Rui Zinc : Le destin du touriste
Un livre à ne pas lire en période de vacances, surtout si vous avez projeté de partir dans une des quelconques régions du monde en proie à des soubresauts incontrôlés !
Il s’agit d’aventures particulièrement risquées qu’un touriste est venu rechercher dans un pays où chaque instant et chaque lieu peuvent être le théâtre de scènes très violentes, voire mortelles. Il sera soutenu dans toutes ses péripéties par un guide, chauffeur de taxis, qui malgré les dangers encourus, essaiera de satisfaire au mieux cet étrange client.
Par delà l’aspect purement anecdotique (toute la série d’aventures), il y a plusieurs lectures possibles.
Celle, évidente et d’une férocité extrême, qui caricature certains pays pour qui le tourisme est la seule porte économique possible ; mais le touriste prend alors une double fonction : il provoque des richesses, mais comme possédant, il suscite l’envie et devient la proie de toutes les frustrations économiques et sociales des citoyens du pays qu’il visite. Ce tourisme-là est aux antipodes de cette relation que pourraient nouer deux êtres humains de deux nationalités complètement différentes : en est absente la notion fondamentale de confiance, indispensable pour établir les moindres liens. Dans ce sens, le deuxième personnage clé, après le touriste, est une approche intéressante de cette première étape.
Une deuxième lecture consiste aussi dans les relations que peuvent nouer entre eux des gens très minoritaires (les touristes) à l’intérieur d’un pays visité. Il est facile de reconnaître dans les rapports qui existent entre un soi-disant caméraman et une jeune femme (sosie d’une actrice), et le touriste, la caricature certes très outrée, des rapports qui se nouent au sein de clubs de vacances dans des contrées éloignées.
Une troisième lecture nous permet de situer la critique dans la conception qu’ont les dirigeants de gouverner ! Considérant que dans telle ou telle partie du pays, il y a des zones plus industrieuses ou des gens moins développés, alors on parque les citoyens en fonction et de leur aptitude sociale et humaine à vivre plus ou moins ensemble, et aussi en fonction des richesses naturelles… le tourisme étant laissé aux parties les plus déshéritées … La satire sociale est vraiment très forte, car elle tendrait à considérer comme le fruit du sort les inégalités existant à l’intérieur d’un même pays, et à s’en servir comme mode de gouvernement !
Certes nous n’en sommes pas là … mais à y regarder de près, et à considérer l’évolution de nos sociétés, il y a quelque chose en germe d’assez effrayant très proche de ce que raconte Rui Zinc.
Ceci dit, on prend un réel plaisir à lire ce roman, et même si vous pensez que les propos sont exagérés, que l’invention de cet écrivain est de par trop débordante, vous ne pouvez éviter d’accrocher à cette atmosphère où l’on retrouve tout à la fois Kafka et Orwell.
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