Antonia Kerr : Des fleurs pour Zoë
Même s’il est un tant soit peu coureur et qu’il lui est très difficile de résister devant la beauté féminine, Richard ne pensait pas que sa femme Evelyn le quitterait, surtout à la veille de ses 60 ans ! Qu’il n’ait plus alors goût à grand’chose, se comprend, et le voilà qui quitte travail, secrétaire et même sa ville pour aller s’enterrer dans une résidence de luxe pour vieux …
Mais c’était sans compter sans son grand faible ! et par pur hasard, il découvre Zoë ; le voilà donc relancé pour mordre à pleines dents les délices de la vie.
Que penser de ce premier roman d’une jeune femme de 22 ans, sinon que pour avoir été publié dans NRF de Gallimard, elle a soit un réel talent soit beaucoup d’entregent ?
Du talent ? Peut-être, en tout cas à venir certainement ; car malgré quelques faiblesses (je pense en particulier à la fin, mais c’est ce qui est de plus difficile en général à réussir), c’est un roman dont la trame se tient bien, les différents s’enchaînent aisément et dont les articulations savent maintenir le lecteur en haleine.
Du talent encore ? Peut-être, en tout cas ce roman promet ; il ne manque pas d’humour (les passages avec le psy sont là, entre autres, pour le prouver, comme les critiques de la société américaine), et on sourit souvent devant la cocasserie de certaines situations.
Du talent enfin ? Peut-être, en tout cas, une étonnante perspicacité pour une si jeune romancière ; on reste stupéfait de la façon dont elle semble connaître les femmes, leur puissance sur l’homme, et les faiblesses dudit mâle par rapport à elles ; on se laisse piéger facilement (et souvent avec délectation) par toutes ces remarques, et à tel point que j’ai été persuadé qu’il s’agissait d’une romancière mure, et non pas d’une jeunette. Elle manifeste une connaissance redoutable de l’être humain (homme ou femme peu importe), même si elle se cache souvent sous un masque plein de drôlerie.
Pourtant, à plusieurs reprises, le doute survient : si derrière cette façade brillante, il n’y avait que superficialité ? si dans cette agitation quasi existentielle de Richard, il n’y avait que fuite en avant ? Et par delà cette double interrogation que le texte lui-même suggère, se profile une autre question encore plus insidieuse : l’auteure, malgré toutes les promesses de ce premier roman sera-t-elle capable d’aller plus loin que cette superficialité ?
En tout cas c’est tout le mal que je lui souhaite … en espérant découvrir d’elle un second roman qui confirmera ces premières impressions !
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