A Lai : sources lumineuses
Quand je ne sais pas quel titre de livre choisir, je fais le tour des rayonnages de ma médiathèque préférées, et …
Eh bien, cette fois-ci, j’ai commencé par le premier, et ai pris au hasard le premier livre … avec une pointe d’émotion, et cette ultime angoissante constatation, malgré ma bonne volonté, jamais je n’arriverai à aller jusqu’au bout de la totalité des volumes (mais ceci, oh lecteur assidu d’eontos, doit te rappeler un autre ouvrage d’un certain Jean-Paul !)
Et autre hasard, ce premier livre est celui d’un Chinois (bon d’accord on ne va pas discuter sur l’ancienneté de la civilisation chinoise, et faire la comparaison avec la notre méditerranéenne !). Après tout, dans cette période de turbulence internationale, où la Chine, créancier important des Etats-Unis, peut se permettre de leur faire un peu de morale économique – ce qui ne manque pas d’humour !- pourquoi ne pas s’attacher aussi et surtout à sa culture, et à sa littérature !
Un peu longue cette introduction, peut mieux faire !
Sources lointaines, j’aime ce titre qui peut cacher tant et tant de réalités, surtout lorsqu’on apprend en quatrième de couverture que l’auteur est d’origine tibétaine, car, n’est-ce pas, origine et sources peuvent se rejoindre sémantiquement ?
L’histoire en est toute simple, ce n’est qu’une espèce de madeleine de Proust revue et corrigée par un asiatique : rechercher une source thermale mystérieuse qui guérit de tous les maux, et dans laquelle se baignent dans leur plus simple expression hommes et femmes (de préférence jeunes et très belles : fantasme universel, non, enfin tout au moins chez les hommes, non ?) Adulte, il la retrouvera, mais alors la réalité sera tout autre !
C’est tellement mince comme sujet, que vous vous demandez pourquoi cet auteur en a fait un récit !
Curieux, je ne m’étais même pas posé cette question, … et évidemment j’aurais eu tort !
Car derrière cette apparence minceur, il y a tant et tant de choses !
Un humour croustillant, une dénonciation en demi-teinte, et pleine de finesse de l’administration communiste chinoise ; rassurez-vous, c’est tellement bien fait que même la plus stricte et tatillonne des censures ne peut que laisser passer une telle critique ; elle passe par le personnage à vrai dire puant de Xianba, le type même de l’arriviste, et du petit chef, personnage universel dont malheureusement la Chine n’a pas le seul apanage ! Humour aussi que cette timidité quasi maladive qui empêche le jeune garçon de parler aux adultes chinois qui se sont emparés du pouvoir, et qui pourrait lui faire une petite place dans la nouvelle société : on sent derrière cette impossibilité exprimée avec une rare fausse naïveté, le refus de perdre sa propre identité, et de se fondre dans une masse totalement anonyme et artificielle.
Ce que confirme cette étrange relation qu’il a avec Gongpo ; une maladie de peau lui a déformé tellement le visage qu’on l’a banni du village ; il vit donc en ermite, chargé seulement de surveiller le troupeau de chevaux. Une affinité semble lier l’auteur avec Gongpo, mais il ne s’agit pas d’une quelconque compassion, mais plutôt d’une certaine admiration pour cet aîné qui est capable, vivant seul, de renouer des contacts avec toute cette nature que la nouvelle administration semble vouloir interdire. Et quand Gongpo signale ce lac miraculeux au-delà des montagnes, alors le lien se fait plus fort, car la fantaisie se transforme en féérie et autorise tous ces développements d’autant plus irréalisables qu’ils sont ardemment désirés.
Elle est dure cette histoire, car elle nous apprend à vivre nos désillusions : la réalité ne peut et ne saurait être ce que nous voulons qu’elle soit. Pire, l’organisation même de la société l’interdit : le réalisme l’emporte sur l’utopie.
Je ne sais ce que me réservera le dernier roman du dernier rayonnage de ma médiathèque préférée … mais s’il est du même acabit que ce tout premier, alors je serai comblé !
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