Clara Dupont-Monod : Nestor rend les armes
C’est presque tout simple : Nestor est un homme très simple qui s’est réfugié dans son obésité et qui l’a même provoquée pour éviter les ennuis de la vie non pas quotidienne, mais ceux qui, inéluctables, demeurent somme toute exceptionnels même s’ils doivent nous bouleverser : la mort de sa fille.
Mais, le sort s’acharnant, sa femme, Melina, est à l’agonie à la suite d’un accident.
Alice, médecin, intriguée par cet obèse, va essayer de le prendre en main.
Simple ?
Oui, ainsi raconté, tout au moins.
Méfions-nous quand même des premières impressions ! Vous mentirai-je si je vous disais que j’ai failli renoncer à la lecture de ce pourtant très court roman dès la dixième page … et puis le déclic, sans même que vous n’y preniez garde, l’auteure réussit à vous convaincre qu’il est encore trop tôt pour arrêter la lecture de son roman ; alors vous poursuivez, et vous vous surprenez à trouver beaucoup de plaisir à aller de l’avant, mieux même, votre cœur va commencer à faire des siennes, car tout obèse qu’ on soit, toute philosophie stoïcienne qu’on ait adopté, on n’en demeure pas moins homme, et, qu’il le veuille ou non, Nestor est encore quelque part profondément attaché à sa femme.
Alors vous vous attendez à une fin standard, à ce quelque chose que les auteurs en manque d’imagination réussissent à trouver non sans mal ; ce happy end qui fait le bonheur et le succès de la littérature sentimentale.
Mais non, il y a toujours un échappatoire et l’écrivain qui ne manque pas de ressort saura vous le prouver.
Dois-je l’avouer ? Je m’attendais à tout sauf à cela ! Que faire face à une situation qui vous met en difficulté ? Eh bien c’est de prouver qu’il n’y a pas une, mais deux, voire trois solutions. Cela n’arrive que très rarement, Umberto Eco ayant, si mes souvenirs sont bons, l’avoir préconisé dans son fameux essai « L’Oeuvre ouverte » !
Structure intrigante, avec ces fins possibles, mais aussi étonnante, car on chercherait en vain un découpage de toute cette fiction en chapitres ; il n’en est rien, un seul récite qui dure et perdure tout le temps décidé par l’auteure ; un peu comme dans un rêve où vous vivez les différents épisodes sans la moindre transition ni la moindre coupure.
L’essentiel étant ailleurs : celui de nous montrer le cheminement des deux personnages centraux, Nestor et le médecin, Alice, qui soigne sa femme ne fin de vie. Nous sommes alors en présence de deux êtres dont les univers vont se rapprocher insensiblement : Nestor, enfermé dans son isolement, se réfugiant dans l’univers de son obésité, et qui tout à coup, va découvrir que quelqu’un peut s’intéresser à lui, et Alice, cette médecin qui se consacre aux autres va découvrir qu’un seul patient peu lui suffire …
Etrange univers dont le lecteur ne saurait se sortir indemne ; même le plus blindé d’entre eux ne saurait masquer cette émotion diffuse à lire cette pathétique relation entre Nestor et sa femme ou entre Alice et Nestor.
…
Oui, vraiment la littérature a encore de très bons jours devant elle !
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