Hubert Haddad : L’Inconnu du terminal Beaufor
J’avais découvert l’an passé ce romancier et j’avais dit tout le bien que je pensais de lui. Le hasard m’a fait tomber sur un recueil de nouvelles, et non sans une certaine curiosité, j’ai commencé à le lire.
Curiosité ? Oui, parce qu’on peut être romancier de génie et ne pas savoir du tout mener une nouvelle, genre particulièrement difficile s’il en est.
C’est sans nul doute la première nouvelle, à mon sens, la moins réussie ; trop de références à l’attentat du 11 septembre ou encore au fameux King Kong des années ; l’atmosphère trop irréelle et du coup trop imprécise nous empêche de suivre le déroulement total du récit …
Mais dès la seconde nouvelle, très courte, la personnalité de l’auteur apparaît alors dans toute sa splendeur ; un style en tous points correspondant à mes souvenirs : clair, sobre, évitant toute surcharge inutile ; une construction raffinée permettant au lecteur de s’égarer dans les méandres de l’histoire sans jamais en perdre le fil conducteur. Et évidemment la chute finale, sans laquelle une nouvelle ne saurait se terminer.
Des trois autres nouvelles qui suivent, je ne saurais dire laquelle je préfère, tant elles sont aussi bien menées et écrites ; le fantastique, où se mêlent l’histoire et le présent (dans « Un caprice de Sante Avaria » et « La Reine du Nil bleu »), où les références littéraires du 19e siècle fantastique et du 20e siècle aventurier ne sont qu’à peine cachées, de Maupassant à Knittel ; les personnages dont la folie ou tout au moins les monomanies entraînent le drame (l’égyptologue Hans Haddad – quelle étrangeté que de se mettre ainsi en avant !!- en est la parfaite illustration.
Mais tout compte fait je crois que c’est vers la dernière nouvelle « La barricade du cygne » que se porte ma préférence ; le personnage de la jeune fille nous séduit totalement tant par ce qu’elle endure, que par son passé et l’énigme qui pèse sur lui. L’écriture, souvent répétitive, ce qui pourrait soit lasser, soit faire très brouillon, nous entraîne au contraire dans la folie du personnage ; du reste le mot folie n’est pas à proprement parler : cette « chose » c’est ainsi qu’on l’appelle au village, est tellement enfermée dans son refus total des autres, que sa vie, son passé qui resurgit tout à coup par un beau jeune homme, ne deviennent que son unique préoccupation. Récit poignant où l’enfer c’est vraiment les autres, et où tout espoir est banni à partir du moment où le seul lien affectif (son grand-père) qui pouvait l’unir à ce passé a disparu. Récit poignant aussi qui amène à cette chute finale, qui n’est pas sans rappeler le sort de la belle Ophélie.
L’expression fantastique de ces nouvelles nous fait plonger au confluent de trois arts : la BD, l’écriture et le cinéma ; et tout le long de cette lecture on ne peut s’empêcher de voir resurgir à notre mémoire des tas d’images de ces trois sources.
Un impressionnant travail et une très belle réalisation ; il serait vraiment dommage de passer à côté.
PS : Edition Zulma, 2011, 120 pages
PS 2 : la photo illustrant cette notice représente une porte de Tunis (je l'ai choisie puisque Hubert Haddad est né à Tunis !), cliché que j'ai pris il y a quelques mois !
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