Erri De Luca : le poids du papillon
Un chamois, mâle, a réussi à s’imposer comme seigneur et maître d’une harde, mais il sait que son heure est arrivée et que déjà les prétendants sont là prêts à prendre cette place qu’il ne peut guère tenir plus longtemps.
Le braconnier, celui qui connaît toutes les astuces, qui a su se faire respecter des gens et aussi échapper aux rigueurs des hommes de l'ordre ; lui, le solitaire, sait aussi que ce sera sa dernière traque et chasse, il veut finir en beauté et avoir ce roi des chamois.
Petit récit, mais où l’on retrouve le grand Erri De Luca, celui qu’on avait craint un instant de perdre lorsque, par une aberration incompréhensible, il avait failli tomber dans un mysticisme absolu !
Petit récit donc, mais grande œuvre ! On lit, on dévore ce petit roman, sans en perdre la moindre miette, et sans qu’un instant notre attention ne se relâche. Pourtant, il n’y a pas grand-chose comme évènements à se mettre sous la dent, mais c’est tellement bien fait et tellement bien écrit (bravo à la traductrice, qui donne vraiment envie de lire cet ouvrage en Italien !) !
Je me suis un instant posé la question s’il fallait chercher une allégorie quelconque, et puis, à quoi bon jouer l’intellectuel, celui qui va briller dans les salons mondains parce qu’il aura trouvé ce que les autres, ceux qui béent d’admiration devant lui, auront été incapables de saisir. Non, il ne peut y avoir d’allégorie, il n’y a qu’un très beau récit … qu’il faut pourtant, dans cette période où l’écologie semble être à l’honneur, méditer.
Duel entre deux grands, deux individus, car le chamois en est réellement un, deux marginaux : le roi qui sait et domine les autres, et le braconnier qui connaît aussi beaucoup de choses, bien plus que la moyenne normale des citoyens, mais qui est complètement exclu de la société. Le premier va rejoindre le monde des morts, et le second va retourner à la normalité anonyme du monde des humains. Et ce duel se fait à la loyale, ce n’est pas une question de vie et de mort, ou encore de « struggle for life » ; non, ce sont deux personnalités qui préfèrent choisir leur destinée plutôt que de la subir.
Etrange volonté de demi-dieux, ces héros dont fourmille la mythologie grecque (entre autres !).
Et l’on rêve, comme dans ces fabuleux récits que l’on raconte le soir à nos enfants, prélude à cette nuit que l’on veut pour eux la meilleure possible ; l’on rêve et la fin, encore plus grandiose que tout ce qui précède arrive, imprévisible et surprenante.
Décidément, la littérature italienne …
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