Décidément nos politiques sont des marioles, et encore, en employant ce mot, je suis bien en dessous de la réalité !
Qu’on en juge encore une fois !
La route se mettant à tuer (j’aime ce type de formulation où un objet inanimé, encore que …, se met à avoir des attitudes humaines … encore que …) de plus en plus, nos dirigeants, se drapant alors d’une exigence légaliste et moraliste, décident de supprimer tout ce qui pourrait d’une façon ou d’une autre devenir une incitation à contrevenir au sacrosaint code de la route. On avait mis des radars dont, par une espèce de mauvaise conscience, on avait signalé la présence par de grands panneaux dont l’esthétique n’avait d’égal que la fade couverture du code civil ; certes on se posait quand même quelques questions sur l’efficacité desdits radars, car, étant signalés, la limitation de vitesse ne se trouvait respectée que le temps de les dépasser. Et comme si cela ne suffisait plus, des esprits aussi ingénieux qu’âpres au gain, avait réussi à installer tant sur les fameux GPS que sur les téléphones portables des petits outils détectant la présence de tous les radars.
Tant que le Français, mu par un civisme inégalé, permettait à la courbe des tués de la route de diminuer toujours plus, les cocoricos étaient là, partout dans la bouche de nos politiques, pour vanter les mérites de ces radars. Mais voilà, on se demande bien ce qui a pris au conducteur français lambda ; et patatras, d’un seul coup, en quelques mois, il ne respecte plus rien et nos morts augmentent sur notre beau et si sûr et si surveillé réseau autoroutier !
Alors ce qu’on avait adoré hier, on le brûle aujourd’hui : on décide de supprimer tous ces panneaux avertissant des radars ; on découvre subitement (quelle trouvaille ! alors que tous les automobilistes le pratiquent depuis la mise en place de ces panneaux !) que les automobilistes ne respectent la limitation de vitesse que le temps qu’il faut pour parcourir la distance du panneau au radar proprement dit, et qu’avant ou après, bof, la limitation de vitesse, c’est bon pour les autres mais pas pour soi … autrement dit pour personne ou presque (c’est-à-dire, les vélos et autres engins type voiturette, qui ne peuvent et pour cause aller vite … encore que sur mon vélo, j’ai poussé des pointes à 38km/h, eh oui, mais, ouf, ce n’était pas dans une zone limitée à 30km/h !)
Oh que l’idée était bonne, généreuse, et comme elle ne pouvait que faire plaisir à toutes les victimes (je devrais plutôt écrire les familles des victimes !) de la route. Et comme en plus, les élections approchent, une telle mesure ne pouvait que ramener des électeurs désabusés ou désorientés dans le camp d’un pouvoir que tout affaiblit (hormis peut-être un heureux évènement, un de plus sur les 8 à 900.000 qui réjouissent chaque année la France !).
Guéant, la Maréchal en chef des la Maréchaussée, se frottait les mains et assurait son illustre et trop méconnu prédécesseur que grâce à une pareille mesure, ils allaient bouter hors du champ électoral toute cette gauche dont on voyait bien à quels excès de canaillerie elle aboutissait.
Oui, mais voilà, les français sont vraiment des gens incompréhensibles : à peine les premiers panneaux démontés, à peine éteints les slogans des premières manifestations contre la suppression sur les GPS des avertisseurs de radars, ne voilà-t-il pas que des députés de la majorité présidentielle signent ce qui restera dans l’histoire de leur circonscription, l’appel des 76, une lettre à Guéant, lui disant qu’ils étaient dans le plus grand embarras et que les mesures qu’il venait de prendre allaient leur coûter leur siège (bien plus confortable que celui d’une voiture française … ou étrangère du reste) de député, tant leurs électeurs étaient mécontents.
Catastrophe, des catastrophes !
Et même si Nicolas Sarkozy, dans un mouvement de menton qui lui est si familier, avait juré devant un parterre de gendarmes (qui auraient certes préféré aller jouir des marguerites de n’importe quel parterre plutôt que de se farcir une prose présidentielle, guère plus affriolante qu’une gerbe de fleurs artificielles sur la tombe du premier clampin venu !) que jamais, oh grand jamais, tant que lui Nicolas Sarkozy dirigerait le pays, il ne sera question de laisser la mort s’emparer des routes françaises (il n’a pas dit tout à fait cela, mais c’était le sens de ses paroles), et que donc pas question de revenir sur la suppression des panneaux…
Et même si il a dit tout cela notre Vertueux Président, eh bien, il n’empêche que Guéant se trouve bien embarrassé (c’est normal, ce sont les embarras de Paris !), et le voilà obligé de trancher !
Alors adieu tout ce qui avait fait la grandeur quasiment cornélienne de la suppression des panneaux avertissant les radars, et nous revoilà plongés dans le vaudeville tragico-comique d’un Clochemerle, et tant pis pour les grands principes, gouverner ce n’est plus prévoir et avoir une ligne cohérente, non gouverner, eh bien c’est tout faire pour garder le pouvoir en gagnant les élections … oui, mais il ne faut vraiment pas prendre le citoyen pour un c… : car garder le pouvoir, mais pour quoi en faire ? Dire blanc un jour, et noir le lendemain ?
Des Marioles, vous avais-je dit !
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