Jorge Franco-Ramos : La fille aux ciseaux
Il démarre très bien ce roman, et l’on rentre de plein pied dans une histoire qui promet tant et tant de rebondissements. Rosario, jeune fille dont le moins qu’on puisse dire qu’elle n’est pas d’une moralité exemplaire, est assassinée dans les bras de son ami, Antonio ; il l’amène à l’hôpital, et durant tout le temps que durera l’opération, il va évoquer son histoire, et en particulier ses rapports avec son ami Emilio.
Malheureusement, tout ou presque est dit dès le premier tiers de ce roman, et on a la très désagréable impression de tourner en rond (j’aime ce type d’expression à la puissante tautologie !) ; il n’y aura plus de sensationnel, on sait que Rosario a eu une enfance très perturbée, qu’elle a été « sauvée » par son frère, qu’elle est devenue une trafiquante de drogue, qu’elle a la gâchette très facile, qu’elle rencontre des mauvais garçons très fréquemment, ce qui a le don d’irriter Antonio et surtout Emilio.
On devine aussi qu’Emilio, devenu l’amant en titre de Rosario, sera contraint de la quitter (issu de la bourgeoisie, sa famille ne supportera pas cette liaison avec une fille de la pègre) ; on sait encore que pour Antonio, Rosario c’est le très grand amour, inaccessible. Et que la seule nuit où ils ont fait l’amour restera gravée à jamais dans sa mémoire ! Ces alignements de clichés contribuent à affadir le roman et à lasser le lecteur !
Et tout cela va être ressassé à l’infini jusqu’à la fin, c’est-à-dire lorsque le médecin viendra annoncer à Antonio qu’il n’a pas réussi à sauver Rosario. L’auteur aura beau ménager quelque temps fort dans la vie de son héroïne, tel que l’investissement par la police de l’appartement de Rosario, il n’empêche qu’on s’ennuie, parce qu’on attendait encore et toujours plus fort.
Pour faire sans doute plus moderne, alors qu’elle s’est mise au ban de la société, et qu’il y a toutes les raisons objectives pour qu’elle ne soit considérée que comme une « salope », l’héroïne nous est présentée de façon très avantageuse, d’une beauté ravageuse, même lors qu’elle grossit volontairement, d’une volonté indestructible (obtenir par tous les moyens ce qu’elle désire, et surtout ne pas se laisser marcher sur les pieds). Plus contemporaine aussi son attitude : tergiverser, essayer à plusieurs reprises de vouloir changer de vie, sans y arriver bien évidemment.
Il paraît que Jorge Franco-Ramos est un grand écrivain colombien et que ce roman a connu un très vif succès … possible … en tout cas, après avoir lu cette « fille aux ciseaux », j’attends son prochain roman pour pouvoir me prononcer, et mettre ou non son auteur dans le panthéon de mes romanciers.
PS Editions Métaillé, 2001, 167p., 8,50€
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