j’ai été servi : des extraits du Dodécacorde de Claude le Jeune ! Quelle merveille ! Mon cœur a vibré avec tous ces amis, j’avais comme l’impression qu’ils chantaient pour moi…
Oui quel concert ! Ce fut sûrement l’un des meilleurs de toute la carrière de Choréa (enfin de celle que j’ai connue, et pas seulement comme choriste), et s’il y avait meilleur hommage à rendre à Yves Krier, qui va laisser la main à un autre chef, c’était bien de réussir à ce point ce dernier concert avec lui.
Grande était la chance pour les Rennais d’entendre de la musique, et heureux ont été ceux qui ont bénéficié de ces rares moments.
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