Martine Gozlan : L’imposture turque !
Attendu en librairie dès le 3 novembre, après sa parution du 2, le dernier essai de Martine Gozlan a connu un tel succès que dès le 3 au soir, il n’était déjà plus disponible ni auprès de ma librairie, ni chez l’éditeur qui a du procéder immédiatement à une réédition !
C’est tout dire !
Il fallait bien aussi s’y attendre : après le « brio » de son dernier essai, consacré aux peuples du Maghreb en colère, il était évident que son « Imposture turque » s’arracherait comme du petit pain. D’autant que s’attaquer à une espèce de consensus qui veut que la Turquie soit un modèle de démocratie laïque et d’islamisme modéré, c’est aussi faire bouger notre bonne conscience, et interpeler les politiques qui nous gouvernent.
Rien que des faits, mais tellement significatifs ! Point n’est nécessaire de se lancer dans de grandes théories, non les faits sont là, têtus et tellement indéniables : d’une rafle d’opposants, au noyautage de la police et de la justice, en passant par des emprisonnements ou encore à la situation faite aux minorités comme Alevis (le quart de la population turque), sans oublier quelques détails remettant en cause la laïcité, tout est dit.
L’auteure pourrait même se contenter de signaler ces faits, le lecteur en tirerait de lui-même les conséquences : oui, il y a une réelle imposture du régime Erdogan et de son parti l’AKP, à nous faire croire qu’ils sont encore démocratiques, laïcs et qu’ils ont une vision géopolitique propre à ramener la paix dans ce Moyen-Orient si perturbé (le moins qu’on puisse dire !). L’auteure le dit à notre place (des fois que nous soyons tellement intoxiqués que nous en serions incapables d’en tirer les caractéristiques !), et elle a raison.
D’accord, cela fait mal, surtout si on a une vision très superficielle de la Turquie (et hélas, trop souvent uniquement touristique). Pourtant cette connaissance, absolument nécessaire, que nous offre Martine Gozlan, ne doit pas nous faire aussi oublier que derrière un gouvernement autocrate et dangereux pour la démocratie, il y a un peuple qui souffre et qui n’a certainement pas mérité son gouvernement ; l’auteure nous le signale à mots plus ou moins couverts lorsqu’elle relate les propos de certains opposants ; ils sont sans nul doute représentatifs des maux du peuple, mais ils ne sont pas le peuple ; et qui sait ce que, derrière tous ces voiles dont on force les femmes, derrière tout ce matraquage idéologique (très significative à cet égard la censure du tableau de Delacroix « La liberté guidant le peuple »), pensent réellement les êtres humains. Les politiques devraient se méfier : car sous la chape de plomb que certains d’entre eux imposent, il y a toujours une marmite en ébullition et quand cela éclate …
Mais en attendant, il nous incombe à nous qui savons maintenant, de ne pas tomber dans le piège de ces dirigeants dont le but presque avoué d’un islamisme pur et dur est tellement contraire à l’idéal de justice et de démocratie auquel aspirent à juste titre tous les peuples. C’est aussi la grande leçon qu’on peut tirer de cet essai, dont la dernière citation d'Erdogan nous fait prendre la mesure :
"La démocratie, c'est comme le bus, on en descend une fois arrivé à destination ..."
Dans cette période où s’annoncent des fêtes tout autant laïques que religieuses, il est bon de nourrir notre pensée avec de tels essais !
PS Edition Grasset, 2011, 116p. 9€