Ferraris, Zoë : Les mystères de Djeddah
Roman de l’ambiguïté, et pourtant, malgré un long cheminement, l’histoire en est toute simple.
Leila, une jeune saoudienne, est retrouvée morte, horriblement mutilée sur une plage de Djeddah ; séparée de son mari, et hébergée chez son frère, un riche commerçant, elle menait une vie très indépendante et très secrète, réalisant en travailleuse indépendante des reportages pour la télévision.
Myriam, jeune américaine, retourne à Djeddah, pour retrouver son mari Eric, américain, lui-aussi, mais travaillant dans une agence de sécurité à Djeddah ; or, il va disparaître sans laisser de trace tout de suite après avoir ramené Myriam chez eux …
Un étrange universitaire anglo-saoudien, le professeur Mabus, spécialiste… très spécial du Coran.
Un inspecteur de police, Osama, sera aidé dans cette enquête par deux personnages aussi efficaces que complexes : Katya et Nayir, guide spécialisé dans de grandes randonnées dans le désert, mais qui a déjà résolu des énigmes policières.
L’atmosphère, personnage à part entière, la société saoudienne, vue par une américaine (nationalité de l’auteure).
Rassurons-nous : les coupables seront trouvés et châtiés durement conformément à la loi saoudienne : décapitation au cimeterre !
Roman de l’ambiguïté donc… et souvent très grossière ; l’exemple le plus flagrant nous en est donné par la description de cette société saoudienne en pleine évolution ; et de la place qu’occupe en particulier la femme. Ce conflit psychologique qui prend des allures inquisitoriales avec la fameuse police des mœurs, oppose les tenants de la tradition pour qui la femme doit rester cachée aux yeux de tous ceux qui ne sont pas de sa famille directe, et les progressistes qui veulent la voir prendre une place active au sein même de la communauté. Que cette contradiction, source d’évolution, existe, nul ne peut le contester, mais la façon dont l’auteure l’assène pour en faire l’un des ressorts principaux des intrigues, est très souvent agaçante, pour ne pas dire énervante ; il y a dans cette insistance un simplisme très américain (et tant pis si le cliché « d’américain grand enfant » déplaît, mais il est tellement juste !) qui nuit réellement à la valeur du roman.
Ambiguïté aussi des personnages, qui sont tous victimes de cette insistance ; que ce soit d’une façon presque caricaturale avec le personnage de Nayir qui va passer une grande partie de son temps à se demander s’il doit ou non déclarer son amour à Katya, qui ira jusqu’à consulter un imam ! et là surgit une grande interrogation pour le lecteur lambda que je suis : comment peut-on vouloir prétendre régler ses sentiments uniquement à travers la lecture et l’interprétation d’un livre aussi saint soit-il que le Coran : nous sommes encore en plein obscurantisme, digne de notre moyen-âge. Heureusement, l’évolution de Nayir, grâce en particulier à l’attitude d’Osama, et surtout à sa participation plus qu’active pour délivrer Myriam, nous le rendra en fin de compte très sympathique.
Simplisme encore tout à fait américain dans cette démonstration de tolérance que tente de faire l’auteure : acceptons toutes les différences et essayons, en les comprenant, de les surmonter pour vivre dans une heureuse et béate harmonie ! Si la réalité était aussi facile, comme le monde serait alors heureux, peuplé de tant et tant de gens qui passeraient leur vie à s’aimer … Et comme de juste, ceux qui tentent de s’opposer à cette vision lénifiante, sont alors catalogués de dangereux extrémistes, comme par exemple le professeur Mabus. Avec en prime cette ambiguïté constante de l’auteure sur la place de la femme : impossible de savoir si elle condamne les traditionnalistes saoudiens qui refusent toute évolution de la condition féminine, ou si, au contraire, elle prend fait et cause pour les très timides féministes ; et que cette ambiguïté soit constamment mêlée à l’enquête policière empêche le lecteur d’être totalement pris par le déroulement de l’action.
Reste encore une fois, et en contraste, l’inspecteur Osama qui subit toutes ces interrogations, n’a pas de solution toute faite, et essaie seulement de réfléchir … décidément cet inspecteur est de plus en plus sympathique !
Car, tout n’est pas négatif dans ce roman, bien au contraire. On se laisse trop facilement piéger par l’auteure : elle nous mène là où elle veut, elle veut nous faire accroire que l’assassin n’est autre que cet Eric, et il s’en faut de peu qu’on la croie … heureusement notre réflexion est là pour nous empêcher de la suivre complètement. L’intrigue est, il faut bien l’avouer, menée très correctement, et, même découpée en petits morceaux, on arrive à la suivre parfaitement.
C’est aussi sans compter sur de très belles pages, on notera, par exemple celles consacrées à cette tempête de sable dans le désert : elles sont d’une vérité et d’un réalisme étonnants.
Evidemment la religion devient aussi un cadre incontournable, et la stricte observance de ses rites accompagne le déroulement de l’enquête ; ablutions, prières, formules rituelles qui suivent l’évocation du Prophète, sont alors d’autres personnages dont l’importance prime même sur l’enquête. On s’amuse alors à imaginer ce que pourrait donner un roman policier européen, où messe et autres offices, seraient de la même manière omniprésents. On en sourirait … mais ici, non, on l’accepte comme tel, puisque c’est dans les mœurs saoudiennes … que ne fait pas la tolérance !
Pour conclure, c’est un très bon roman pour faire passer les jours de mauvais temps qui semblent avoir pris possession de cet été !
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