Quelle journée que ce samedi 15 octobre à Nantes !
On connaît déjà les Folles journées de la musique dont s’honore Nantes depuis plus de vingt ans (Je ne sais plus exactement !).
Il faudra compter aussi désormais sur ces deux journées organisées par les Fous de l’Histoire. Pour le moment, la dimension en est fort modeste par rapport aux premières citées ; mais quel cadre celui du Parc de la Baujoire ; deux grandes halles puis une partie du parc, le tout sous l’œil complaisant de l’Erdre … ajoutez en prime un temps resplendissant …
Alors, que d’entrée vous soyez accueillis par un quatuor de masques vénitiens, ceux de la Commedia dell’Arte, vous êtes immédiatement plongés dans cette ambiance où l’Histoire a pris le pas sur la petite réalité quotidienne.
La première halle, consacrée entièrement à la musique, théâtre et autres comédiens, sera votre point de ralliement régulier ; les stands bien sûr occuperont votre attention ; ceux qui vous entraîneront dans un étrange accommodement de la musique médiévale à une sauce contemporaine, et ce avec un étonnant haute-contre !
les stands plus discrets où d’autres musiciens procéderont aux ultimes raccords avant de vous délivrer leur délicieux nectar sonore ; ou aussi ces stands qui présentent de ces instruments qu’on voit plus souvent en reproductions qu’en réalité !
stands encore plus secrets : ceux de marionnettes, muettes certes, mais au visage si significatif, ou encore celui qui évoque tant et tant de nostalgie, avec ces parchemins et autres écritoires !
Sans oublier cet autre point indispensable : une espèce de taverne où vous dégusterez un bœuf mariné, accompagné d’un hypocras, une petite merveille.
Et au fond de cette halle, un espace scénique où vont se succéder tout le long de la journée des ensembles différents, ou interprètes en solo ou duo ; une conteuse et chanteuse à la douce voix vous immergera dans le monde imaginaire et fabuleux des ces récits féériques qui ont bercé votre enfance ; son nom, Corinne Duchêne.
Ou encore ce duo, La Compagnie Acidu, drôle, burlesque à n’en plus finir qui va vous raconter toutes ses mésaventures dans le langage truculent du 16/17siècle ; atmosphère des contes de La Fontaine ou aussi de cet autre remarquable pastiche d’un certain Honoré de Balzac avec ses « contes drolatiques ». Vous rirez, on vous interpellera, vous ou votre voisine, vous deviendrez complice de ces deux farceurs uniques en leur genre.
Encore ce quintette, « Les derniers trouvères », qui va vous emmener dans un autre univers tout aussi envoûtant, celui des 13 et 14e siècles ; le temps de quelques infinies minutes, Thibaud de Champagne sera votre ami, celui qui mieux que tout autre sait exprimer ce que vous avez du mal à dire !!! Que c’était beau !
Un moment de répit, et vous continuez votre exploration ; dès que vous aurez franchi le seuil de la seconde halle, vous serez happés par un univers tout particulier qui ressemble fort à celui qu’on rencontre dans tant de marchés ; mais celui-là est vraiment spécifique : costumes médiévaux ou seulement habits traditionnels côtoieront armes, épices …
et quelques surprises : la pâtisserie médiévale et renaissance ! Que d’odeurs – bienheureux ceux qui ne sont pas privés d’odorat !- que d’alléchantes compositions … vous fondrez et craquerez, même s’il vous fait payer force monnaies et espèces sonnantes et trébuchantes, mais quand vous aurez ces merveilles en bouche …
Et au milieu de tout, quelques stands insolites, comme celui de cet artisan – mais quelle est la différence en l’occurrence entre artisan et artiste ?- qui expose ses réalisations : la reconstitution de jouets qui, de l’antiquité jusqu’à la Renaissance, ont diverti nos ancêtres, avec des modèles uniques comme un jeu d’échec byzantin … tout en rond !
A nouveau la scène, et un tourbillon que nous propose une troupe de danseurs, « La volte gaillarde » ; figures simples, sans doute, en ronde, ou par couples, croisements ou simples face-à-face, il y a une réelle osmose entre une musique simple, mais d’un redoutable dynamisme et une expression corporelle, elle-aussi simple, mais tout aussi redoutable dans sa fascination… qui s’exerce même sur le non spécialiste.
Dehors, c’est aussi la même atmosphère festive ; au milieu des stands, où vous trouverez tout ce dont vous pouvez rêver, des personnages sur d’immenses échasses se promènent pour le plus grand bonheur des visiteurs … et si vous fouillez un peu plus, vous découvrirez non sans surprise deux chameaux … ceux de très loin, du plus profond du Tibet, n’y-a-t- il pas, toute proche, une iourte, où vous seront racontés d’étranges contes érotiques ?
Mais la halle de spectacles est un véritable aimant, et nous retrouvons quelques spectacles, sans nul doute parmi les plus impressionnants. Un musical avec l’Ensemble « La gueule du loup » ; certes, ils sont sonorisés et cela peut nuire à l’idée qu’on peut se faire de la musique médiévale, mais faites abstraction de cette sonorisation (car en réfléchissant, comment pourrait-il en être autrement dans cette immense halle ?), et alors là vous êtes complètement époustouflés par la virtuosité des musiciens, cette dynamique qu’ils sont capables d’engendrer et de vous faire partager ! Oh bien sûr, cette musique n’a aucun des raffinements de la musique savante, elle n’en a pas non plus la complexité, mais qu’importe, elle est tout aussi prenante, elle vous accroche par les « tripes », au point que par moments votre corps devient une seule caisse de résonnance que viennent frapper chacune des notes des musiciens.
Ou encore un spectacle où un jongleur nous régale de tous ses tours et contorsions (certaines étant déjà représentées dans quelques sculptures de stalles du 16e siècle, comme en la cathédrale de Saint-Claude …), la musique qui l’accompagne n’est pas seulement illustrative, elle est aussi ce qui permet au jongleur de s’exprimer ! Le spectacle proposé est alors total, aucun des éléments ne primant sur les autres.
Et enfin ce spectacle théâtral offert par la « Compagnie Scaramouche » ; sur un sujet fort à la mode au moyen âge ou même à la première renaissance où se mêlent les chevaliers (le bon et le félon) une femme qui va bien entendu céder aux charmes du second, un duel dans les règles de l’art … et comme de juste des procédés typiquement modernes (pancartes explicatives, ou disant au spectateur ce qu’il doit faire !). Un théâtre parfaitement mené, sans le moindre temps mort, et même si on devine les « trucs », ce n’est jamais des ficelles grosses qu’on voit venir et qui anéantissent les effets qu’elles sont censées provoquer.
Il nous faudra bien quitter cet univers
Un dernier clin d’œil, avec ces musiciens, plus proches de nous, le 18e siècle, et un instrument rare, le nyckelharpa …
Rennes a beau être proche, il faut quand même bien rentrer, mais avec une certitude celle que, si d’aventure il y a une seconde édition de ces « Fous de l’Histoire » à Nantes, alors là c’est certain nous y serons !
Bonne nouvelle.... y'aura une édition 2012 ! Coool , hein ?
Rédigé par : Aenor de Moyon | 21 octobre 2011 à 14:30