Challenge d’automne, du diapo-club de Léhon
On voit tellement de mauvaises réalisations, compensées de temps en temps, il faut bien l’avouer, par de très belles productions, que l’on est à juste titre perplexe quand des clubs amateurs vous proposent leurs propres créations.
Perplexes, parce que si des professionnels sont capables de manque élémentaire de sens musical (avez-vous entendu les bandes sons d’une émission comme « Des racines et des ailes » ? Les trois quarts du temps –et encore je suis généreux, il n’y a aucune lien, ni historique ni factuel entre la musique proposée et les sujets traités : on reste dans la musique passe-partout, celle que vous pouvez entendre dans n’importe quel supermarché du coin …), alors que ces mêmes professionnels ont à leur disposition de fantastiques moyens techniques, on ne peut que se demander ce qu’avec des moyens fort rudimentaires des amateurs sont capables de produire.
Par suite de nombreuses activités, j’ai toujours raté les séances du diapo-club de Léhon, aussi ai-je été très content d’être libre ce samedi soir pour pouvoir enfin juger sur pièce des réalisations d’amateurs.
Le président, Jacques Logeais, un photographe « discreto » (en italien, ce qui peut se traduire par éclairé, ou avisé …) qui se double avec son épouse d’un talentueux diaporamiste, nous prévient d’entrée de jeu qu’il s’agit là d’une sélection de 13 diaporamas qu’ils ont glanés en particulier au dernier festival de Pontivy… le couple Logeais en présentant un au titre évocateur Bagdad Café !
13, mais à dire vrai, j’en aurais éliminé un tout de suite : « Brocéliande en automne », photos ternes, à l’exception des deux ou trois dernières au splendide coucher de soleil (qu’elles n’aient été toutes de cette même qualité !), texte banal et qui laisse vraiment sur leur faim ceux qui ne connaissent pas Brocéliande, et qui en tout cas, pour les initiés laisse à désirer, des effets qui font tout à fait artificiel, quant à la voix le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’était ni convaincue ni convaincante.
Mais mis à part ce diaporama ; le choix était des plus judicieux !
De l’humour bien senti pour deux (la chute finale de Camping a entraîné une réaction immédiate et spontanée d’amusement et donc de rire de la part des spectateurs, à l’atmosphère poétique comme dans Papiers s’il vous plait (dommage qu’il était quelque peu confus dans son scénario), en passant par des reportages bien ficelés (de Bagdad Café à Pushkar – très belle musique qui a compensé, me semble-t-il, la légère faiblesse du texte, mais de très belles photos aussi !-) sans oublier des diaporamas qui forcent la réflexion (la perte d’identité des grands ensembles– Tabac des sports-, ou encore le déracinement des travailleurs– un air en fa mineur -), ou aussi ce diaporama très intelligemment fait, comme un bon thriller, toute la gamme des diaporamas était représentée pour ces 11 diaporamas restant ; et il était difficile d’opérer un choix pour la 2e ou 3e place, c’est le coup de cœur, l’affectif qui pouvait décider et non le côté purement technique : pourquoi ai-je privilégié « Bagdad Café » au « Printemps de Keïko » ? ; difficile aussi de privilégier telle ou telle caractéristique au détriment de telle ou telle autre ; et ce n’est pas parce qu’on a éliminé de la seconde ou troisième place, Pushkar qu’il est moins bon pour autant que ceux qu’on a préféré garder.
En tout cas, et c’est absolument indéniable, cela montre la très bonne santé créatrice des diaporamistes amateurs…
D’autant que, me direz-vous … il en manque un, car 13 -1 = 12, et je ne parle que de 11, alors ?
Patience, j’y arrive !
Car, il y avait bien un diaporama qui tranchait sur le reste !
Il s’agit d’un reportage fait sur le tympan de Conques ; pour les ignorants que vous n’êtes pas, il ne s’agit pas de l’oreille d’un dénommé Conques ; mais bien du tympan d’une abbatiale qui se trouve à Conques et qui a été érigée au 12e siècle, sur le chemin des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle. Il avait tout pour plaire, des photos très suggestives montrant une parfaite connaissance du sujet traité (le Jugement dernier, thème que l’on retrouve aussi dans de nombreux autres tympans et qui jusqu’à la Renaissance sera source d’inspiration des artistes y compris chez les plus célèbres - ne pas oublier Michel-Ange ! merci !-) ; un texte qui a évité l’écueil du pédantisme ou du spécialiste enfermé dans son sujet et dans la contemplation émerveillée de ses connaissances ; texte d’autant plus abordable qu’il s’est servi d’un support qui fonctionne à tout coup, l’humour ; mais pas l’humour gaulois voire salace (ce qui aurait pu se faire sans dépareiller l’œuvre, puisque nos ancêtres médiévaux étaient maîtres en la matière !) ; non, un humour prêt à rassembler dans le même sourire les athées les plus invétérés et les catholiques les plus fervents. Reste la musique … le puriste quelque peu sectaire aurait pu regretter l’absence dans la bande son d’œuvres musicales particulièrement originales du moyen-âge, mais les morceaux choisis étaient tellement bien en fonction du traitement choisi qu’ils ne dépareillaient absolument pas … même et surtout la fameuse Danse macabre de Saint Saens.
Comment n’aurait-il pas pu avoir le premier prix de ce Challenge ?
Ce fut donc un très grand moment, et un très grand bonheur … et impossible après un tel diaporama de ne pas avoir envie d’aller faire un tour du côté de Conques !
Décidément, quel chemin accompli dans l’art du diaporama ! Certes, il y a 15, 20 ans dans des Festivals comme ceux de Blois, ou de Douai La Fontaine, on voyait de très belles photos, sûrement plus belles que celles présentées à Léhon, mais il y avait tellement moins d’unité entre les trois grandes composantes, image, texte et bande son, qu’on en sortait souvent très déçu, ou tout au moins beaucoup moins enthousiaste.
Et comme il faut bien une conclusion, sinon, je vais me faire tirer les oreilles, finissons en une phrase : longue vie à Léhon !
PS J’allais oublier : cette projection de diaporamas se doublait d’une exposition photos sur le thème de l’automne. Un regret, c’est de n’avoir pu que la survoler ! Car pour bien apprécier la petite quarantaine de photos, j’aurais aimé avoir un peu plus de temps. Mais là aussi, une grande satisfaction, c’est la qualité technique et que la différence qui pouvait s’opérer entre chaque cliché ne l’était que sur des critères subjectifs propres à tout un chacun : à la première choisie par la majorité du public, j’avais préféré la quatrième, mais non pas qu’elle était meilleure techniquement que la première, mais tout simplement parce la façon d’aborder le sujet me parlait plus !
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