Il n’y a pas de jour sans que l’on ne nous abreuve jusqu’à plus soif, ici d’un adolescent roué de coups à la sortie d’un collège ou d’un lycée, là une jeune joggeuse violée puis tuée …
Les médias se déchaînent et rivalisent pour en dire toujours plus, en montrer toujours, avec une complaisance souvent malsaine (1) ; nous n’irons pas jusqu’à dire que parler toujours plus de la violence entraîne la violence, cela serait d’un simplisme extravagant. Mais un peu plus de retenue et surtout une volonté de ne pas céder à la facilité du sensationnel permettrait sûrement de mieux appréhender ce phénomène inquiétant que nous vivons.
Oui, la société devient de plus en plus violente ; nous avons tous entendu les déclarations de Luc Chatel, affirmant haut et fort que la société était violente ! la belle histoire, cela fait des années qu’on le dit, que les études sont menées sur ce thème, et c’est maintenant qu’il le découvre ? Alors, que n’a-t-il pas lutté avec ses propres moyens ? Supprimer en cinq ans 66.000 postes d’enseignants plus 16.000 de la rentrée prochaine, n’est-ce pas contribuer à ce que le phénomène de la violence rentre un peu plus dans l’école ? Car, tant de postes en moins, c’est tant d’adultes pouvant surveiller et canaliser les enfants et adolescents en moins. C’est aussi aggraver les conditions d’enseignement et donc générer des tensions entre ceux qui peuvent suivre et les autres de plus en plus nombreux qui ne le peuvent pas. Que ne l’a-t-il fait ? mais pour une raison bien simple, il faut des sous, et ces sous nécessaires il les a donnés (lui et le gouvernement auquel il appartient) à ceux qui en ont le plus (cf. le bouclier fiscal puis sa suppression … pour dans deux ans, alors que dans le même temps on aménage l’ISF, permettant encore à ces mêmes plus riches de gagner encore un peu plus d’argent !).
Oui, la société est violente, mais à qui la responsabilité ?
Comment un gamin ne chercherait-il pas à venger l’honneur de sa sœur et donc celle de sa famille, lorsque d’insupportables séries américaines (et pas seulement !) montrent constamment ceux qui violent constamment la légalité et ou la morale ! Comment un malade mental (car pour violer une jeune fille, la tuer et la dépecer, il faut être vraiment malade !) ne serait-il pas poussé à satisfaire ses pulsions quand il voit que même les plus grands de ce monde peuvent les satisfaire en toute impunité,… enfin pendant un certain temps !
Mais tous ces dérèglements maladifs qui amènent à ces violences tapageuses qu’on nous montre chaque jour, ne trouvent-ils pas leur justification dans les conditions de vie qu’on impose de plus en plus aux citoyens, et comme par hasard à ceux qui sont le plus défavorisés : le travail de plus en plus injustement rémunéré (vous avez vu les salaires augmenter au même rythme que les produits de première nécessité : le panier de la ménagère qui augmente en six mois de 2,4%), et qui de moins en moins réussit à donner des conditions de vie « décentes » ; et ces conditions de vie, justement : ces zones où l’on parque des millions de personnes … et où comme par hasard, se trouve le plus fort taux de chômage ; demandez aux travailleurs sociaux qui y vivent, ce qu’ils en pensent !
Comment voulez-vous que cette violence qui s’exerce alors sur tous ces gens, les comprime et ne leur donne comme seule dérivatif que la télé qui, comme par hasard va faire l’apologie de la violence, oui, comment voulez-vous que cette violence ne s’empare pas tout naturellement des plus faibles. Et ce ne sont pas les mesures répressives, ou les larmes de crocodile versées par nos dirigeants qui serviront à contrecarrer l’explosion de la violence !
D’autant qu’ il n’est pas facile de lutter contre, car ce qui pourrait le permettre, l’organisation collective, la prise en charge collective des problèmes dus à tous les manques (à commencer par les équipements collectifs), tout cela est battu en brèche par l’apparition d’un individualisme forcené ; et ce n’est pas un hasard, car le pouvoir a peur de l’organisation collective de ceux qu’il exploite, cela peut devenir dangereux, alors diviser pour régner, et hop le tour est joué, et plus l’individualisme sera répandu, plus longtemps on gardera le pouvoir.
Les organisations syndicales dont les effectifs fondent comme peau de chagrin, le savent bien ! hélas !
Mieux vaut jouer au super loto que prendre une carte syndicale ! terrible vérité qui se dégage si crument de la publicité.
Est-cela le monde dont j’avais rêvé et pour lequel j’ai tant milité ?
(1) Le pire étant ce genre de questions que pose un journaliste à un père dont on recherche la fille disparue : « cela vous fait quoi de rechercher votre fille … » !
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