Martine Aubry – François Hollande
Il y avait bien longtemps que je n’avais suivi en direct un « duel » politique, et je ne cacherai pas que j’ai été content d’avoir une soirée libre pour assister à cette confrontation.
Gommons tout de suite le côté spectacle de cette émission : ou alors il faut attribuer une note plus que médiocre tant aux interviewers qu’à l’animateur principal ; les premiers ne poussant pas les candidats dans leurs retranchements, ou omettant des questions aussi essentielles que celles écologiques, quant à David Pujadas, égal à lui-même, et sentant sans doute le vent de l’Histoire tourner n’a guère fait de peine à la prima donna et au ténor socialistes !
Si vous attendiez à des « tours de vaches », à des questions vicelardes, ou à des mises en situation embarrassantes vous en avez été totalement pour vos frais !
Que fallait-il donc attendre de ce « duel » ?
Juste une fois, le débat s’est un pu animé, lorsque Martine a cru bon intervenir sur les 60.000 postes d’enseignants que créerait François Hollande, et de façon fort étrangement maladroite elle s’est complètement embrouillée dans ces chiffres et sa démonstration, dommage ! Car autrement, elle m’a semblé non seulement faire le poids face au favori des sondages, mais même marqué des points ; beaucoup plus crédible sur la politique fiscale, économique et sur la « démondialisation » que François Hollande dont on sentait trop qu’il voulait ménager trop la chèvre et le chou : pas effrayer l’aile droite du parti socialiste, et tenter de séduire son aile gauche ; numéro d’équilibriste, qui, malgré une réelle facilité d’élocution, ne m’a guère convaincu.
D’autant que j’attendais des explications plus précises et radicales sur les premières mesures à prendre fiscalement dès le premier jour qui suivra l’élection présidentielle : tutelle des banques en ce sens qu’il leur sera impossible de pratiquer et d’organiser une importante fuite des capitaux vers l’étranger ; il ne faudrait quand même pas que la Gauche réitère la même erreur qu’en 1981 ! De même j’attendais une dénonciation fiscale plus précise, la non suppression du bouclier fiscal (qui n’interviendra qu’en 2013) et la diminution de l’ISF dès 2011 permettant aux grosses fortunes de gagner sur les deux tableaux !
Quant à la démondialisation, il m’a semblé que Martine Aubry était beaucoup plus concrète et surtout plus au fait que François Hollande ; certes, elle ne s’est pas alignée sur les thèses d’Arnaud Montebourg, mais elle s’en est approchée.
Quant au reste, quelles différences ? Une gauche forte ou une gauche solide, le distinguo linguistique est vraiment trop subtile pour l’électeur lambda que je suis ; licenciements boursiers, politique de l’emploi, politique fiscale globale, place de la France dans l’Europe, etc… les différences étaient vraiment minimes … et comment pouvait-il en être autrement, il s’agissait quand même d’une confrontation socialo-socialiste !
Alors le choix ?
Leur honnêteté étant flagrante et tellement à l’opposé de la corruption et des magouilles qui entachent de façon scandaleuse l’actuel locataire de l’Elysée, leur désir de justice (dans tous les domaines) étant apparemment aussi fort chez l’un que chez l’autre, il est difficile alors de les départager.
Alors le choix sera forcément très subjectif, en dehors des deux points où, me semble-il, Martine Aubry est plus « à gauche » que François Hollande. Subjectivement, quelques raisons me font pencher pour Martine, raisons qui sont apparues clairement tout le long du débat d’hier soir : une de détail, sans doute, mais qui a son importance, la manière de s’exprimer de François Hollande, je ne peux plus encaisser cette façon très hachée qu’il a de parler, à la caricature de celle de François Mitterand ; artificielle, doctorale, elle m’énerve ! Je lui préfère celle de Martine Aubry !
L’autre raison qui me fera voter pour elle, c’est que pour la première fois une femme serait à l’Elysée, rien que cette perspective me réjouit, ne serait-ce que pour montrer aux hommes que nous sommes que les femmes non seulement nous valent, mais sont encore bien plus méritantes que nous puisque pour « arriver » aussi bien que nous, il leur faut vaincre des tas de difficultés que de tout temps les hommes se sont empressés de mettre sur leur chemin.
Vivement dimanche soir, que le véritable combat contre une Sarkozye déclinante, arrogante et complètement injuste amenant la France et les Français dans l’impasse et la déconfiture, puisse commencer !