Bienheureux Luc Chatel !
Il a trouvé une solution (enfin toute petite !) à cette quadrature du cercle qu’il devait gérer : comment faire tourner la baraque avec plus d’élèves et moins d’enseignants ?
Une idée lumineuse certes : embaucher, via le Pôle Emploi quelques vacataires qui remplaceront les professeurs absents ; c’est tout bénéfice ; d’abord cela coûte beaucoup moins cher, ils ne seront payés qu’à l’heure effective, sans évidemment les congés payés, ni le droit à maladie, et cerise sur le gâteau, en se débrouillant bien on ne sera pas obligé de les titulariser, comme le stipule la loi après avoir effectué à suivre un certain nombre de mois de remplacement.
Ensuite il y a les avantages « moraux » ; Luc Chatel deviendra le ministre de l’éducation qui aura réglé le problème des remplacements et qui donc donnera aux enfants les enseignants auxquels ils ont droit ; les parents n’iront pas cherché si ces vacataires-là sont de réels enseignants, leurs enfants auront cours et de cela ils remercieront le ministre … qui aura en plus, cerise sur le gâteau, désamorcé la contestation possible des enseignants, car comment mobiliser si les parents sont satisfaits.
Avouez quand même qu’une telle mesure est une véritable saloperie ; je ne m’excuserai même pas d’utiliser un tel mot grossier, au contraire même, il me semble tellement faible pour qualifier l’attitude de ce qui se prétend être ministre de l’Education Nationale.
En effet, sur le plan humain, recruter du personnel non sur la base de ses compétences professionnelles(1), mais seulement sur la base du statut de chômeur et de demandeur d’emploi, est acte de mépris vis-à-vis de ces personnes ; en effet, cela revient à leur faire comprendre que les études qu’ils ont quand même choisies ne valent pas tripette, et qu’on peut les employer à faire un tout autre métier que celui qu’ils souhaitaient. Il s’agit là alors d’une variante particulièrement perverse de la flexibilité du travail, car elle ne s’applique plus à la seule localisation du métier, mais à la nature même de la fonction sociale de tel ou tel individu, indépendamment de toute qualification. En d’autres termes, la réalité de la fonction sociale ne dépend plus de ses propres aspirations personnelles mais de celles que des technocrates ont décidées dans le secret de leurs cabinets.
C’est d’autant plus dégueulasse (là aussi je ne m’excuserai pas,… air connu, cf. plus haut) que procédant ainsi, on ment doublement à ce personnel ainsi recruté : on leur fait, d’une part, miroiter une fonction qu’ils n’occuperont que très peu ; on leur promet une certaine stabilité qu’on sait pertinemment ne pas donner, puis que rien ne forcera les recruteurs à les titulariser : pourquoi le feraient-ils alors qu’ils auront toujours la possibilité de puiser dans le vivier de Pôle Emploi pour trouver d’autres personnels ?
D’autre part, loin de leur promettre un salaire décent (si tant est que le salaire d’un prof. débutant le soit : rappelons pour mémoire qu’un prof certifié, dans un collège ou lycée, gagne au début de sa carrière 1584 euros net par mois !) leur rémunération basée sur l’heure de vacation effective ne pourra jamais atteindre cette somme-là, puisque pendant la durée de toutes les vacances ils ne seront pas payés, et comme en plus, ils auront forcément des périodes de creux … voyez-vous-même, certain, et ils seront sans doute très nombreux, ne gagneront même pas l’équivalent de leurs actuelles indemnités de chômage !
Et si on parle seulement métier, c’est encore plus dégueulasse de la part du ministre : comment des gens, pas formés, ignorant tout de la vie scolaire, appelés à effectuer des remplacements courts (car il n’y a pas que les femmes en congé de maternité à remplacer !) pourront-il s’intégrer dans les établissements scolaires ; bien sûr il y aura la solidarité des enseignants avec ces nouveaux personnels, mais elle a ses limites. Comment pourront-ils remplir cette mission qui est sans doute la plus difficile, car remplacer un professeur malade c’est d’abord prendre une suite, tenir compte de la personnalité de celui qu’on remplace, c’est réussir aussi à prendre en compte des enfants ou ados qui ont déjà une personnalité et qui ont pris l’habitude de résonner avec une personne, et il n’est pas évident du tout de se substituer à cette personne.
Ce sont sans doute là des considérations qui sont complètement étrangères au ministre ; seules ont du importer les raisons politiques et financières.
Et l’Education dans tout cela ?
Sabordée encore une fois ! Mais que voulez-vous, il faut bien tout tenter pour faire passer le non recrutement de 16000 vrais enseignants !
1- Posséder une licence dans telle ou telle discipline, ou être animateur sportif, culturel … ne donne absolument pas la compétence pout être enseignant ; à moins de considérer que les études spécifiques poursuivies par les futurs enseignants ne valent pas chipette … ce qui reviendrait à pouvoir envisager a minima une refonte totale du statut d’enseignant. Et je gage que nos têtes d’œufs qui siègent proches du ministre ont du déjà y penser !
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