La Tunisie à la croisée des chemins.
Optimiste par nature, je ne crois pas que l’Islamisme soit un danger pour les Tunisiens ; l’héritage laïc de Habib Bourguiba est trop ancré dans le pays pour qu’il soit remis en cause, y compris par les éléments islamistes les plus radicaux ; une nouvelle république basée sur les principes du Coran et de la charria me semble impossible, ce serait un retour en arrière inconcevable alors qu’on constate une accélération de l’évolution de la société tunisienne.
Outre cette déclaration stupéfiante du jeune chauffeur de taxi qui nous amenait de l’aéroport à notre hôtel :
« Maintenant on veut vivre, et la religion ce n’est pas la vie ! »
deux éléments que j’ai pu observer il y a un mois et demi dans la Tunisie la plus profonde, cette du Nord-Ouest, me renforcent dans cette conviction.
D’abord cette tolérance extraordinaire des femmes entre elles et des hommes vis-à-vis des femmes ; voilées ou non, elles font mieux que se côtoyer, elles se parlent, se sourient, se donnent la main, ont les mêmes expressions humaines ; et les hommes semblent non seulement se contenter de cette situation mais mieux l’apprécier, ne faisant, apparemment, plus de différence entre la femme voilée et celle qui ne l’est pas. Mais attention, quand je parle de voile, il ne s’agit absolument pas de la fameuse burkha : hormis quelques-unes très rares vues à Tunis, nous n’en avons pas rencontré une seule dans tout ce périple qui nous a amené de Tabarka au Kef en passant par Jendouba. Comparativement on en voit beaucoup plus en France !!! Non, les voiles rencontrés ce sont ces espèces de fichus (comme ceux que mettaient nos grands-mères) qui entourent le visage.
Le deuxième élément, c’est cette présence de plus en plus affichée de l’alcool ; je m’explique, il y a une énorme consommation d’alcool, surtout de bière, et cela se fait maintenant ouvertement, jusque dans les plus bistrots.
Même si cette consommation (qui m’a étonné, moi le presque breton maintenant, habitué à certaines ambiances de bars bretons !) peut poser à terme des problèmes de santé publique, elle sera à coup sûr un obstacle de taille à l’installation d’un régime islamiste en Tunisie.
Je ne crois pas non plus à l’instauration d’une république islamiste en Tunisie pour une autre raison ; c’est que je crois aussi à la parole donnée surtout lorsqu’elle est écrite, et lorsque les responsable du parti islamiste tunisien déclarent et écrivent qu’il est hors de question d’instaurer la loi de la Charria et qu’ils souhaitent la mise en place d’un système à la turque, alors oui, je crois à la possibilité d’un islamisme modéré en Tunisie… d’autant que si on en croit les premiers résultats, les jeunes tunisiens auraient plutôt boudé le vote islamiste, ce qui est un signe fort encourageant …alors que je suis sidéré par contre par le vote des Tunisiens à l’étranger qui se sont portés majoritairement vers le parti islamiste … ce qui est un signe évident vis-à-vis des autorités des pays dans lesquels il réside et la France en particulier : signe de radicalisation face à une atmosphère où les politiques baignent dans la corruption et où la xénophobie lepéniste prend de plus de plus.
(Qui avait dit que la Tunisie nous donnerait des leçons ? Cela blesse notre ego d’européen, tant mieux si nous sommes capables d’ouvrir un peu plus nos yeux et de considérer une bonne fois pour toutes que des valeurs et modes de pensée peuvent être universels sans pour autant qu’ils soient issus de ceux européens !!!)
Dans six mois, je serai en Tunisie, j’espère tant qu’elle aura pris le bon chemin, non pas celui que je voudrais pour elle, mais celui que les Tunisiens auront choisi pour eux !
On espère tous et toutes comme toi. Et je crois qu'il faudrait une aide massive pour relancer l'économie du pays et lui permettre de gérer cette nouvelle démocratie en toute autonomie. Le plus grand ferment de l'intégrisme se trouve dans la pauvreté et le désoeuvrement des jeunes.
Rédigé par : Amartia | 27 octobre 2011 à 05:26