N’allez surtout pas croire que si nous avons choisi Tabarka comme étape, c’est à cause d’une illustre gaulliste. Mais il n’empêche que son « ombre » marquera notre séjour dans cette petite ville d’eaux absolument charmante. Son choix n’était absolument pas mauvais, sauf qu’il était dicté par quelques considérations financières personnelles, et que, toute ministre des Affaires Etrangères qu’elle fût, elle a non seulement manqué de tact, de sens humain, mais aussi de flair diplomatique.
Nous quittons donc Tunis par un de ces nombreux louages, ceux à bande rouge, qui sont autorisés à aller dans tous les coins de la Tunisie. Le paysage que nous allons traverser est pour le moins intrigant ; une plaine, d’abord, que la sécheresse rend encore plus aride, désertique ; puis tout à coup des montagnes, elles-aussi d’une sécheresse désolante, on cherche les arbres, on essaie vainement de deviner un filet d’eau dans ces oueds dont le lit pourrait être une quelconque piste saharienne ; et ce jusqu’à Béja, et là, après quelques kilomètres, un changement radical : les montagnes sont pleines d’arbres, d’innombrables chênes-lièges, et la verdure est omniprésente.
Enfin Tabarka, la station balnéaire en vogue, la troisième au niveau national, si l’on en croit certains guides …
Contemplez là dans ces versions carte postale et vous comprendrez …
Avant d’avoir été illustrée par MAM (puisque c’est d’elle qu’il s’agissait dans cette brève introduction), Tabarka a été aussi une ville chargée d’histoire ; les romains ne l’ignoraient absolument pas : son port très actif permettait d’embarquer les fauves chassés dans la région d’Ain Draham (à une quinzaine de kilomètres) et qui alimentaient les jeux du cirque ; de même de ce port, les romains faisaient partir le marbre très réputé de Chemtou à une soixantaine de kilomètres au Sud. L’on a même mis à jour quelques ruines d’une villa (grosse ferme, très proche de l’hacienda de l’Amérique latine) magnifiée par une mosaïque qui se veut de l’époque (4e siècle après le Christ).
Tabarka, ville dont l’importance stratégique et commerciale n’a pas échappé aux Génois ; ah, ceux-là vous pouvez leur faire confiance, et ce n’est pas pour rien que dès le 17e siècle ils ont supplanté Venise dans son hégémonie méditerranéenne. Ils ont donc construit un fort ; masse imposante, et au sommet duquel on a installé un phare. La côte est raide, mais vous êtes largement récompensés par les paysages qui s’offrent à vous du sommet de ce fort ; il faut bien dire aussi qu’il n’y a pas grand-chose à l’intérieur, et qu’on a du mal à imaginer à partir des tas de cailloux quelle put être la vie dans ce fort.
La France aussi s’est illustrée à Tabarka (mais non je ne parle pas de MAM, tout ne se rapporte pas à elle quand même !!!) ; il paraît que dès 1781 une compagnie royale d’exploitation du corail s’est installée à Tabarka ; et il paraît aussi qu’en 1881 l’armée française qui commençait à coloniser la Tunisie, canonna la forteresse alors que celle-ci avait été désertée par ses défenseurs ! Bon, on s’entraîne comme on peut, non ?
Ce qui est certain c’est qu’en 1952, un certain Habib Bourguiba, qui commençait à gêner un peu trop les autorités françaises par ses velléités d’indépendance, y fut exilé … ce qui explique cette statue qui trône au milieu d’une place centrale. On me pardonnera ce contre-sens politique et idéologique, d’avoir aligné la statue de Bourguiba sur la mosquée … lui qui était un authentique laïc et qui s’est tellement opposé à la religion ne serait-ce que sur la question féminine !
On connait Tabarka pour son exploitation du corail qu’on trouve sur la côte et dans quelques îles au large ; c’est même devenu un emblème de la ville, il n’est que de voir cette sculpture très kitch qui décore un rond point du côté du port. C’est un filon particulièrement bien exploité par tous les commerçants et petits revendeurs qui essaient d’en vivre. Etonnante lucidité chez l’un d’entre eux, qui après nous avoir montré ce que la Révolution avait apporté de bien, faisait montre d’un pessimisme terrible : « Les fonctionnaires seront toujours payés et leurs salaires augmentés, mais nous les plus pauvres, sans salaires ? On sera toujours aussi pauvres » Et pourtant le nouveau pouvoir n’a-t-il pas doublé l’équivalent du SMIC, le faisant passer de 300 à 600 dinars (un dinar égale peu ou prou 0,50 euro) ?
Autre filon particulièrement bien exploité : le tourisme ; sous toutes ses formes, même celles plus artificielles qui semblent bien se développer en Tunisie : ces bateaux, dont on ne sait s’ils ont héritage du passé méditerranéen ou copie de mers asiatiques !!!
N’essayez pas d’aller manger sur les bords de plage ; ce sera cher et médiocre ! Essayez plutôt les restaurants de la ville ! Mais cette règle est valable pour toutes les stations balnéaires de part et d’autre de la Méditerranée. Le seul avantage des plages privées, c’est qu’elles sont à peu près propres, mais le reste… quelle misère ! le domaine public, terrestre ou du bord de mer, est la proie d’immondices de toutes sortes, hélas ! et pourtant, malgré quelques bouteilles ou sacs plastiques, la mer est d’une étonnante limpidité.
Car la mer est aussi synonyme de richesse, les fonds sont poissonneux, et le port de pêche est particulièrement actif ; témoins ces bateaux et objets qu’on retrouve un peu partout dans le monde … à quelques détails sans doute près, comme ces chats qui s’amusent dans les filets ! Mais à propos de chats, en dehors du forum et du Colysée à Rome, je n’ai jamais vu autant de représentants de cette espèce féline qu’en Tunisie, et comme quoi l’intégration n’est pas un vain mot puisque vous trouvez des chats d’espèce aussi bien africaine qu’européenne !
Vous ne ferez pas l’économie d’une visite aux fameuses Aiguilles ; vous choisirez de préférence le matin de bonne heure, où vous aurez un éclairage unique, qui vous renverra la couleur jaune-ocre de ces rochers uniques dans leur genre ;
de 20 à 25 mètres, et constitués d’un sable très dense, leur érosion leur confère des formes étonnantes, et si vous les détaillez nul doute que vous trouverez quelque ressemblance avec ces créatures qui peuvent peupler vos rêves !
Et pour peu que vous vous soyez arrêtés en Juillet-Août, vous aurez eu le droit à l‘un des innombrables concerts du festival estival ; et si vous ne le saviez pas, un immense saxo et une non moins immense contrebasse seront là pour vous rappeler la dimension musicale de Tabarka.
Et puisque chaque ville mérite son clin d’œil, comment ne pas livrer à votre admiration ou réflexion ces deux illustrations, fresque et mosaïque, tellement suggestives !
ou encore ces chèvres tentées par un bain de mer !
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