Yôko Ogawa : Manuscrit zéro
C’est l’histoire (pardon, je ne sais pas comment commencer cette rubrique, alors je fais dans les poncifs !) d’une auteure qui, en attendant d’écrire l’Oeuvre, se contente de relater tout ce qu’elle vit au quotidien.
C’est alors toute une série d’anecdotes qui se suivent sans forcément de lien entre elles ; ou plutôt elles en ont, mais c’est au lecteur de le trouver (ce qui n’est pas sorcier. On est donc en présence d’une masse de micro évènements qui vont aller de la satire sociale (l’histoire de la remise d’un prix et du buffet qui l’accompagne) au fantastique (la fin de l’épisode de la piscine), en passant par l’émotion (visite à une élève atteinte d’un cancer incurable, ou encore le concours d’enfants en pleurs), ou encore la description d’administration (la scolaire avec la réunion sportive de l’école primaire L, ou encore l’administration avec ce fonctionnaire qui a en charge les écrivains !). Ou encore ces récits en forme de fable, dont le sens échappe et qui nous force à réfléchir, comme cette visite à un festival d’art contemporain, où la ponctualité prime sur les œuvres à voir !
On a quelque difficulté à rentrer dans ce type de fonctionnement : structure très souple et dont le mécanisme échappe à notre compréhension ; qu’est-ce qui préside au choix de l’évènement ou du souvenir, et de la place dans le roman ? Une fois accepté ce postulat qu’il nous faut accepter d’être mené en aveugle tout le long de ce récit, on prend goût à ce « Manuscrit zéro », titre dont on comprend parfaitement la signification au fur et à mesure qu’on avance dans sa lecture. Ne croyez surtout pas cependant qu’il s’agisse d’un récit à clés : non, c’est tellement plus simple, et tellement plus proche du fonctionnement de notre esprit ; tentez ce petit jeu, quel est le lien qui unit toutes vos pensées dans une journée, et vous aurez alors une idée de ce parcours que nous propose Yôko Ogawa.
Il faut dire aussi qu’elle est plutôt sympathique cette auteure ; lucide sur elle, il ne faut pas lui en compter ; elle sait qu’elle est plus dans son rôle de passeuse de littérature que dans celui d’écrivain. Elle nous met l’eau à la bouche lorsqu’elle nous parle de cette fonction où elle excelle, celle de résumer et de donner les principales caractéristiques d’une œuvre littéraire, et pas seulement romanesque.
Elle est aussi humaine, les pages qu’elle consacre à sa mère malade sont d’une très grande tendresse ; leur sobriété marque à quel point elle est attachée affectivement à sa mère. De même qu’elle nous fait toucher du doigt le drame que peuvent vivre de nombreuses femmes, toutes celles qui ne peuvent avoir d’enfants ; et même si elle pratique de l’autodérision, on sent profondément en elle ce regret de n’avoir d’enfant à qui donner toute son affection.
Humaine aussi lorsqu’elle nous parle de ses admirations, comme pour cet écrivain qu’elle n’aura entrevu que le temps d’un voyage en autocar dans le sud est de la France, ou lorsqu’elle relate quelques souvenirs de son enfance et de la maison dans laquelle elle a vécu.
Ajoutez à tout cela, un sens profond de l’humour, et vous aurez une œuvre (comment appeler autrement de « Manuscrit zéro » ?) qui se tient bien et qui montre aussi tout le processus créateur.
Il paraît que Yôko Ogawa est une auteure confirmée ; depuis plus de vingt ans ses ouvrages sont traduits en Français. Je vais donc m’empresser de me procurer un des ses romans, en espérant ne pas être déçu et de voir confirmée toutes les promesses de « Manuscrit zéro ».
Commentaires