Il y a toujours un petit pincement au cœur quand s’achève une forte période d’activité. Ce n’est pas encore le temps du souvenir, ce n’est pas non plus celui du bilan autant indispensable qu’impitoyable ; non, c’est seulement celui où se bousculent sans grand ordre toutes les émotions vécues et enregistrées quelque part dans notre cerveau !
Car il fut riche en émotions ce 5e festival !
Emotions de tous ces amis musiciens qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes et qui ont su faire vivre, le temps d’un concert, ces compositeurs d’autres temps ! Le 3 juillet, Lujza Markova et Delphine Leroy, dans la plus totale des complicités qui ont su ressusciter les grands des grands : sous leurs doigts, J.S. Bach, G.P. Telemann ou F. Couperin et encore un J.M. Leclair, sans oublier le trop méconnu M. de la Barre reprenaient une étonnante actualité ; comment ne pas se délecter de cette musique intime et superbe ?
Oui, le 5e festival débutait vraiment sous les meilleurs auspices.
Et comme ils nous firent vibrer les concerts qui suivirent
Le 8 juillet l’Ensemble Canopée : la soprano, Aline Jalliet, entourée de la harpiste Anne Lesignor, de la violoniste Catherine Lucquin et du gambiste François Koehl, s’est livrée à une véritable anthologie de ces airs qui ont fait la réputation de la musique des 17e et 18e siècle ; de Haendel à Rameau, en passant par des Dowland, Caccini, Couperin, ou Purcell entre autres, nous avons pu apprécier les valeurs de la musique de chambre capable de transmettre avec le même bonheur toutes les nuances, du tragique au mystique, de la pastorale amoureuse à la lamentation désespérée.
Le 10 avec Musica Viva : les deux chanteuses, Aurélie Barbelin et Coralie Brunot, accompagnées par la luthiste Isabelle Brouze nous ont plongés dans l’univers de la musique médiévale ; entre le Martin Codex (vers 1250), le Livre Vermeil de Montserrat, (vers 1300) et Hildehard Von Bingen, nous avons exploré les finesses, parfois arides, d’une musique que l’antique catalan, le déconcertant parler d’Oc ou encore le latin quelque peu déformé rendaient encore plus mystérieux. Et comment résister au françois naissant et à la musique souvent guillerette d’un Adam de La Halle (vers 1240- vers 1287), ou de lais de Bretagne du 13e siècle et enfin de Guillaume de Machaut (vers 1300-1377)
Et enfin le 12 avec le quatuor vocal, « La grive courtoise » : la soprano, Françoise Lynagh, l’alto Marie-Joëlle Le Gouic, le ténor Vincent Rocheron et le baryton Dominique Le Bourdonnec nous ont entraînés dans les charmes, parfois très équivoques, pour ne pas dire coquins et osés, de la musique de la Renaissance. Et cerise sur le gâteau, les pièces de Jeannequin, Roland de Lassus … entrecoupées de « gourmandise » des pièces actuelles à l’ironie tout aussi mordante. Un régal !
Ces quatre concerts nous ont donné un aperçu de l’ensemble de la musique ancienne, nous forçant aussi à nous poser la question de la modernité : en quoi la monodie d’une extraordinaire richesse de Hildegard Von Bingen, la complexité onomatopique d’un Roland de Lassus, ou encore l’Orphée de Glück se lamentant dans les enfers sont-ils modernes, par quel hasard sommes-nous capables au 21e siècle de goûter leur beauté, d’être ému par elle ? et en quoi l’émotion que toutes ces œuvres peuvent nous procurer, diffère-t-elle réellement de celle que nous donne la musique contemporaine ? Et une idée qui émerge, celle déjà tentée ailleurs et avec tant de succès, la confrontation vocale d’un Gesualdo et d’un Berio !
Pour compléter ces quatre concerts, une exposition d’une cinquantaine de clichés (30cmx40cm) a tenté de donner un petit aperçu de ce que pouvaient être les instruments à clavier dans la musique ancienne ; certes, on connaît clavecin et orgue, un peu moins (peut-être !) l’épinette ou la très populaire vièle à roue ; mais grâce à la cité de la musique, pouvoir photographier clavicorde, regale ou même virginale, ou encore pouvoir grâce à des musiciens aussi aimables que compétents, comme Christophe Delignes, ou Xavier Terrasa, approcher et photographier de près des instruments comme l’organetto ou la symphonie, c’est dire les richesses qu’ont pu admirer les visiteurs et aussi les spectateurs ; l’exposition étant en effet hébergée sur les lieux mêmes des concerts !
On a pu craindre que l’oukase du curé de Dinard nous interdisant l’accès de l’église de La Richardais, ne soit préjudiciable et empêche nombre de mélomanes d’assister aux différentes manifestations du 5e festival. Il n’en fut rien, et nous avons eu une double surprise.
L’acoustique de la petite salle des fêtes de la Mairie de La Richardais s’est révélée bien supérieure à celle de l’église, et a enthousiasmé aussi bien les musiciens que les spectateurs… et ce à tel point que pour l’avenir, si changement d’attitude de l’Eglise il y a, il sera bon de s’interroger sur la nécessité ou non de retourner dans l’église … Etonnant par ailleurs que cette salle de fêtes, incluse dans l’actuelle mairie, n’ait pas été davantage utilisée pour des concerts de musique de chambre, car, à l’évidence, elle s’y prête admirablement !
L’autre bonne surprise fut donc la participation du public ; plus nombreux que l’an passé et dans une salle bien plus petite que l’église, l’impression de partager une même émotion était bien plus palpable. L’atmosphère attentive qui a entouré chacun des concerts était vraiment manifeste ; les musiciens l’ont du reste bien ressentie et en ont été frappés.
Autre constatation : cette tendance qui s’était amorcée l’année dernière : de plus en plus nombreux sont les spectateurs qui assistent à deux ou trois concerts, voire pour certain à la totalité.
Cette participation et cette assiduité sont alors encourageantes ; car elles nous montrent, s’il en était besoin, que la musique ancienne n’est pas une marotte de quelques attardés et nostalgiques du passé musical, mais qu’elle est ressentie comme une véritable nécessité culturelle actuelle.
Est-il nécessaire de le souligner : ce 5e festival, grâce à la qualité de ses concerts et la participation du public, incite fortement à la réalisation d’une sixième édition de ce Festival.
P.S. Merci à Hervé Collet de nous avoir autorisé à utiliser quelques-uns de ses clichés !
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