Plus de six ans déjà que je n’étais retourné en Tunisie. Ce contact avec la terre de ma jeunesse me manquait, et Révolution ou pas, il me fallait retrouver toutes ces sensations, de celles qui vous poursuivent toute votre vie.
Révolution ou pas, j’exagère ? Pas si sûr ! Tant il est vrai qu’il y a six ans, la pression policière était telle et si omniprésente, que par moments cela en devenait insupportable.
Alors que les Tunisiens aient eu ce courage (que nos responsables politiques français ont mis tant et tant de temps avant de le reconnaître !) de renverser leur dictateur, cela était une raison supplémentaire pour revenir en Tunisie !
Et c’est vrai que, dès notre arrivée, on a pu constater le changement, disparus à l’aéroport, ces policiers, pistolets mitrailleurs au poing ; à la place, une atmosphère bon enfant, que confirme tout de suite, le taxi que nous prenons pour nous rendre à notre hôtel ; le chauffeur, un jeune, diplômé de l’université en gestion, mais qui ne trouve pas d’emploi dans sa spécialité, ose dire ce qu’il pense ; cela c’était invraisemblable auparavant, où il y avait une espèce d’unité de façade, chacun vantant les mérites du régime de Ben Ali ! Et d’un seul coup, il semble que les langues se soient déliées : ce que les gens pensaient et gardaient en leur for intérieur, eh bien, il leur faut le dire. Le temps de ce trajet, et tout ce que nous avons pu lire ou entendre au sujet de la révolution tunisienne, nous l’entendons de la bouche de notre chauffeur : la corruption du système Ben Ali, l’appropriation de toute l’économie par la famille présidentielle et quelques hommes entièrement dévoués, et avec en corollaire les immenses problèmes d’emploi, d’éducation, de vie courante, rencontrés par les Tunisiens.
Tunis, en pleine effervescence : la police et les forces armées, qui continuent de redouter des actions violentes d’extrémistes de tout poil, des nostalgiques de l’ancien régime aux barbus, sans oublier sans doutes quelques anarchistes ; et tout autour des bâtiments centraux, comme le ministère de l’Intérieur, ou l’Ambassade de France, ou encore la cathédrale, des fils de fer barbelés, des automitrailleuses et de très nombreux policiers ou militaires prêts à intervenir ! J’aime ce symbole où l’ancienne cathédrale de Tunis est « protégée » : Dieu a-t-il vraiment besoin des hommes ??? ou l’inverse ???
On pourrait croire à une ville en état de siège, il n’en est rien, bien au contraire !, il suffit de voir la population qui continue de déambuler, insouciante, ou attablée aux différents bistrots ; il y a même une certaine complicité entre les gens et les policiers, et ils ne sont pas rares ces civils que l’on voit discuter avec ces mêmes militaires !
Tunis, ville fascinante, toujours grouillante de jour, de très bonne heure, comme de nuit, jusque très tard !
Découvrir toujours d’autres lieux, ceux qu’on a négligés, faute de temps ou de … curiosité ! Comme Bab el Khadra (la porte verte !) ciel d’encre dans l’attente d’un effroyable orage … qui n’arrivera jamais !
Tout à côté un café surprenant par son comptoir et les musiciens ciselés dans le cuivre …
mais un peu plus loin, cette autre plaie de la Tunisie : les ordures ! Quelle tristesse que de voir, comme on le constatera tout le long de notre périple, saccagés tous ces paysages tous ces lieux admirables par des ordures ménagères ou autres jetées n’importe où !
Etre surpris aussi, au détour d’une courbe d’un tram, par une mosquée ; et n’avoir de cesse que d’y retourner, de la saisir jusque dans ses moindres détails. Le mal que j’ai eu à avoir son nom, pensez, elle n’était même pas mentionnée dans les guides que j’avais amenés ! Un après-midi, au moment de la prière, je m’adresse à un vendeur tout proche ; très suspicieux, il me demande pourquoi je veux savoir le nom de cette mosquée ; quel autre raisonnement à tenir que celui du bon sens, et de lui dire que, quand une église me plait en France, alors je veux savoir son nom pour pouvoir mieux me la rappeler, et qu’il en est de même pour les mosquées qui me séduisent. Je pense l’avoir convaincu, car il m’a lâché son nom : la mosquée El Fata (je ne suis pas sur de l’écriture, je retranscris ce que j’ai entendu !). Et c’est vrai qu’elle est belle.
La religion, un sujet aussi délicat, même en Tunisie ; et même si l’intégrisme musulman est pratiquement nul, tout au moins, en tous cas, non manifeste sur la voie publique, il n’en demeure pas moins que pour rentrer dans les mosquées c’est la croix et la bannière (si j’ose dire !) En dehors des « officielles » comme celle de Kairouan ou de Sousse, impossible de pénétrer dans les cours intérieures, et encore moins de les photographier... encore que ... en trichant
Reste bien sûr la Zitouna, la grande mosquée de Tunis, dans les souks … mais est-ce la « révolution » qui est passée par là, ou est-ce seulement nonchalance purement méditerranéenne ? en tout cas même si l’on vous dit qu’elle n’est visitable, enfin la cour intérieure, qu’entre 8h et 13h30, ne vous y fiez pas ! Car arrivant à 8h15, pour profiter au mieux de la lumière … eh bien, vous trouverez porte close ! Dommage !
Tunis, se balader jusqu’à plus soif dans ces quartiers fascinants que sont les souks, à partir de la Porte de France ; se laisser envoûter par ces figures géométriques qui ornent le plafond de certaines portes, ou encore s’émerveiller devant quelques petites colonnes originales par leurs chapiteaux et leurs couleurs, en encore sourire devant des noms de rue pour le moins insolite.
Flâner aussi dans son marché central, et s’imprégner des odeurs d’épices, des fruits ou des poissons, c’est aussi connaître la réalité tunisienne bien mieux que par toutes les études possibles et inimaginables !
Un dernier clin d’œil !
La lutte pour la vie des chats, se partageant les bas morceaux que leur offre un boucher, ou encore l’art de la sieste que savent avoir ces félins, nos amis !