Quai des Bulles 2011
Ne me demandez surtout pas quelle édition de ce salon, l’un des plus importants de France, concernant la BD … et essayez encore moins de trouver une quelconque allusion historique sur les affiches ! Non, la seule chose que vos saurez et apprendrez, c’est que ce salon se déroule à St Malo comme d’habitude juste avant les vacances de la Toussaint.
Je n’y suis pas aussi fidèle qu’aux Etonnants Voyageurs, et pourtant, j’aime cette atmosphère étrangement unique qui y règne. Tout commence dès l’entrée ; vous avez bien profité des conseils que les habitués de St Malo ont pu vous donner, et vous avez trouvé une belle place de stationnement près du poste des sapeurs pompiers, et vous voilà tranquille pour toute la journée !
Le temps était quelque peu brumeux, mais la différence entre Quai des Bulles et Quai des brumes ? Je vous le demande … remarquez, à dire vrai, je m’en moque et contremoque, la seule chose qui m’importe c’est de retrouver ce monde, somme toute, très irréaliste, où la réalité de la création l’emporte tant et tant sur toutes les autres, les plus respectables et prégnantes soient-elles !
Et le miracle des surprises ! Non, ce n’est pas encore une fois l’insupportable trop prenante présence de tous ces bateaux appelés « Etoile » et que le moins que douteux (1) propriétaire propose pour de merveilleuses excursions marines dans la baie de St Malo, non, pour moi la surprise, c’est encore une fois ce contraste invraisemblable : personne ou presque aux caisses (alors que pour les Etonnants Voyageurs, c’est le contraire et que dès 9h45 la queue s’allonge toujours plus !), et pourtant, à peine rentrés, cette impression surprenante d’une foule, d’une atmosphère de « ruche », et une multitude de stands qui, même s’ils ne sont pas pris d’assaut par des lecteurs en quête de leurs auteurs préférés, savent allécher par des productions dont la qualité rivalise avec la … qualité.
J’aime cette ambiance de salon ou de festival, peu importe le mot employé ; même si je n’ai aucune idée arrêtée sur ce que je souhaite y trouver, j’aime retrouver ces « travailleurs » de la culture qui savent vanter leurs produits d’une toute autre façon que celle exclusivement marchande ; la constatation est frappante, ici, on ne parle pas d’argent : peu importe le prix, bien souvent on se rend acquéreur bien plus par le coup de cœur, cette envie qui tout à coup va vous envahir et vous rendre indispensable telle ou telle BD ou livre sans que vous vous souciez du prix que ce produit va vous coûter. Car, c’est aussi cela Quai des Bulles (mais on peut dire la même chose des « Etonnants voyageurs », comme de tous les autres salons !), c’est couru d’avance, vous trouverez ce que vous n’aurez jamais pensé un instant trouver ; tenez, je voulais un certain Battaglia (cette transcription pour BD qu’il a faite de quelques contes de Maupassant, et dont j’ai rendu ici même un vibrant éloge !), et puis le représentant de l’éditeur, tellement convaincant, a su me présenter de telles belles nouveautés que j’ai craqué, et que au diable l’avarice et les avaricieux (même si notre indicible président nous a prédit des tas et des tas de moments de rigueur et donc de sacrifice !), j’ai dépensé en quelques minutes la moitié de ce que j’avais prévu … et alors ?
Et puis soyez curieux, que diable ! Sortons de ces sentiers battus, de ces chemins que les médias nous balisent tellement bien que seules les valeurs reconnues ont droit de cité (l’exemple avec le « Tintin » de Steven Spielberg est frappant : on en parle – sans doute à juste titre, et il est vrai que je l’ai beaucoup aimé, et j’en reparle dans ce blog !- avec tous les éloges possibles, mais on oublie toutes les autres productions de réalisateurs, sans doute tout autant talentueux, mais qui ont le seul défaut de ne pas être autant connus ! Et c’est ce que permet très précisément ce genre de salons !
Alors grâces soient rendues aux organisateurs de Quai des bulles !
D’abord parce que j’ai eu le plaisir de rencontrer ce jeune Malo Kerfriden (bon, je ne serais pas hypocrite, puisque sa mère est une amie avec qui je me plais à faire de la musique !) ; mais attendez, j’ai enfin compris pourquoi il y avait tant et tant de monde à faire la queue pour les dédicaces, mais imaginez un instant tous ces auteurs, ce sont pour la plupart les dessinateurs, leur job ce n’est pas d’écrire, mais seulement de dessiner, mais voilà, si vous leur laissez tout le loisir de s’exprimer, alors, ils vont prendre leur temps, et là où un écrivain aux « Etonnants voyageurs », par exemple, va vous torcher en une ou deux minutes, une petite phrase sans nul doute très sympathique mais qu’il ressortira tant et tant de fois dans la journée, eh bien, ici le dessinateur mettra une dizaine de minutes à vous personnaliser ce qu’il a mis de toutes ses tripes dans sa BD ; et pour l’avoir vu fonctionner, je dois bien avouer que cette attitude me touche infiniment plus !
Et puis vous rencontrez, sans que vous ne l’ayez imaginé, cette perle rare : on parle tant et tant de Tintin, que tout à coup votre œil glisse sur une œuvre, format livre de poche, vous n’y faites pas trop attention, les titres et les couvertures sont tellement celles de Tintin, qu’il vous faut un certain temps avant de vous rendre compte qu’il s’agit d’un pastiche, avec des titres comme ceux du « Poulpe » ; alors pourquoi ne pas discuter avec l’auteur et aussi le responsable de la maison d’édition … vous ne l’aviez pas prévu, et de ce trop court mais tellement riche entretien vous ressortez avec quatre livres dédicacés pour vos petits-enfants !
C’est aussi perdus, peut-être, au milieu de tant de maisons tellement reconnus, les Castermann, Delcourt, et autres Glenat, tant et tant de petits éditeurs ; mais comment ne pas se laisser séduire par eux ? Bretons, certes, mais aussi universels, ils sont là pour vous rappeler que le fait culturel ne saurait trouver sa pleine expression que par la multiplicité des moyens qu’il peut avoir à sa disposition. (Rassurez-vous, ce n’est pas un paragraphe culturel pour un quelconque programme d’un quelconque candidat à une quelconque élection !)
Et avouez qu’il est difficile de ne pas craquer devant une maison d’édition tant et tant rabelaisienne !
Tant et tant de moments de plaisirs qui trouvent leur prolongement naturel dans ces expositions réalisées au Palais du Grand Large voisin ! Et l’une d’entre elles, celle consacrée au 25e anniversaire de la maison Delcourt … et qui me rappelle ces rares moments de délices que j’ai pu passer avec la Licorne, ou encore avec cette merveilleuse « nef des fous ».
…
Et juste en guise de conclusion très provisoire : ce monde qui se pressait autour des stands, n’est-ce pas là la vie profonde, celle qui anime chacun d’entre nous, et qui, malgré les temps de crise que nous vivons, est là pour nous rappeler fort opportunément qu’il ne saurait y avoir de vie matérielle si dans le même temps les exigences culturelles de tout un chacun ne sont pas satisfaites !
(1)Certain épisode de ma vie où le propriétaire m’a escroqué de 4.000 francs m’autorise à me méfier de lui
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