Comment rendre compte d’une œuvre poétique ? j’avoue que, pour moi, c’est un peu comme la quadrature du cercle.
On aime la poésie, on la goute, mais comment tenter une approche un tant soit peu objective ? D’accord vous aurez à votre disposition des tas de règles, les rimes, l’organisation interne de chacun des vers, le choix des sonorités, ou l’agencement même des mots entre eux … et après ? Une fois détaillés tous ces paramètres, qu’allez-vous en déduire ?
J’aime, par exemple, cet alexandrin qui a bercé quelque peu mon enfance :
« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes », mais est-ce que je l’aime à cause de ces sifflantes, ou bien à cause de la situation dramatique dont il veut rendre compte, ou encore parce que, lien avec mon enfance, il me renvoie à tout autre souvenir que culturel et littéraire ?
Alors, une fois refermé le dernier recueil, « Les Baltiques » de Tomas Tranströmer, j’ai été pris comme d’un vertige : y-avait-il des raisons objectives pour que j’aime cette suite de recueils de poésie ? ou bien, n’avais-je pas cédé à cette mode qui veut qu’un Prix Nobel de Littérature soit par la force des choses le nec plus ultra de la littérature ?
J’ai commis sans doute une erreur profonde : ne connaissant rien ou presque à la littérature suédoise, j’ai commencé à lire attentivement, comme un bon élève qui se respecte, l’avertissement et la préface.
Erreur ?
Peut-être car ma lecture a surement été quelque peu orientée : les auteurs font tellement cas de la métaphore, du sens de l’image de Tranströmer, que ma lecture en a été quelque peu perturbée : pas une page sans que je ne cherche l’une ou l’autre. Vernis facile à trouver mais qui vous empêche aussi d’aller un peu plus en profondeur.
Car derrière toute cette brillance, - je viens de signaler le sens de la métaphore, mais il faudrait aussi mentionner ce sens merveilleux du raccourci, - il y a aussi toute une réflexion sur l’homme, cette place qu’on lui force à avoir, et qui n’est pas fondamentalement la sienne. Et pour ce faire, le poète fait appel au rêve ; non il ne s’agit pas d’un procédé quelque peu facile, mais bien d’une constatation qu’il fait, come de très autres nombreux êtres humains : derrière chacun des rêves que nous faisons et nous transcrivons plus ou moins maladroitement, il y a une réalité ; oh certes, elle n’est pas objective, elle n’est que celle de notre propre être et de cette identité qu’il souhaite tant par moments assumer.
Poésie très dense, souvent aussi très surréaliste, avec des associations d’images, qui ne sont pas sans évoquer la technique du papier collé en peinture ou en art graphique, mais qui sont toujours aussi parlantes. Mais aussi univers poétique qui, lorsqu’il en abandonne la forme, permet de faire le lien entre prose et poésie, symbolique de cette autre constatation : les faits les plus prosaïques qui peuplent, et souvent même sans que l’on en ait conscience, notre réalité, peuvent être réellement porteurs de poésie au point de perdre toute banalité.
Il a donc fallu l’attribution du Prix Nobel de Littérature pour que je découvre ce poète suédois… que je ne saurais trop recommander !
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