Sylvie Germain : Le monde sans vous
Un livre de Sylvie Germain ne laisse jamais indifférent ; on aime ou non, mais force est de constater qu’il y a chez elle un style propre et une originalité peu commune.
J’avais beaucoup aimé « Jours de colère », un peu moins « La pleurante des rues de Prague », et j’étais fort curieux de savoir ce que m’apporterait cet ouvrage, constitué de quatre récits en forme de réflexions
Un très grand plaisir.
J’aime beaucoup cette forme d’écriture ; désinvolte, qui tourne dans tous les sens, qui n’hésite pas, non plus, à manier jusqu’à plus soif les répétitions ; c’est très peu académique ; mais beaucoup plus proche de ces réflexions que l’on se fait à soi-même ; ces pensées que l’on poursuit, approfondit, manipule, quand on est tout seul.
J’aime beaucoup aussi cette façon qu’elle a, dans le premier récit, de mêler poésie russe, en particulier Ossip Mandelstam, et sa mère ; du reste, c’est étonnant, d’assimiler sa mère, une méditerranéenne, à ce voyage dans le transsibérien qu’elle effectue ; imaginer que sa mère aurait pu aimer un tel voyage. On ne sait pas grand-chose des paysages qu’elle a traversés avec le transsibérien, juste quelques indications sur le Baikal, entre autres ; mais l’essentiel n’est pas là, c’est seulement de concilier ce qui est impossible, une image de la mère, maintenant morte, et, par l’intervention de la poésie rendre visible la beauté d’une nature à cette mère qui aurait pu en jouir …
De même pour son père ; faire intervenir deux tableaux dont un de Piero Della Francesca. A partir de là, tenter de donner une image réelle de ce qu’il a été pour elle, son regard.
J’aime encore cette façon qu’elle a d’utiliser la complexité de la philologie pour tenter de mieux cerner la réalité du monde qui l’entoure : Taïga, ou Sibérie ; ou aussi ces jugements sur l’essence du verbe, du mot, de la notion de poésie
J’aime enfin et surtout cette approche qu’elle a de ses parents ; textes écrits sur une vingtaine d’années, mais qui donnent le change, comme s’ils se suivaient sans la moindre interruption (même si l’un d’entre eux s’achève dans un inachèvement total « et cependant … ») ; on sent cette affection souterraine, celle difficilement exprimable par les mots, qui unit l’auteure à ses parents. Mais aucune nostalgie, aucun regret.
C’est beau… comme le dernier texte poétique de Serge Wellens qui conclut l’ouvrage.
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