On voudrait comprendre, on aimerait tant que ce genre d’évènements n’arrive plus jamais, mais l’humanité tombe dans une sombre folie qu’aucun politique ne semble vouloir contrecarrer !
Qui aurait pu penser qu’une enseignante en arrivât à cette extrémité ? S’immoler par le feu en pleine cour de récréation et devant des élèves : il faut vraiment être mal dans sa peau pour ne serait-ce qu’envisager une telle solution ; il faut vraiment avoir perdu toute confiance non seulement dans ce qu’on fait, mais pire encore, en soi, en ses propres ressources, en sa propre vie. Luc Chatel peut bien plastronner tant il peut pour faire aboutir des fausses solutions à des faux problèmes (je pense entre autres à cette évaluation des enfants de grande section de maternelle !), il pourra bien afficher un air de tartuffe plein de compassion, il n’empêche que si ni lui ni la société ne prennent en compte ce mal être (dû aussi et sans doute en très grande partie aux insatisfactions professionnelles), il est alors fort à craindre qu’un tel drame ne se renouvelle !
Qu’est-ce que cette société qu’on est en train de fabriquer qui, rendant de plus en plus impossible tout épanouissement personnel autre que par la pourriture financière (les multiples scandales qui sont en train d’éclabousser quelques dirigeants de notre droite, à commencer par le chef de l’Etat) amène l’individu à se renier, à se nier et à envisager sa propre destruction ?
Qui aurait pu un instant imaginer qu’un individu, enseignant de surcroît, en arrive à s’attaquer pour un vulgaire refus de permis d’arme à feu, à des fonctionnaires et à tuer à coup de sabre japonais une gendarme ? il en faut une haine rentrée de toute l’administration pour qu’une goutte d’eau faisant déborder le vase, on en arrive à une telle violence !
Penser à ces deux femmes liées par une chronologie aussi fatale qu’absurde, ce n’est pas seulement ressentir l’émotion que toute mort violente provoque ; ce n’est pas non plus souffrir pour les familles qu’elles laissent endeuillées et abattues par un coup du sort aussi injuste qu’il aurait pu être évité.
Car penser à ces deux femmes, c’est aussi reconsidérer la place que tout individu a dans la société ; il ne suffit pas de dire comme Claude Guéant que le drame de la gendarme montre que le métier de policier est un métier dangereux et qu’il mérite tout le respect de la société ; ce n’est que du vent, des mots alignés par un ministre qui montre dans certaines affaires le peu de cas qu’il fait du respect de la loi. Il ne suffit pas non plus pour justifier le suicide de l’enseignante de dire, comme l’a fait le proviseur de son lycée, qu’elle était fragile.
Il faudra bien que toute politique (passant par des programmes adéquats) mette au cœur de tout projet de vie collective, l’humain. Cela signifie un changement radical de conception de notre société ; fini le rendement à outrance, la loi du profit dont la démesure donne le vertige, des gains sans aucune mesure avec les besoins vitaux réels ; finies ces pressions énormes sur les individus et sur tout l’appareil de l’Etat pour qu’ils ne servent qu’un dieu, le Veau d’or de la bible ! Il faudra bien quand même que les valeurs du cœur priment enfin sur les raisons de l’argent … et au désespoir qui tue succèdera peut-être la joie de vivre ensemble.
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