Combien faudra-t-il de morts inutiles pour que le gouvernement se rende enfin compte de la vanité de son entêtement, et surtout accepte de reconnaître sa dramatique erreur !
Nous avons tous cru, un instant, que le candidat Nicolas Sarkozy avait un peu de jugeote et de bon sens politique, lorsque, durant sa campagne présidentielle, il avait déclaré que les forces françaises n’interviendraient pas en Afghanistan ; c’était alors faire preuve de sagesse, car tous les stratèges, tous les politiques savent depuis les trop tristes guerres d’Indochine et du Vietnam qu’aucun envahisseur, fût-il appelé par des gouvernements, si peu légaux !, ne peut occuper un pays et prétendre le pacifier, fût-il au profit d’un gouvernement fantoche ! Comment voulez-vous qu’une armée, la plus puissante soit-elle (les Soviétiques n’en ont-ils pas fait la cruelle expérience en Afghanistan même dans les années 70 ?), ne peut rien contre une volonté populaire.
On ne connaît, hélas, que trop maintenant la versatilité de celui qui se prétend le Président de la République (innombrables sont les promesses de campagne non tenues : ne devait-il pas ne pas toucher aux 35 ? n’avait-il pas promis aussi qu’il garderait intact l’âge de la retraite ? sans compter cette tarte à la crème du « Président du pouvoir d’achat ») ; mais on aurait pu espérer que dans le domaine de l’Afghanistan, il aurait campé ferme sur ses positions … mais las ! les sirènes d’un Bush, et cette volonté dérisoire qu’a Nicolas Sarkozy de vouloir à tout prix occuper tout le terrain, ont eu raison de sa propre raison et l’ont fait tomber dans le dramatique piège de l’intervention armée en Afghanistan.
Et ce que nos irréfléchis politiques pensaient d’inconcevable et d’irréalisable, se vérifie hélas … mais ce ne sont pas eux qui trinquent, seulement ces militaires qu’ils envoient, victimes innocentes à l’abattoir.
Et que nos mêmes politiques irréfléchis et irresponsables cessent de faire appel à l’honneur de la nation, ou encore à la cause de la paix, pour lesquels se sacrifient nos militaires ! Car où est l’honneur de la nation française en Afghanistan ? Défendre un régime corrompu, ce serait donc cela notre honneur ? et servir la cause de la paix consisterait à éliminer les talibans ? Mais alors, comment se fait-il que les talibans aient un tel soutien populaire ? Cela bien sûr ne nous fait guère plaisir, car l’obscurantisme qu’ils professent n’est guère de bon augure pour les Afghans, mais de quel droit voulons-nous imposer par la force un modèle de société et d’organisation politique qui ne s’imposent pas à eux comme évidents ? Et n’est-ce pas injurieux pour les Afghans eux-mêmes que de laisser supposer, par notre intervention militaire, qu’ils ne sont pas capables de régler eux-mêmes leurs problèmes. Certes cela prendrait du temps, beaucoup plus que nous ne le voudrions, pressés que nous sommes dans notre idéologie d’anciens colonialistes que les autres reconnaissent la suprématie de nos sociétés ; mais intervenir militairement retardera d’autant le processus naturel par lequel les Afghans réussiront à prendre leur destinée en main.
Et ceci n’est pas pure fiction de ma part, vain raisonnement : l’Histoire encore une fois est là pour nous montrer, que même si les peuples mettent du temps à élaborer l’organisation qu’ils souhaitent, ils y arrivent toujours. Et l’aide qu’ils sont en droit d’attendre de nous est de toute autre nature que celle militaire… Mais encore faudrait-il qu’ils puissent nous faire confiance, chose que ne facilite absolument pas une intervention militaire de notre part.
Alors face aux morts qu’ils provoquent, que nos responsables politiques aient au moins la décence d’user d’autres arguments que ces gonflements de pectoraux et autres principes moraux dont la vanité n’a d’égal que leur propre insuffisance.
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