Louis-Philippe Dalembert : Noires blessures
C’est la route du hasard qui m’a fait rencontrer Louis Philippe Dalembert ; en fouinant dans les allées des Etonnants Voyageurs, je suis tombé cette année, sur lui ; la part belle était aussi faite aux écrivains haïtiens, et il était là, à dédicacer son dernier roman. Je n’avais pas encore eu le temps de le lire, me le réservant pour ces journées d’été, où, ma provision de mes médiathèques préférées étant épuisée, il me faut taper dans mes réserves. Et ce roman, je l’ai beaucoup aimé !
Deux histoires se rejoignent. Celle de Mamad, cet africain qui, comme tant d’autres, va voir la chance lui faire défaut à deux reprises ; la première en étant recalé à un examen des bourses, et la deuxième en échouant dans sa tentative de quitter clandestinement l’Afrique pour rejoindre l’Europe. De retour chez lui, et mort de honte, il s’en sortira grâce à une bibliothécaire dont l’ami blanc lui trouvera un bon travail …
Chez ce Laurent, deuxième histoire, responsable d’une ONG qui s’occupe essentiellement d’animaux à défendre. Mais le parcours de Laurent commence avec l’assassinat de Martin Luther King, la première fois où il voit son père pleurer… et lors d’une de ces manifestations de protestation contre cet assassinat, son père se fera tuer … Laurent comprendra et le continent Africain va devenir sa raison de vivre
Et c’est là où il croise Mamad …
Oui, j’ai beaucoup aimé ce roman, mais pour tellement de raisons ! Bien évidemment celles esthétiques que tout le monde reconnaîtra : une construction d’une très grande rigueur, mais tellement évidente ! et dans une langue claire, qu’on lit avec bonheur.
Mais ce sont dans doute d’autres raisons bien plus profondes qui m’ont fait aimer ce roman et en particulier :
La sincérité évidente dans la description des deux parcours. La misérabilité de la condition noire en pleine Afrique centrale. Ces efforts désespérés pour s’en sortir, c’est-à-dire trouver seulement de quoi vivre ! Tout est bon à essayer, jusque dans cette formidable croyance que l’on a dans la vertu des études et c’est toute la famille qui fait tout pour que Mamad réussisse, sachant que s’il y arrive, cela retombera sur la elle et tout le clan … plus dure sera donc la chute quand on s’aperçoit que même en ce domaine, il n’y a pas d’égalité des chances ! Il en est de même pour l’immigration clandestine.
Sincérité chez les Noirs, mais la même chez les Blancs ; le racisme latent des Français est bien étudié, en particulier chez la mère de Laurent, mais en même temps la générosité de certains est bien mise en évidence, comme chez le père, par exemple ; la prise de conscience de ce père remontant à son adolescence, quand, sauvé par des soldats américains, à la Libération, il se rendra compte que ses sauveurs étaient noirs … au fait a-t-on jamais aussi étudié de façon systématique cette constante de la politique américaine : envoyer au casse-pipe de préférence les populations américaines défavorisées, comme les Noirs par exemple (ce qui fut vrai durant la seconde guerre mondiale et sans doute encore plus lors de la guerre du Vietnam).
Ces contradictions se trouvant aussi résumées dans le comportement de Laurent.
Le discours de Dalembert devient alors passionnant, car il fait à la fois œuvre de réflexion et œuvre morale (dans ce sens où il nous propose des pistes pour notre propre action au sein de notre société !) : fini le cliché où l’homme Blanc serait tout Bon et l’homme noir serait tout Mauvais, ou l’inverse selon qu’on est soi-même Blanc ou Noir. Les nuances sont trop importantes pour qu’on ne les respecte pas ; et dans ce sens qu’à un moment donné, Mamad qui a souffert de l’injustice des Blancs, en vienne à commettre quelques petits larcins au détriment des mêmes Blancs, cela nous montre bien que les membres d’une société ne sauraient monocolores ou auraient des attitudes morales tranchées une bonne fois pour toutes. Et on retrouve la même caractéristique chez Laurent.
Au fait, ce n’était sans doute pas tout à fait un hasard, si j’ai rencontré Louis-Philippe Dalembert aux derniers Etonnants Voyageurs : son nom me disait bien quelque chose (et autre chose qu’un éponyme célèbre du 18e siècle !) ; en sa présence, je me suis rappelé cette autre roman, « L’île du bout des rêves » qui m’avait suffisamment marqué pour que je m’en souvienne.
Non, ne doutez pas de la valeur de ce romancier, plongez-vous dans son œuvre et le plus grand mal que je vous souhaite c’est d’en avoir autant de plaisir que moi .
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